Partenariat avec la Russie : « Nous sommes dans une coopération transparente, d’égal à égal »

Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo (droite) : « Dans ce combat existentiel que nous menons, nous avons évidemment un partenariat stratégique avec la Russie ».

Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a accordé une interview exclusive à Russia Today, le mardi 27 octobre 2026, dans laquelle, il présente l’importance du sommet Russie-Afrique pour le Burkina. Le Premier ministre aborde des questions d’actualité, notamment la situation sécuritaire du Burkina et les relations avec la Russie ainsi que la France.

Igor Kurashenko (I. K.) : vous êtes présents à Moscou dans le cadre du troisième sommet Russie-Afrique. Quelle importance le Burkina accorde-t-il à cet événement ?

Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo (R.J.E.O) : Merci pour cette opportunité que vous nous offrez pour échanger sur votre chaîne sur des sujets d’actualité. Et comme vous l’avez dit, effectivement, nous sommes ici à Moscou dans le cadre de ce troisième sommet Russie-Afrique. C’est un sommet qui est important pour nous à plusieurs titres, parce que nous sommes
dans un contexte de reprise, mais aussi de consolidation, des relations bilatérales entre le Burkina Faso et la Fédération de Russie, sous la forte impulsion des deux leaders, Son Excellence Vladimir Poutine, mais aussi le camarade Président du Faso, Chef de l’Etat, le capitaine Ibrahim Traoré. Nous voyons en ce troisième sommet Russie-Afrique l’opportunité de consolider davantage ces relations de coopération, de réaffirmer la convergence de nos vues sur les grandes questions du monde et surtout d’ouvrir de belles perspectives au profit des peuples burkinabè et russe, mais plus largement entre la Fédération de Russie et la Confédération AES. Cette Confédération est née de la volonté des Chefs d’Etat du Burkina Faso, du Mali et du Niger, de se mettre ensemble pour répondre à l’appel des peuples de ces trois pays et faire face ensemble aux défis qui sont communs. Vous connaissez la dévise de la Confédération : un espace, un peuple, un destin. Donc, ce troisième sommet révêt une grande importance pour le Burkina Faso, d’où notre présence ici, pour participer aux échanges.

I. K. : Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés ?

R.J.E.O : Les objectifs que nous nous sommes fixés, il faut dire qu’ils sont nombreux, parce que le sommet se tient dans un contexte où la relation entre le Burkina Faso et la Russie se consolide. Vous savez que c’est une relation importante sur le plan diplomatique, sur le plan sécuritaire, sur le plan militaire, mais également sur le plan du développement.
Quand le camarade Président du Faso était ici à Moscou, il avait eu l’occasion déjà d’indiquer l’orientation stratégique de cette relation entre le Burkina Faso et la Russie. Evidemment, il est question de coopération militaire, mais, il s’agit d’aller au-delà de la coopération militaire et diplomatique pour engranger également les résultats partagés dans les domaines importants du développement, comme la formation, les transferts de technologies, la production agricole.

L’une des grandes priorités du Burkina Faso aujourd’hui est d’atteindre la sécurité alimentaire de façon définitive. Le camarade Président du Faso l’avait dit lors de sa visite, je pense que Son Excellence, le Président Vladimir Poutine, avait offert du blé à différents Etats dont le Burkina Faso. Et le camarade Président du Faso avait déjà indiqué, tout en saluant cet acte de générosité, que l’objectif était de faire en sorte qu’aucun pays africain ne soit plus dans la situation d’attendre qu’on lui offre du blé, mais de se donner les moyens pour que nous puissions produire et nous autosuffire. Le Burkina Faso est dans cette dynamique aujourd’hui, et pour ne prendre que l’exemple du blé, aujourd’hui, le Burkina Faso produit du blé ; même si ce n’est pas encore suffisant pour couvrir entièrement sa consommation nationale.

