La culture des arbres fruitiers est en vogue au Burkina Faso. Dans les vergers ou les domiciles, les plantes poussent comme des champignons. Toutefois, certains arbres rencontrent des difficultés liées, soit à leur croissance, soit à leur productivité, ou à des attaques parasitaires. Ces soucis émanent le plus souvent de la non maîtrise des itinéraires techniques de plantation. Dans ce reportage, nous allons à la découverte de bonnes pratiques avec les professionnels du Kénédougou.
Entre Orodara et Kourinion, en passant par le village de Dan, nous traversons une forêt ininterrompue d’arbres fruitiers. Manguiers et agrumes se confondent aux anacardiers et autres arbres de la brousse. On est enthousiaste devant la luxuriance de la végétation. Les routes sinueuses qui s’apparentent à des labyrinthes nous mènent ce 11 décembre 2025 dans le verger de manguiers de Paul Ouédraogo, en bordure de la rivière Guénako. Devant nous, une plantation de 10 hectares (ha) s’étend à perte de vue. Des arbres géants se dressent. Malgré le volume de leur houppier, ils laissent entrevoir un alignement parfait. L’écartement entre les pieds de manguiers est de 10 mètres et les allées sont bien nettoyées.
Ce qui permet aux manguiers de s’épanouir convenablement. Quatre variétés de mangue, à savoir les Brooks, les Lippens, la Kent et l’Amélie peuplent ce champ. Nous sommes au cœur du « Verger du Burkina », surnom donné à la province du Kénédougou pour sa réputation dans l’arboriculture fruitière. Paul Ouédraogo s’y est installé depuis les années 1980 et fait partie des pionniers dans la production de la mangue. S’il est aujourd’hui détenteur d’une plantation qui force l’admiration, cela n’est pas le fruit du hasard.
C’est le résultat d’un travail minutieux qui a obéit à des règles, à savoir le respect
des itinéraires techniques de plantation. Grâce à l’ex-société Flex Faso dont le site est à un jet de pierre de sa ferme, M. Ouédraogo a bénéficié de la fiche technique de plantation d’arbres fruitiers. Il va alors abandonner la production de la banane douce pour se consacrer au manguier dont les premiers pieds ont été plantés en juillet 1986. Malgré cet âge (près de 40 ans), les arbres respirent toujours la pleine forme avec des rendements à la hauteur des attentes.
Porter des fruits à moins d’un an et demi

A quelques encablures de là, Lamoussa Traoré, un autre arboriculteur, possède un verger de 24 ha, réparti entre les manguiers (10 ha), le tangelo (4 ha), les orangers (2 ha) et les anacardiers (8 ha). En cette mi-décembre 2025, les arbres du tangelo ont bien produit. Certains ploient sous le poids des fruits mûrs. Le producteur, lui, n’attend que la clientèle. Grâce au Programme de résilience du système alimentaire (PRSA) en Afrique de l’Ouest, Lamoussa Traoré a bénéficié d’un grillage pour clôturer son verger d’agrumes et d’un forage pour l’irrigation. Les manguiers, plantés en 2004, sont aujourd’hui de grands arbres. Une partie des allées sert à la production céréalière. Les jeunes orangers plantés en août 2024 reçoivent l’eau à travers une irrigation goutte-à-goutte. A seulement un an et trois mois, certains plants ont commencé leur floraison et nouaison. « J’étais un contractuel à l’ex-Flex Faso et c’est là-bas que j’ai appris les techniques de plantation », se réjouit M. Traoré devant ses prouesses.
Noumoukié Konaté, producteur de mangue à la périphérie-nord de Orodara est dans la même dynamique. Son verger moderne de 6,5 ha est aussi un modèle de réussite dans la zone. Sous irrigation au début, en 2016, les manguiers ne reçoivent plus d’eau en saison sèche. Le promoteur estime qu’ils n’en ont plus besoin. Malgré tout, les arbres se développent convenablement et offrent de bons rendements. M. Konaté dit avoir bénéficié du soutien du Programme d’appui aux filières agro-sylvo-pastorales (PAFASP) pour implanter son verger, équipé de forage. Dans son verger, c’est la production intensive avec un intervalle de 5 m entre les pieds de manguier (400 pieds à l’hectare) qui a été choisie.
