Roger Poda, handicapé moteur et cordonnier : « Le handicap n’est pas un frein à l’entrepreneuriat »

Roger Poda : « Depuis que j’ai commencé, j’arrive à subvenir à mes propres besoins et à ceux de ma famille ».

Roger Poda est cordonnier de métier dans la ville de Bobo-Dioulasso. Handicapé moteur, mais habile de ses mains, il est détenteur d’une cordonnerie qui lui permet de gagner sa vie. Zoom sur quelqu’un qui a su dominer son handicap pour donner un sens à son existence.

Handicapé moteur, Roger Poda, marié et père de 5 enfants, est cordonnier de profession. Domicilié à Bobo-Dioulasso, il est propriétaire d’une cordonnerie dénommée « la cordonnerie moderne du Faso ». Sa spécialité est la réparation des chaussures, de ballons, de sacs, etc. Ce quinquagénaire, en pleine activité, dans son atelier situé au secteur 10 de la capitale économique du Burkina Faso, à proximité du plateau omnisport de Yéguéré, force l’admiration. Son handicap, à l’en croire, est loin d’être un frein pour lui. Samedi 4 décembre 2021. Il est déjà 8 heures.

Concentré, tournevis en main, en compagnie de deux de ses clients, M. Poda, est déjà à la tâche. Il est en train de réparer la première paire de chaussures de la journée. Les débuts de son « amour », se confie-t-il, pour la cordonnerie, remontent il y a plus de 20 ans. En effet, c’est en 1993 qu’il fait ses premiers pas dans ce métier devenu aujourd’hui son gagne-pain, à l’en croire.

A croire le patron de « la cordonnerie moderne du Faso », le métier de cordonnerie nourrit son homme, même si, regrette-t-il, bon nombre de personnes n’en accordent pas trop d’intérêt. Ses chiffres parlent d’eux- mêmes. « Parfois je peux gagner 25 000 à 30 000 FCFA par jour », souffle-t-il. Ce qui lui a sûrement permis, comme il indique, de se construire une maison et une autre à sa mère. « Depuis que j’ai commencé, j’arrive à subvenir à mes propres besoins et à ceux de ma famille », laisse-t-il entendre, l’air fier.

Un exemple pour les personnes handicapées

Mieux, la cordonnerie lui a même permis de fonder son foyer. Foyer qui, à se fier à ses propos, est aujourd’hui bien épanoui. « Avec mes recettes, je nourris ma famille et j’assure la scolarité de mes 5 enfants. J’ai acheté deux motocyclettes de premiers choix pour deux d’entre eux », fait savoir le handicapé cordonnier. La première motocyclette a été acquise, selon ses confidences, lorsque l’un des enfants a été admis au Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et la seconde pour l’autre enfant qui est à l’université. Roger Poda est un exemple pour les personnes handicapées.

Le handicap, pour lui, n’est pas un obstacle pour entreprendre. Il regrette le nombre réduit de handicapés qui osent entreprendre. Certains, condamne-t-il, prétextent de leur handicap pour verser dans l’oisiveté et la mendicité. Chose pour laquelle le cordonnier ne cache pas son dédain. Pour lui, mendier, c’est s’adonner à la facilité. A la question de savoir d’où lui viennent ce caractère ambitieux et cette manière de concevoir les choses.

Il réplique, en ces termes : « je l’ai appris au Ghana où l’entrepreneuriat est au cœur de la société ». L’entrepreneuriat qu’il voit d’ailleurs comme le salut pour la jeunesse. L’heure n’est plus aux longues études et aux grands diplômes, selon la conviction de Roger Poda. « Les jeunes doivent entreprendre et éviter de trop s’atteler à la Fonction publique. L’Etat ne peut pas employer tous les jeunes dans la Fonction publique », soutient-il.

Samiratou TRAORE (Stagiaire)

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