Voici les actes dans lesquels, évidemment, nous comptons intensifier la coopération et faire en sorte qu’au Burkina Faso, nous ayons la capacité, à travers des partenariats, qui peuvent être techniques, notament les transfert de technologies, de compétences et d’équipements, pour produire suffisamment sur place au Burkina Faso au profit du peuple burkinabè. Donc, ce n’est que cet exemple. Sinon, on a beaucoup d’autres axes de coopération. Si vous prenez le domaine des ressources minières, minéralières, au Burkina Faso, la vision aussi, à ce niveau-là, est claire. Vous savez, nous venons d’innover avec l’ouverture de la raffinerie d’or du Burkina, la toute première, il y a quelques semaines de cela, par le camarade Président du Faso. Et l’objectif, c’est de faire en sorte que cette coopération nous permette d’installer toute la chaîne de valeurs de l’exploitation minière sur place au Burkina Faso. C’est sur cette vision stratégique dans tous les domaines de coopération que nous sommes là pour échanger, pour voir de façon pratique, comment avancer.

I. K : Bien sûr, on s’intéresse beaucoup au domaine militaire. Actuellement, quelle est la situation sécuritaire dans votre pays ?

R.J.E.O : La situation sécuritaire au Burkina s’améliore de façon très significative et de façon constante. Vous savez, les gens ont l’habitude de sortir les chiffres, les statistiques, pour dire, voilà, on a plus de 74% du Burkina Faso qui est aujourd’hui consolidé. Il faut préciser que ces chiffres concernent, la proportion du territoire aujourd’hui qui a été non seulement réconquise, consolidée et où les populations qui s’étaient déplacées se sont réinstallées. Mais, il n’y a pas un seul centimètre carré du Burkina Faso aujourd’hui qui échappe à nos forces de défense et de sécurité. Parce qu’elles interviennent partout. Mais quand on parle de statistiques de réconquête, évidemment, on ne peut mettre une zone donnée du Burkina Faso au vert, la couleur verte, on ne l’utilise que quand, la zone a été réconquise, dépolluée, et les forces ont été réinstallées de façon permanente pour permettre aux populations de se réinstaller et vaquer tranquillement à leurs occupations. Donc, la situation sécuritaire s’améliore de façon significative. Nous venons de sortir de la saison des pluies et le camarade Président du Faso l’avait déjà annoncé : de grandes opérations vont être engagées après cette saison des pluies pour continuer, évidemment, de consolider de nouvelles zones. Et, c’est sûr que dans les semaines et les mois à venir, vous allez être témoins des progressions de nos braves combattants pour conquérir jusqu’au dernier centimètre carré de la superficie du Burkina Faso.

I. K : Comment évaluez-vous le rôle des instructeurs russes dans la stabilisation de la situation sécuritaire dans votre pays ?

R.J.E.O : C’est un combat existentiel que nous menons, parce qu’il faut dire que c’est une guerre de libération qui est menée aujourd’hui par le peuple burkinabè et comme vous le savez, qui ,depuis plus d’un siècle, est sous les jougs d’une invasion impérialiste française. Et aujourd’hui, c’est un combat pour sortir de cette étreinte, reprendre en main définitivement notre destin et faire en sorte que le Burkina Faso puisse définir par lui-même son horizon et se donner les moyens par lui-même, de faire le bonheur de son peuple. Dans ce combat, nous avons évidemment un partenariat stratégique avec la Russie et c’est dans ce cadre que nous faisons l’acquisition d’équipements qui
est acompagnée par l’appui d’instructeurs pour accompagner nos forces combattantes à la prise en main de ces équipements. Et les résultats sont là. Je pense que grâce à ce partenariat, il y a eu une amélioration des capacités opérationnelles de nos forces combattantes. Ce qu’il faut noter, c’est qu’avec la Fédération de Russie aujourd’hui que nous avons vraiment une relation de partage d’expériences également. Comme vous le savez, sur le terrain des opérations, les forces combattantes, grâce au retour d’expériences, se sont progressivement améliorées et ont développé des modes de combat qui sont uniques, car, ils se sont inspirés du terrain burkinabè. Et évidemment, dans ce contexte, nous avons aussi cette capacité de partager des expériences avec notre partenaire russe. Tout cela, c’est à mettre à l’actif de cette bonne coopération entre nos deux pays. C’est pour dire que c’est une coopération à l’actif de laquelle on peut avoir des motifs de satisfaction.