A l’image de ces trois plantations, ils sont nombreux les vergers d’arbres fruitiers qui affichent une belle physionomie un peu partout dans le Kénédougou. Le secret se trouve dans le respect des bonnes techniques de plantation. Celles-ci se déclinent en plusieurs étapes.
Le choix du site est un préalable à la réussite d’une plantation d’arbres fruitiers. Selon Paul Ouédraogo, ancien président de l’Association des professionnels de la mangue du Burkina (APROMA-B), le manguier est un arbre béni du Burkina Faso qui pousse partout sur son sol, y compris le Sahel. Seulement, souligne-t-il, il faut savoir faire le bon choix variétal. « Au Sahel, si on plante les variétés de mangue Amélie et Brooks sous irrigation, on aura un bon rendement », note-t-il. Néanmoins, M. Ouédraogo admet qu’avant d’implanter un verger, il faut trouver le terrain qui convient. A ce niveau, il conseille de passer par des études pédologiques pour choisir le bon sol. « Pour ceux qui n’ont pas les moyens, il faut passer par l’observation. S’il y a une concentration des arbres du karité et du néré dans un milieu, il est propice, parce que ces plantes ont les mêmes besoins que le manguier », révèle Paul Ouédraogo.
A ces astuces, André Traoré, pépiniériste à Orodara, ajoute que là où il y a des caïlcédrats, toute plante fruitière peut y pousser, à condition qu’on la mette dans de bonnes conditions. Le chef de service provincial de l’Economie verte et du changement climatique du Kénédougou, le lieutenant des Eaux et forêts Diassibo Couldiati, est du même avis. Pour lui, la nature parle. Car, à l’entendre, la présence de certaines espèces d’arbres dans un milieu est un indicateur de sa fertilité. Il cite, par exemple, le Faidherbia albida (Zaanga, en mooré) qui aide également dans le choix des sols féconds. Cependant, précise-t-il, les manguiers, tout comme les agrumes, sont des espèces qui aiment les sols bien drainés, notamment sablo-argileux et non les sols compacts. Et d’ajouter que les bas-fonds sont aussi propices à la plantation des arbres fruitiers.
Des trous de 80 cm sur 80 cm recommandés

Après le choix du site, viennent le piquetage et la trouaison. Cette étape semble cruciale pour la réussite de la plantation. Selon le pépiniériste André Traoré, l’intervalle entre les plants dans un verger de manguiers est de 10 m, c’est-à-dire 100 pieds à l’hectare. Mais, au niveau des vergers modernes irrigués, où on fait de la production intensive, l’écartement est de 5 m, donc 400 pieds à l’hectare. Contrairement au mode traditionnel (100 arbres/ha), ce système exige une gestion rigoureuse de la taille pour éviter que les frondaisons ne s’entremêlent. Cependant, fait-il savoir, il sera nécessaire, avec le temps, d’éliminer certains pieds pour laisser un espacement judicieux. L’avantage du système traditionnel, selon lui, est que les allées peuvent servir à la production céréalière ou maraichère. En ce qui concerne les agrumes, précise le lieutenant des Eaux et forêts Diassibo Couldiati, les distances recommandées entre les arbres sont de 5 m en production intensive et de 6 m pour le système standard.
A écouter André Traoré, avant, dans le Kénédougou, on pouvait planter des arbres fruitiers dans des trous de 30 à 40 centimètres (cm) de profondeur sans problème. Maintenant, reconnait-il, ce n’est plus possible, à cause des effets du changement climatique. Selon lui, un bon trou doit répondre à un certain nombre de critères. « Les dimensions du trou doivent être de 80 cm de profondeur et de 80 cm de diamètre. Lors du creusage, à 40 cm, vous déposez cette terre à droite et la couche du fond à gauche. Au premier tas qui est la terre superficielle, on ajoute de la fumure organique qu’on mélange. Ce mélange est déposé au fond du trou avant d’y ajouter le tas de gauche qui est la couche de fond.
