Procès du putsch Diendéré et ses soutiens internationaux

Le procès du putsch a donné à écouter, lors de l’audience du vendredi 29 mars 2019, une vingtaine d’éléments sonores issus d’écoutes téléphoniques. Ces audio impliqueraient, entre autres accusés, le général de brigade Gilbert Diendéré, son épouse, son ex-belle-fille, Fatoumata Diawara Thérèse et le Malien Sidi Lamine Oumar.

Le tribunal militaire est toujours plongé dans les écoutes téléphoniques incriminant les principaux auteurs présumés du coup d’Etat du Conseil national pour la démocratie (CND). 20 fichiers audio ont été écoutés à la reprise de l’audience, le vendredi 29 mars 2019. Ces éléments sonores relatent des conversations téléphoniques supposées du général Gilbert Diendéré avec son épouse Fatou Diendéré, son fils, Ismaël Diendéré, son ex-belle-fille, Fatoumata Thérèse Diawara, l’accusé malien, Sidi Lamine Oumar, l’Ivoirien Guillaume Soro, et un certain Roger Sebag de la France. Les communications entre «Deltarette» (que le parquet identifie comme Fatou Diendéré) et «Delta» étaient les plus nombreuses. Elles avaient trait entre autres, à l’évolution de la si-tuation et leur désir de se mettre en sécurité.

L’un des audio qui a le plus attiré l’attention du parquet est daté du 26 septembre 2015 et concerne les préparatifs d’une rébellion dans le Sud du pays. On y entend ce qui serait la voix grave de l’épouse rapporter les termes d’un entretien qu’elle aurait eu avec «monsieur» et suggérant à Delta d’appeler le même «monsieur» à son tour. Elle évoque également la nécessité d’envoyer quelqu’un (Wendyelé) en mission de sensibilisation dans tous les villages qui relèvent de Pô. Lorsque Delta exprime ses appréhensions, la voix féminine précise : «c’est une rébellion non ?» Mais Delta va calmer les ardeurs en évoquant des problèmes logistiques. Il va suggérer de temporiser. «Moi j’ai peur de te parler, car à chaque fois que je te parle je deviens malade», s’est emportée Deltarette. Dans un précédent audio en date du 25 septembre, la dame à la voix grave s’interrogeait sur leur sécurité. «On ne va pas se chercher»? s’est inquiétée Deltarette. Et son interlocuteur de l’admettre : «Il faut y penser, comme je ne suis plus sûr de maîtriser les choses ». Ensemble, ils envisagent la possibilité de se faire exfiltrer. La dame prévoit d’appeler des amis français, «Roger et Guillaume» et un autre au Togo. Delta préconise aussi de se rendre («au cas où») à l’ambassade de France plutôt que celle américaine et explique avoir vainement espéré l’intervention des chefs d’Etat de la CEDEAO. « On va être condamné, c’est la peine maximale », s’est-il désolé.

Opérer des neutralisations

Dans d’autres fichiers, c’est «fiancé Delta-fils» qui informe Delta que ses contacts lui ont donné la garantie que de là où il est (Nonciature), il ne risque rien, sauf à se livrer de lui-même. Mais Delta, lui explique que c’est le Nonce apostolique qui lui met la pression de quitter la nonciature. « Tout le monde me met la pression. Va leur dire cela», a rétorqué Delta. Les éléments relatifs aux conversations supposées entre Guillaume Soro présentent l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne, comme un intermédiaire entre certains présidents de la CEDEAO (Faure Gnassingbé et Macky Sall) et le général Diendéré. Dans la plupart d’entre eux, M. Soro réconforte le général burkinabè et le rassure que les présidents sont en train de travailler en sa faveur. «On travaille en bas, la si-tuation évolue en votre faveur. Sur les réseaux sociaux, le débat est équilibré», indique Soro qui explique comment ils rédigent des communiqués pour inonder les téléphones de Burkinabè. A l’écoute de l’un des audio, celui-ci rapporte des propos du président Alassane Ouattara où ce dernier conseille au RSP de ne pas désarmer, au risque de se mettre à la merci des autorités de la Transition. D’autres fichiers ont trait à la conversation avec un certain Roger Sebag qui détaille longuement des stratégies d’attaque au général pour ne pas se faire avoir. En somme, le stratège explique à Diendéré d’opé-rer des «neutralisations» et de mettre en place un Conseil national de salut public, seule condition pour espérer se sortir sans danger de cette affaire.
Si le parquet a félicité le général Diendéré de n’avoir pas suivi les conseils de ses différents interlocuteurs, il a tout de même estimé que les éléments sonores démontrent à souhait la culpabilité des différents accusés et que Gilbert Diendéré est bien l’auteur du putsch. Les prévenus impliqués dans les audio n’ont fait aucun commentaire. Leurs avocats ont tout de même relevé des incohérences de dates et d’heures d’enregistrement des audio ainsi que l’absence de référence pour certains fichiers.
La défense du général Diendéré a maintenu que rien ne permet de rattacher leur client aux audio. Ils ont par ailleurs fait remarquer qu’aucun des éléments sonores n’incrimine leur client dans la mesure où la voix qui lui est prêtée reste passive dans les différentes conversations et que cela ne peut être constitutif d’infraction. Avant de suspendre l’audience, le tribunal a, une fois de plus rejeté la demande de liberté provisoire du caporal Sami Da. Le procès reprend le lundi 1er avril 2019.

Fabé Mamadou OUATTARA

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