I. K : D’ailleurs, vous avez évoqué la France. On constate que ces dernières années, les relations entre le Burkina Faso et la France se sont détériorées. Justement, pour nos téléspectateurs, est-ce que vous pouvez préciser les raisons de cette détérioration ?

R.J.E.O : Les raisons de cette détérioration sont très simples. Vous savez, ce pays impérialiste mène une politique impérialiste. C’est ce que nous disons toujours. Nous n’avons rien contre le peuple français. Mais, cette politique de domination, je pense qu’il faut que ça s’arrête parce que cela dure pratiquement depuis plus de 130 ans. On vient de célébrer les 130 ans de l’invasion de Kiidiga qui est un épisode très douloureux du Burkina Faso, notamment dans la région des Koulsé, où la colonne Voulet et Chanuane, au moment de l’invasion impérialiste, a massacré des villages entiers. Vous voyez, ça, c’est ce qui s’est passé en 1896. Mais en réalité, ce qui semble si lointain est toujours en cours dans nos Etats parce que c’est un pays qui n’arrive pas aujourd’hui à mettre son logiciel à jour. Quand le camarade président du Faso est arrivé au pouvoir, il a fait le constat d’un partenariat totalement déséquilibré, des accords léonins qui ne favorisent évidemment qu’une seule partie. Voilà une relation dans laquelle on ne fait que subir. Ce sont des choses que nous ne pouvons pas accepter aujourd’hui. C’est l’injustice que nous dénonçons. C’est l’injustice que nous combattons. Nous refusons d’être de serviles spectateurs du destin de nos pays qui se jouait à Paris.

Ça, c’est fini. Ce n’est pas que nous avons quelque chose contre le peuple français en l’occurrence. Mais, nous disons aujourd’hui que chacun travaille à être indépendant. Nous, nous travaillons à être indépendants, évidemment, à être maîtres de notre destin, de nos choix stratégiques, sans dictat de qui que ce soit. Que la France aussi apprenne à être indépendante. Je pense qu’elle a suffisamment vécu de la prédation des ressources de ce qu’on considère comme son précaré, ses colonies, dans lesquelles elle place qui elle veut à la tête des Etats. Mais quand vous regardez la précarité dans ces Etats, malheureusement, vous voyez le contraste. Ce sont des pays riches, riches de leurs ressources minières, minéralières, de leurs ressources forestières bien souvent, de leurs richesses marines et tout. Mais quand vous regardez l’état de ces pays aujourd’hui, leur jeunesse continue de mourir dans les mers à la conquête de l’illusoire Eldorado. Donc, il faut que tout cela s’arrête et que la France comprenne qu’aujourd’hui, elle doit apprendre à vivre sur ses propres capacités et arrêter la prédation des ressources des pays qu’elle considère comme son précaré. Et, c’est là qu’on va voir la réalité de la France.

IK : Est-ce que vous voyez la différence entre l’approche russe par exemple, la coopération notamment avec les pays africains et l’approche française ?

R.J.E.O : Ce que nous disons, et dès le début on l’avait dit, nos relations avec la Russie, vous savez les détracteurs, ceux qui sont champions dans la manipulation, avaient vite fait de dire, « voila, ils ont quitté un maître pour rejoindre un autre maître »,
non ! Nous avons quitté un type de coopération pour un autre type de coopération. Avec la Russie, nous sommes dans une coopération honnête, transparente, d’égal à égal et dans l’intérêt partagé des pays. Evidemment, la Russie n’a jamais colonisé un pays africain. La Russie ne vient pas pour effacer ce qui existe dans nos états en termes de ressources endogènes, nos langues, nos cultures, et ainsi de suite. Il ne s’agit pas de cela. Donc aujourd’hui, c’est un nouveau type de coopération que nous entretenons avec la Russie, en nous assurant évidemment que les intérêts de chaque partie sont préservés et que ça se fait dans le strict respect de l’intérêt supérieur de nos Etats et de nos peuples. Ce qui est complètement différent de ce qui était là avec la France impérialiste.

