Quelques mois après l’annonce de sa mort qui avait suscité tant d’espoir pour les Maliens, le chef terroriste, Amadou Koufa, vient d’apparaître dans une vidéo jugée crédible par l’état-major français.

En attendant d’autres signes, les chances que cet extrémiste soit encore vivant sont d’autant plus élevées, que l’on assiste depuis la publication de la vidéo à une recrudescence des activités terroristes dans le centre du pays présenté comme sa zone d’influence. En effet, on dénombre environ 230 attaques terroristes perpétrées en une année et la dernière en date, et la plus horrible, est celle de dimanche dernier dirigée contre le camp militaire de Dioura, qui a causé la mort de 21 soldats.

Le commandant de compagnie, le capitaine Mohamed Sidati Ould Cheikh fait partie des militaires tombés sous les balles assassines des terroristes. Selon les autorités maliennes, l’attaque a été menée par des groupes terroristes sous le commandement d’un ex-colonel de l’armée régulière, Ba Ag Moussa dit Bamoussa, ayant déserté pour rejoindre les rangs djihadistes. Ce dernier est vu comme un proche du Touareg Iyad Ag Ghaly, qui dirige l’une des principales filières djihadistes dans la bande Sahélo-Saharienne.

Depuis lors, nombre de citoyens, plus ou moins troublés, se demandent ce qui a bien pu pousser ce haut gradé de l’armée malienne à abandonner l’idéal et la discipline militaires pour aller servir la cause des « fous de dieu ». La nouvelle est d’autant plus troublante, que le colonel qui connaît bien les habitudes de ses anciens frères d’armes a poussé l’outrecuidance en prenant la tête du commando qui a ouvert le feu sur eux, dans la nuit de samedi à dimanche au camp de Dioura.

L’inquiétude des Maliens est tout à fait justifiée, dans la mesure où leur pays éprouvait déjà de sérieuses difficultés à contrer la menace terroriste. Et cette nouvelle attaque meurtrière, pilotée par un ancien officier, le gouvernement malien devra redoubler de vigilance et ne pas laisser transparaître des signes de faiblesse sur le terrain. Dans le camp adverse, et c’est triste de le dire, les groupes terroristes ont réussi ainsi à pénétrer l’armée malienne, recrutant ainsi en son sein des militaires prêts à se retourner contre leurs camarades.

Car, si l’on convient comme dans le milieu militaire, que la guerre se mène d’abord dans l’esprit, on peut alors se demander ce que vaut un soldat au moral complètement entamé. Pas grand-chose, absolument ! Au Nigéria, l’infiltration de l’armée, dont des généraux ont cédé à la tentation de gros sous proposés par Boko Haram, a été l’une des principales causes des revers subis dans la lutte contre le terrorisme. On a encore en souvenir, l’enlèvement de plus de 200 lycéennes dans ce pays qui avait enflammé la toile, avec à la clé la naissance du mouvement « bring Back ours girls ».

Aujourd’hui, et il faut le regretter, une partie du Nigeria échappe au contrôle du gouvernement. Au regard de cela, le président malien, Ibrahim Boubacar Kéita, fraîchement réélu et dont la gestion sur le plan sécuritaire avait été vivement critiquée, a véritablement du pain sur la planche.

Il doit impérativement tout mettre en œuvre pour empêcher une fuite des officiers maliens, qui tenteront de se rallier aux branches d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) opérant dans le Nord-Mali. Le chef de l’Etat malien est passé haut les mains à l’élection présidentielle, mais son second mandat ne sera pas un long fleuve tranquille vu les nouveaux défis qui pointent à l’horizon.

L’opposition malienne, réunie au sein du Front pour la sauvegarde de la démocratie qui a parlé de « lourd bilan » depuis la cuisante défaite des forces maliennes face aux groupes rebelles touareg à Kidal (Nord) en mai 2014, a d’ores et déjà invité « IBK » à prendre la situation au sérieux. L’opérationnalisation de la force conjointe du G5-Sahel, très attendue par les populations, pourrait contribuer à apporter une réponse dans le combat contre l’hydre terroriste, et redonner ainsi du tonus au président malien.

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

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