Le Bénin est en pleine campagne électorale pour les législatives du 28 avril 2019. Pour la première fois depuis 30 ans, l’opposition ne participera pas au scrutin. Seulement deux partis de la mouvance présidentielle (le Bloc républicain et l’Union progressiste) ont pu obtenir le feu vert de la Commission électorale nationale autonome (CENA) pour la conquête des voix des électeurs. L’institution en charge des élections, après avoir étudié les dossiers de sept formations politiques, en a recalé cinq, toutes de l’opposition, pour non-conformité à la loi électorale. Une véritable douche froide pour les opposants. Cette déconvenue, l’opposition la voyait venir. A maintes reprises, ses figures emblématiques avaient décrié le nouveau Code électoral et la nouvelle Charte politique proposés par des députés du parti au pourvoir. Les partis politiques sont assujettis à l’obtention d’un certificat, censé garantir leur conformité à la nouvelle charte. Ce document, délivré par le ministère de l’Intérieur, a été une mer à boire pour la majorité de la classe politique. Sentant donc le roussi, deux anciens chefs d’Etat du pays, Boni Yayi et Nicéphore Soglo, ainsi que d’autres opposants ont réclamé haut et fort le toilettage de la loi électorale. Une requête qui a essuyé une fin de non recevoir. Même les appels incessants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’ont pas eu un écho favorable. Le camp d’en-face oppose le sacré principe des délais, tirés du Protocole additionnel de la CEDEAO sur la bonne gouvernance, qui stipule qu’une loi électorale ne peut être retouchée à six mois du scrutin, à moins d’un consensus. Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Si l’opposition dénonce la «poussée dictatoriale» du président Patrice Talon, il n’en demeure pas moins qu’elle a aussi fait preuve d’immaturité politique. Le jeu politique nécessite une analyse rapide de la situation à l’effet de déployer sa stratégie pour faire face à l’adversaire. Cette vision a manqué si bien que certains militants de l’opposition ont du mal à avaler la pilule. Ils pointent du doigt le manque de préparation de leurs leaders, les accusant d’être à l’origine de leur propre exclusion du processus électoral. Cette impasse politique que subit actuellement le Bénin, l’une des démocraties les plus stables du continent, n’engendrait-elle pas de conséquences fâcheuses ? Une chose est sûre : l’Assemblée nationale béninoise à l’issue des législatives du 28 avril prochain aura une coloration unique avec sans doute une pensée unique digne des temps anciens où le parti unique dictait sa loi. Si tel est le cas, ce sera un coup dur pour la démocratie du pays de Mattieu Kérékou. Le pouvoir en place aurait dû revoir sa copie en repoussant les élections, afin d’obtenir un consensus sur la participation au scrutin, car aller en solitaire à une élection en démocratie ne l’honore pas. En tout état cause, ce passage en force n’augure pas de lendemains meilleurs pour la démocratie béninoise.

Abdoulaye BALBONE

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