Aujourd’hui, nous ne voulons même plus nous focaliser sur ça. Vous savez, quand vous avez trop le regard dans le rétroviseur, vous risquez de perdre le Nord. Donc, nous regardons devant ; la France est derrière nous. Nous, nous avançons résolument, conscients de nos capacités, sûrs de nos potentialités. Et la première de ces potentialités, c’est le peuple burkinabè, c’est le potentiel humain dont nous disposons, c’est notre jeunesse, et ensuite, toutes les richesses dont la nature a doté notre pays. Nous comptons les exploiter pour développer notre pays. C’est ce qui est déjà en cours. Le Burkina Faso est un chantier, pratiquement dans tous les domaines. Et beaucoup de gens, partout, s’interrogent comment ce pays fait, parce que certains avaient pensé qu’après le départ de l’Agence française de développement, après les ruptures des relations avec la France, que tout allait s’arrêter, le pays allait sombrer. Aujourd’hui, le Burkina Faso ne s’est jamais porté aussi bien qu’aujourd’hui, sur le plan économique, sur le plan financier, sur le plan du développement. Et les indicateurs sont là pour l’attester.

I. K : Il y a l’autre acteur qui s’ingère dans les affaires de votre pays, c’est l’Ukraine. D’ailleurs, récemment, les autorités de votre pays ont évoqué le soutien de l’Ukraine au groupe terroriste opérant sur le territoire de l’Alliance des Etats du Sahel. Est-ce que vous avez de nouvelles révélations concernant l’activité des Ukrainiens, notamment sur le territoire de l’Alliance ?

R.J.E.O : C’est avec beaucoup de regrets que nous avons fait le constat de cette implication d’un pays comme l’Ukraine aux côtés des terroristes qui endeuillent les Etats du Sahel. Je ne veux pas rentrer dans beaucoup de détails, mais tout ce que je peux dire, c’est que l’Ukraine s’est rangée du mauvais côté de l’histoire, en se mettant aux côtés des hordes terroristes qui endeuillent le peuple du Sahel. Et je pense que l’histoire va bientôt juger. Et à l’heure des comptes, évidemment, le sort de l’Ukraine sera le même que celui qui est réservé à ces groupes terroristes, c’est-à-dire une défaite cuisante et un engagement sans issue.

I.K : Cette année, la Russie et le Burkina ont créé une commission intergouvernementale de coopération dans beaucoup de domaines. Quel résultat attendez-vous de ce mécanisme ?

Le chef du gouvernement est convaincu que les marges de progression de la coopération culturelle sont très grandes.

R.J.E.O : Je pense que la création de cette commission intergou- vernementale est intimement liée à la volonté des deux grands leaders, le camarade Capitaine Ibrahim Traoré et Son Excellence le Président, Vladimir Poutine, de faire en sorte que cette nouvelle page de la coopération entre le Burkina Faso et la Russie soit très fructueuse. Et évidemment, cette commission a vocation de faire en sorte que les orientations reçues au plus haut sommet des Etats se traduisent en actes concrets. Il y a des échanges qui sont très suivis au sein de cette commission, la prochaine se tiendra certainement en début 2027. Et ça sera une occasion supplémentaire, non seulement de mesurer le chemin parcouru, mais également de disposer pour l’avenir en définissant non seulement les priorités, mais aussi les moyens de pouvoir agir rapidement au profit des peuples burkinabè et russes. Entre la Russie et le Burkina Faso, d’ailleurs, ce n’est pas une histoire récente. Les relations entre les deux pays n’ont pas attendu, la reprise du sommet Russie – Afrique qui n’en est qu’à sa troisième édition.