On remplit bien le trou pour obtenir une sorte de butte », explique M. Traoré. A ce qu’il dit, les trous se creusent en début d’hivernage pour permettre aux premières pluies de les arroser. Et quand les pluies deviennent régulières, on procède à la plantation des arbres. La mise en terre des plants obéit aussi à des règles. Le pépiniériste avance qu’il faut déboucher les trous jusqu’à une profondeur de 30 à 40 cm et déposer les plantes au-dessus de la couche amendée à la fumure organique. On les referme, tout en tassant la terre autour des plants. André Traoré mentionne qu’il est préconisé de créer de petites cuvettes autour des arbres afin de stocker le maximum d’eau pour leur alimentation. « On peut aussi couvrir les cuvettes de paille. Si le sol est bien amendé avant la plantation, on n’aura pas besoin d’apporter de la fumure organique à la plante pendant deux ans », affirme-t-il. Mais, au fur et à mesure que les racines de l’arbre s’étendent, il aura besoin du fumier. A ce moment, on le lui apporte mais avec la manière.
« On fait un petit creux autour de la plante mais éloigné d’à peine 30 ou 40 cm du pied et on dépose l’engrais. La fumure organique collée au pied de l’arbre provoque des maladies et même sa mort », prévient M. Traoré. Pour lui, cette technique de trouaison est valable aussi bien pour les manguiers que pour les agrumes. Seulement, soutient le lieutenant des Eaux et forêts Diassibo Couldiati, les dimensions des trous destinés aux agrumes peuvent être limitées à 60 cm de profondeur et de diamètre, si le sol est fertile. Paul Ouédraogo se félicite d’avoir respecté les dimensions des trous et près de 40 ans après, ses manguiers se portent toujours à merveille. « Avec les trous de 80 sur 80 cm, la réussite est à cent pour cent assurée. Quand on regarde mes manguiers, on a l’impression qu’ils ont été plantés à la même date. Je ne les ai même pas irrigués mais pendant la saison sèche, ils ont la possibilité d’aller puiser l’eau en profondeur du sol », déclare-t-il.
Planter en début d’hivernage

La préparation des trous est suivie du choix des variétés adaptées. A entendre les professionnels, toutes les variétés de manguiers ne réussissent pas dans n’importe quelle zone du Burkina Faso. Sauf, si elles sont produites sous irrigation.
« Dans le plateau moaga, par exemple, ce sont les variétés Amélie (Ndlr, mangue greffée) et Brooks (Ndlr, mangue retard) qui marchent bien. Si vous voulez produire les autres, il faut que ça soit sous irrigation totale », conseille l’ancien président de l’APROMA-B. Dans les zones bien arrosées, à l’image du Guiriko, des Tannounyan ou du sud du Nando, toutes les variétés de mangue (Lippens, Kent, Keitt, Brooks, Amélie, Springfield…) et d’agrumes (tangelo, orange, pamplemousse, pomélo, mandarine, clémentine…) peuvent être produites. Mais, le recours aux pépiniéristes pour obtenir de bons plants reste la condition sine qua non pour optimiser les rendements.
De nos jours, la plupart des arbres fruitiers qui sont plantés dans les vergers ou les domiciles sont des variétés améliorées, notamment des plantes qui ont été greffées par des gens qui maitrisent le domaine. Le pépiniériste André Traoré rappelle que tout le monde n’est pas en mesure de faire ce travail, parce qu’il est très méticuleux.
Il y a une période propice pour la mise en terre des plants. Les spécialistes conseillent de le faire en début de saison des pluies, en l’occurrence entre les mois de juin et juillet. Cela permettra aux arbres de profiter pleinement de toutes les pluies. « En ce moment, on n’aura plus besoin de trop irriguer pendant la saison sèche. 10 ou 15 litres d’eau par semaine seront suffisants pour le manguier », estime Paul Ouédraogo. Son verger n’a pas été irrigué mais ses manguiers tiennent pendant les périodes sèches. Moumoukié Konaté abonde dans le même sens et soutient avoir planté ses manguiers en juillet.
