Soudan : Faire barrage à la dictature

Les éternelles incompréhensions entre les militaires et les civils qui dirigeaient la transition soudanaise ont fini par déboucher sur un clash. Après plusieurs mois d’incertitudes sur la survie de la transition, le général soudanais Abdel Fattah al-Burhan a annoncé la dissolution des autorités de transition et décrété l’état d’urgence au petit matin du lundi 25 octobre 2021. Le Premier ministre civil, Abdallah Hamdok et plusieurs autres dirigeants de la Transition ont été arrêtés. Les syndicats, qui ont été le fer de lance de la révolution populaire qui a mis fin au régime d’Omar el Béchir le 11 avril 2019, ont aussitôt fait irruption dans les rues de Khartoum, la capitale soudanaise et dans d’autres localités, pour dénoncer ce coup de force et appeler à la désobéissance civile. Devant les quartiers généraux de l’armée, des militaires, à la gâchette facile, ont tiré à balles réelles sur des manifestants. Au moment où nous tracions ces lignes, l’on parlait provisoirement de trois morts et plus de 80 blessés.

Ce coup d’arrêt porté à la Transition plonge le Soudan dans des lendemains faits d’inquiétudes. Dès le début, la révolte populaire qui avait fini par avoir raison de la dictature d’Omar el Béchir en 2019, les militaires avaient montré leur intention de ne pas céder le pouvoir. Il a fallu d’âpres négociations pour que l’on arrive à mettre en place une transition civilo-militaire qui a eu toutes les peines du monde pour sortir le pays de la zone de turbulences. L’on pensait que les réunions de dernière minute autour de l’envoyé spécial américain, Jeffrey Feltman, le week-end dernier, allaient permettre de sauver les meubles. Mais rien n’y fit. Le général Abdel Fattah al-Burhan est resté campé sur sa position de dissoudre le gouvernement civil. Maintenant qu’il est aux commandes du pays, va-t-il se plier aux condamnations du putsch qui ont fusé des quatre coins du monde ? Rien n’est moins sûr dans la mesure où la grande muette est restée cramponnée à ses privilèges quand bien même leur mentor el Béchir a été éjecté.

S’il a eu le courage de stopper la transition, le Gal al-Burhan est conscient du soutien dont il bénéficie de la part de ses frères d’armes. Dans cette parenthèse incertaine, ce sont les rêves de millions de Soudanais qui sont confisqués à nouveau. Eux qui s’étaient levés comme un seul homme en 2019 pour siffler la fin de leur cauchemar se retrouvent aujourd’hui à la case de départ. Ces millions de Soudanais, épris de liberté, de justice qui aspirent à un pays libéré de la violence, devront s’armer une fois de plus de courage pour reconquérir leur dignité confisquée. Quand adviendra un Soudan où tous auront la chance de vivre sans la hantise des militaires ? Quand ce grand pays aux potentialités occultées par plusieurs années de guerre civile et de dictature sortira de ce qui ressemble à une impasse ? Seul le peuple soudanais saura mettre fin définitivement à l’appétit gargantuesque de ces militaires qui sont censés défendre le pays et protéger les citoyens.

C’est pourquoi au-delà des condamnations formelles, les instances africaines et internationales ont l’obligation de se solidariser avec le peuple soudanais qui lutte les mains nues pour sa survie contre un ogre impitoyable, obnubilé par ses propres intérêts. Il faut impérativement mettre la pression sur le Gal al-Burhan et ses hommes pour qu’ils renoncent une bonne fois pour toutes à lorgner le pouvoir parce qu’ils ont les armes. Il est inconcevable de vouloir confisquer pour toujours le rêve d’un peuple qui aspire à vivre librement et dignement. Il faut mettre fin à la dictature funeste. Il faut sauver le Soudan de cette horde de militaires qui se trompe énormément de cible. Le peuple ne saurait être une cible, il est la raison d’être d’un Etat. Et il faut le faire savoir au Gal al-Burhan qui veut plier tout un peuple à son bon vouloir.

Karim BADOLO

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