Ce sont deux pays qui ont une longue histoire de coopération. Et je pense que la Russie était déjà aux côtés du Burkina Faso depuis ce qu’on a appelé les indépendances en 1960. Et après cela, l’un des moments importants a été sous la Révolution du camarade Thomas Sankara, où, entre la Russie et le Burkina Faso, il y a eu beaucoup d’échanges. Nous avons beaucoup d’aînés, les générations de nos parents qui ont été formées ici, en Russie, dans beaucoup de domaines, y compris le domaine du journalisme. Et donc, je pense que la reprise de cette coopération n’est que logique. Et aujourd’hui, nous allons travailler à la consolider, à nous assurer que c’est une coopération qui profite aux deux peuples. Et c’est une coopération qui nous permet aujourd’hui d’afficher une autre vision du monde qui n’est pas ce monde conçu uniquement sous les prismes de la domination des uns sur les autres, mais un monde où, évidemment, en toute fraternité, il y a une coopération parfaite. Chaque peuple, évidemment, mérite le respect, mérite qu’on respecte sa souveraineté.

Et je pense que ça, sur ces questions, nous avons une forte convergence de vue. Et ensemble, nous allons travailler non seulement à développer nos pays, mais aussi, évidemment, à instaurer une autre vision du monde, de nouveaux équilibres. Aujourd’hui, le multilatéralisme qu’on connaissait, fondé sur les droits internationaux, les Nations unies et ainsi de suite, on a l’impression que tout cela, est en train de s’affaiblir. Mais qu’est-ce qui explique cela ? Les gens veulent tout simplement dominer le monde et ne laisser place à personne ; on veut réformer les Nations unies, ce n’est pas possible parce que c’est figé depuis les réalités de 1945.
Donc, sur toutes ces questions, nous pensons que nous pouvons, dans le cadre de cette coopération, au-delà de l’impact pour nos
pays propres, travailler aussi, à redéfinir les équilibres géopolitiques et géostratégiques dans le monde.

I.K : Vous avez évoqué la réforme possible de l’ONU. Est-ce que vous avez une vision de cette réforme ?

R.J.E.O : C’est un combat qui n’est pas nouveau également. Vous savez, depuis de longues années, beaucoup appellent à la réforme du système des Nations unies, notamment le Conseil de sécurité, parce que la réalité de 1945 n’est pas celle d’aujourd’hui. En 1945, le Burkina Faso n’existait pas en tant qu’Etat. C’est la France qui parlait à notre nom ; la France impérialiste.
Donc, comment voulez-vous que nous, aujourd’hui, nous acceptions de continuer de suivre un système qui n’a pas été mis en place avec nous ? Aujourd’hui, les pays africains sont des pays qui se sont affranchis, en tout cas, de façon formelle, des tutelles. Donc, il faut changer les choses aujourd’hui. Et, évidemment, si on ne réforme pas l’institution onusienne, c’est une coquille vide que nous allons traîner parce que dans toute les crises, on n’entend pas l’ONU. Pourquoi ? Ce n’est pas parce qu’elle ne parle pas, mais c’est parce qu’évidemment, sa voix ne porte plus, elle prêche dans le désert, parce qu’elle est inefficace, elle ne correspond plus aux réalités d’aujourd’hui.

I.K : Est-ce que vous voyez comment, des pays comme la France mènent une vague de désinformation visant vos pays ?

R.J.E.O : Evidemment, vous savez, aujourd’hui, il ne reste plus à ce pays-là que la manipulation. Quand vous prenez les médias français dont la plupart ont été fermés au Burkina Faso, ce ne sont pas en réalité des médias, ce sont juste des outils de conditionnement des opinions, des outils de désinformation. Quand il y a quelques difficultés autour de Bamako, édition spéciale, Bamako est bouclée, le blocus de Bamako, le président va tomber, et ainsi de suite… Quand, deux jours plus tard, évidemment, le digne peuple malien, derrière les forces combattantes, reprend le dessus, zéro information. On est passé à autre chose. Donc, ce n’est que de l’instrumentalisation. Deuxièmement, c’est le média qui a ouvert ses micros aux terroristes qui endeuillent nos Etats. Les mêmes terroristes qui tuent les femmes,
les enfants, déguerpissent les populations de leur terroir. Les faits de ces terroristes-là sont mis en lumière dans ces médias toxiques et mensonges. On leur donne l’opportunité de venir parler, on met en emphase ce qu’ils considèrent comme leurs actions d’éclat. Mais quand ils suibissent des revers, silence radio !

