Pretoria/Washington : à quand le dégel ?

Les relations entre l’Afrique du Sud et les Etats-Unis vont-elles se détendre de sitôt ? Pour le moment, les signaux n’indiquent pas une possibilité de dégel imminent, à moins que Pretoria et Washington ne surprennent agréablement, en fumant le calumet de la paix. S’il y avait déjà des frictions sous l’administration Biden, la coopération entre les deux pays n’est plus au beau fixe depuis le retour de Donald Tromp à la Maison Blanche. A la base des tensions, figurent entre autres points de désaccord, la plainte pour génocide formulée par Pretoria contre Israël (allié historique des Etats-Unis en guerre contre la Palestine), la volonté des autorités sud-africaines de renforcer le groupe des BRICS (une organisation parallèle à l’ordre mondial international occidental comprenant la Russie et la Chine), les lois sur l’expropriation des terres en Afrique du Sud.

En réaction à ces actions, Washington a pris des sanctions et des mesures de rétorsion contre Pretoria, qui ne semble pas prêt à renoncer à sa souveraineté, même s’il reste ouvert au dialogue. En plus de réduire son aide financière à l’Afrique du Sud, le régime Trump a imposé des droits de douane et procédé à une restriction de visas. Aussi, les Etats-Unis ont-ils déclaré persona non grata, l’ambassadeur sud-africain en poste à Washington, Ebrahim Rasool, en mars 2025. La Maison Blanche met tout en œuvre pour prouver à Pretoria que sa politique intérieure n’est pas de son goût. L’Afrique du Sud est engagée dans un bras de fer diplomatique et politique avec le pays de l’Oncle Sam, courant désormais le risque de se voir exclure de l’accord commercial préférentiel AGOA, dont il est le premier bénéficiaire. En vertu de cet accord, Pretoria profite d’exemption de droits de douane, lui permettant de vendre à des prix compétitifs diverses marchandises (produits agricoles, équipements industriels…) sur le marché américain.

Si le programme AGOA fait son affaire, l’éligibilité de l’Afrique du Sud n’est plus une garantie, Washington n’étant plus en odeur de sainteté avec elle. Les conséquences économiques pourraient être lourdes pour le pays de Nelson Mandela, s’il venait à être écarté de l’AGOA. N’est-ce pas pour cette raison que les gouvernants sud-africains ont le regard tourné vers d’autres partenaires, telle la Chine qui offre également des opportunités commerciales très importantes ? S’il n’est pas encore vécu, le scenario de l’exclusion de l’AGOA est tout à fait possible, mais les autorités sud-africaines espèrent un dégel dans les mois à venir. Le nouvel ambassadeur de la Nation arc-en-ciel entré en fonction en avril dernier, Roelf Meyer, a évoqué, ces jours-ci, la nécessité de sortir de la crise entre les deux pays, en engageant un véritable dialogue.
C’est une sorte de main tendue à Washington qui exige des réalignements politiques majeurs, avant de revoir sa ferme position. Les deux nations vont-elles parvenir à arrondir les angles et à rétablir leur coopération avec beaucoup plus de sérénité ? Le temps nous édifiera.

Kader Patrick KARANTAO

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