Ses arbres ont été irrigués au début, mais il estime qu’il pouvait aussi s’en passer sans que cela ait un impact sur son verger. « Il n’est pas indiqué de planter dans le mois d’août, parce que les pluies s’arrêteront bientôt », déconseille-t-il. Alors que pour les agrumes, l’arrosage reste constant. Si les agrumes sont irrigués en permanence, fait savoir Lamoussa Traoré, la récolte se fait tous les trois mois.
Avec les effets néfastes du changement clima-tique, les acteurs de la filière mangue recommandent d’irriguer désormais les plantations. Les systèmes d’arrosage adaptés aux arbres sont le goutte-à-goutte et le gravitaire. Le système goutte-à-goutte qui consiste à apporter l’eau aux pieds des plantes de manière lente à travers un réseau de tuyaux est économique mais coûteuse. Il nécessite l’installation d’un forage équipé de plaques solaires et un ensemble de matériels d’irrigation (pompe, système de filtration, tuyaux principaux et secondaires, goutteurs, vannes…).
Mais, au fur et à mesure que les arbres vont grandir, ce type d’arrosage ne sera plus adapté. André Traoré précise qu’à partir de cinq ans, les besoins en eau de la plante vont s’accroître au point qu’il faille aller vers l’irrigation gravitaire. Ce système simple et peu coûteux consiste à créer des cuvettes aux pieds des arbres et à y canaliser l’eau à travers des rigoles. A ce niveau, le producteur n’aura besoin que d’une motopompe qui sera connectée à un cours d’eau, un barrage ou un puits.
Les heures propices pour irriguer

Les heures propices pour irriguer les arbres, aux dires des spécialistes, se situent entre 6 h et 11 h, les matins et entre 15 h et 18 h, les soirs. Que ce soit le manguier ou l’agrume, André Traoré estime que l’arbre fruitier a une période de stress hydrique qu’il faut respecter. Une période pendant laquelle, il n’est pas nécessaire de l’arroser. Pour lui, juste après l’hivernage, le temps de sécheresse et d’harmattan qui suit va permettre aux manguiers de fleurir.
Mais, s’il y a encore des pluies, ils vont pousser de nouvelles feuilles. Concernant l’agrume, il souligne que malgré son grand besoin en eau, il faut le stresser juste après la fructification pour lui permettre de se reposer. « Si vous continuez d’apporter l’eau au moment des fruits, ceux-ci restent verts pendant longtemps », explique M. Traoré. Et Lamoussa Traoré de renchérir qu’il faut toujours débarrasser l’arbre de ses fruits mûrs afin de lui permettre de souffler, avant de se préparer pour la prochaine floraison. Sinon, révèle-t-il, si l’arbre porte pendant longtemps ses fruits, il sera épuisé et ne pourra pas bien produire à la prochaine campagne.
Les arbres fruitiers ont souvent besoin de traitements phyto-sanitaires afin de garantir leur santé et la qualité de leurs fruits. A cet effet, avance le forestier Diassibo Couldiati, le traitement avec les produits biologiques est recommandé. Il cite, par exemple, les feuilles de neem qui peuvent être utilisées pour lutter contre les termites. Une solution qui est parfois appliquée pendant la trouaison. Le nettoyage des vergers de manguiers, le ramassage et l’enfouissement des fruits pourris font aussi partie de la lutte biologique contre certains ravageurs. Mais, depuis l’invasion de la mouche des fruits, aux dires de Paul Ouédraogo, l’association de la lutte biologique et chimique avec des produits homologués est devenue un impératif.
En tout état de cause, les forestiers invitent les personnes désireuses de s’investir dans les arbres fruitiers à s’approcher des services techniques afin qu’ils les accompagnent convenablement dans la réussite de leurs plantations.
Mady KABRE
dykabre@yahoo.fr





