Nous avons tout compris. Evidemment, vous allez voir, ce n’est que le début. Voyez ce qui s’est passé au Burkina, ce qui s’est passé au Mali, ce qui s’est passé au Niger, face à la désinformation, à la manipulation de ces médias, ce n’est que le début. Vous allez voir que ces médias, au fur et à mesure, tous les autres pays comprendront tôt ou tard que ces médias-là, ce sont des médias toxiques qui sont là juste pour conditionner les opinions. Pour entretenir nos fragilités, surfer sur nos divisions, faire en sorte que nos pays restent des pays faibles à la merci de l’impérialiste français qui est incapable aujourd’hui de se libérer. Il ne s’agit pas pour nous de nous libérer, c’est à la France de se libérer. C’est elle qui, de tout temps, a vécu de la prédation des ressources de ces pays. Qu’elle comprenne que c’est fini. C’est comme, vous savez, un enfant. Nous avons tous des enfants. Au début, vous lui mettez le biberon ou alors, il tête le sein de sa mère, mais au bout de quelques temps, il faut qu’il arrête. Ill faut le sevrage. Donc, que la France se prépare, évidemment au sevrage, pour vivre vraiment sa vraie réalité, vivre de ses vraies capacités, au lieu de sucer le sang de ces pays.

Ça n’a que trop duré ! La manipulation, ça fait partie aujourd’hui de la guerre menée par ce pays. Et vous savez, c’est un pays qui aime s’ériger en donneur de leçons envers les autres. Quand on ferme France24, on dit, voilà… dans leur pays, combien de médias ils ont fermés ? Ces derniers jours, j’ai même entendu le président français qui estime que même les réseaux sociaux sont devenus toxiques et que ce sont les réseaux sociaux qui sont la source de toute la crise sociale qui secoue en ce moment son pays. Donc vous voyez, c’est l’arroseur qui se fait finalement arroser.

I.K : Excellence, on sait que vous avez un agenda très chargé. Donc, je me permettrai de vous poser la toute dernière question. On sait que le dialogue politique est très important entre nos deux pays, mais quel avis portez-vous sur les liens culturels ? Est-ce qu’ils se développent actuellement ?

R.J.E.O : Vous savez, aucune relation entre deux Etats ne peut être durable si elle n’arrive pas à franchir le volet politique et diplomatique pour être une relation des peuples. Et pour que ce soit une relation des peuples, il faut que ce soit une relation qui mette en avant les échanges culturels en termes de formation, en termes de co-création artistique et culturelle. Et sur ce volet, je peux dire que les choses avancent bien. J’ai été ministre de la Culture du Burkina Faso, il y a quelques années de cela.
Et depuis cette époque à maintenant, il y a beaucoup d’échanges culturels. Et c’est vraiment quelque chose de très important parce que c’est ce qui va permettre que nos peuples se connaissent.

Vous savez, quand vous arrivez au Burkina Faso, vous prenez la jeunesse, vous prenez dix jeunes, vous dites Son Excellence le Président Vladimir Poutine, tout le monde sait que c’est le président de la Russie. Mais si derrière, vous lui posez une autre question sur le peuple russe, je ne suis pas sûr qu’il soit capable de vous répondre. Cela montre qu’il y a encore évidemment des marges de progression dans la connaissance mutuelle de nos peuples. Et c’est en cela que la culture doit jouer un rôle très important. Et faire en sorte évidemment que cette relation de coopération soit durable parce qu’elle est fondée sur le respect entre les deux peuples qui échangent et qui créent des choses ensemble. La convergence des intelligences pour pouvoir libérer le génie artistique et en la matière, nous pouvons nous enrichir mutuellement. La Russie était présente au Burkina Faso à la dernière Semaine nationale de la culture avec une troupe artistique qui a fait une belle prestation. Ce sont des moments comme ça qui permettent de pousser plus loin la coopération culturelle. Nous sommes convaincus que les marges de progression sont encore très grandes.

Interview rentranscrite par la Primature

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