Chronique : La prothèse identitaire

Chez moi, je suis l’étranger en danger qui cherche le nord sur la pointe des pieds
Sur les marches de ma généalogie, je suis le rameau de la branche des estropiés
Malgré l’envergure de ma carrure de statue, je suis un immature en pleine usure
Entre les signes et les symboles, mon école perd connaissance et crie à l’imposture.

Chez moi, je suis l’intrus, le recru qui a tout appris sans rien comprendre du tout
Peu importe mon rang et mon cran, je suis le morveux qui patauge dans la boue
Dans la classe des imberbes, je rase ma barbe pour échapper à la furie des leurres
Pris au piège du petit espiègle qui joue des tours, je crie au secours sans un heurt.

Chez moi, je suis le profane qui défie les mânes pour lorgner les dieux des aïeux
Je suis de la génération dont la tradition n’a pas de restriction, l’interdit est vieux
Je suis de la ville où de viles âmes pullulent au-delà des limites des pères-repères
Au contact des miens, je rase les murs en fouinant comme un chien sans lanières.

Chez moi, je me sens ailleurs face au miroir qui me renvoie l’image du dommage
Je suis le géant qui peine à se courber pour franchir le seuil de la case des âges
Je suis l’érudit qui se méprend devant le plus simple des indices de son identité
Mes racines sont des prothèses en plastique dans un socle dépourvu de fertilité.

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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