L’agrobusinessman, Abdoulaye Sawadogo, vient de passer la main à la tête de l’Union nationale des producteurs semenciers du Burkina (UNPS-B) après dix ans de gestion. Dans cet entretien accordé à Sidwaya, le jeudi 11 avril 2019, il dresse son bilan et évoque diverses questions liées à la filière semencière.

Sidwaya (S) : Quel bilan faites-vous de votre passage à la tête de l’UNPS-B ?

Abdoulaye Sawadogo (A.S.) : Ma nomination en tant que président de l’UNPS-B en 2009 a été un challenge. J’étais le président de la Table filière banane du Burkina et le premier producteur du pays en la matière. J’ai diversifié par la suite, en m’investissant dans la production de riz, domaine dans lequel je suis également leader. C’est grâce à cette expérience, que j’ai accepté de diriger l’UNPS-B. J’ai bénéficié de l’accompagnement d’une équipe forte, compréhensible, solidaire, dévouée qui s’est donnée à la tâche pour qu’on puisse atteindre nos objectifs. L’union n’avait pas de siège et nous fonctionnions sur la base de crédits. L’Etat nous attribuait des marchés et nous accompagnait auprès des banques pour obtenir des crédits pour les exécuter. C’est compte tenu de cela, que nous avons travaillé à relever le défi d’assurer l’autonomie financière de l’UNPS-B. Nous avons fait appel à des techniciens, grâce à qui, nous avons pu engranger des acquis. Nous avons eu un terrain à Ouaga 2000, où le siège de l’organisation a été construit à niveau. Nous avons également œuvré à crédibiliser l’UNPS-B auprès de nos partenaires financiers. De nos jours, nous disposons d’une ligne de crédits de près de 7 milliards F CFA dans deux banques de la place. Ce qui montre que l’union se porte bien financièrement. Nous avons aussi acquis des camions pour les 13 régions du pays, afin de faciliter le transport des semences. Une autre action, qui m’a le plus marqué d’ailleurs, c’est l’achat d’actions d’une valeur de 800 millions F CFA à la Banque agricole du Faso pour tous les producteurs. Cela est important, car pouvant assurer aux producteurs, des revenus, une retraite paisible ou leur faciliter des investissements. Le bilan de ma présidence est globalement satisfaisant. C’est un motif de fierté pour nous, pour l’ensemble de nos collaborateurs, des producteurs, des partenaires institutionnels et financiers qui ont bien voulu nous accompagner.

S. : Ce n’est pas toujours évident dans le secteur agricole, comment avez-vous réussi à asseoir une confiance entre l’organisation et les banques ?

A.S. : Je suis un entrepreneur agricole complet, si je peux ainsi dire. J’étais le premier producteur de banane avec un chiffre d’affaires de près de 150 millions F CFA par an. Idem sur le plan de la production céréalière, avec près de 100 hectares. Je suis également leader dans la production du riz avec une superficie de 65 hectares. Mon investissement dans le domaine m’a permis d’avoir le premier prix mondial de l’agriculture familiale en 2007 et le grand prix des leaders panafricains dans l’agriculture. Je suis passé de l’agriculture familiale à l’entrepreneuriat agricole, ce qui dénote d’un certain travail. C’est mon parcours personnel et ma rigueur dans le travail qui ont amené les banques à faire confiance à l’UNPS-B, car elles me connaissaient déjà.

S. : On note également une évolution de la production semencière ces dix dernières années…

A.S. : A la création de l’UNPS-B en 2004, nous étions 265 producteurs avec une production nationale de 200 tonnes par an. On manquait de professionnalisme. Il a fallu donc travailler à changer la donne. De nos jours, l’union compte près de 4000 producteurs, pour une production annuelle avoisinant 20 000 tonnes. Un travail a été fait pour en arriver là. Ce qui me satisfait surtout, c’est l’amélioration de la qualité des semences, toute chose qui fait de nous une référence dans la sous-région. Nous devons garder le cap et je ne doute pas des capacités de la nouvelle et dynamique équipe dirigeante de l’UNPS-B à œuvrer pour consolider les acquis.

S. : Malgré l’amélioration de la production, la vulgarisation des semences auprès du monde rural demeure un défi…
A.S. : C’est une réalité, mais nous ne restons pas les bras croisés. Cela fait cinq ans, que nous soutenons le ministère en charge de l’agriculture, à travers des dons de semences lors de la Journée du paysan, pour une valeur comprise entre 30 à 50 millions F CFA. Cette action vise à faire connaître les semences améliorées dans le milieu des producteurs. Nous travaillons également à mettre en place des parcelles de démonstration dans les différentes régions, avec des visites commentées. Nous mettons donc l’accent sur la vulgarisation des semences améliorées, car nous sommes conscients de leur faible utilisation. C’est de notre devoir, de faire connaître les semences améliorées, qui ont pour avantage d’augmenter les rendements des producteurs.

S. : Vous avez engrangé beaucoup d’acquis. Qu’est-ce que vous n’avez pas pu faire cependant ?

A .S. : Ce que je regrette de n’avoir pas pu accomplir durant mon mandat, c’est l’installation des unités de transformation, de triage et de conditionnement des semences. J’en possède au niveau de mon entreprise et j’ai voulu que les différentes régions puissent en avoir également. Nous avons eu un crédit d’une institution basée en Hollande d’un montant de 975 millions F CFA à un taux d’intérêt de 5% pour acheter 13 unités de nettoyage et construire 26 magasins de stockage pour les 13 régions. Malheureusement, nous n’avons pas pu réaliser ce projet. Mais le nouveau bureau s’attellera à le concrétiser.

S. : Un producteur semencier vous a récemment accusé de malversations financières portant sur une somme de plus de 500 millions F CFA. Qu’en est-il exactement ?

A .S. : Cette accusation me fait rire, car venant de Adama Ouédraogo, un producteur du Centre-Sud exclu de l’union en 2014 pour livraison de mauvaises semences et conduite non exemplaire. L’UNPS-B a un système de gestion avec un contrôle interne et externe avec des audits, si bien que personne ne peut faire sortir un franc des caisses sans une décision commune. La gestion du budget de l’organisation n’est pas une affaire d’une ou de deux personnes. M. Ouédraogo raconte des balivernes.

S. : Il vous accuse également d’avoir manœuvré pour l’exclure de l’UNPS-B. Que répondez-vous ?

A.S. : Il faut remonter les faits pour comprendre l’exclusion de M. Ouédraogo, qui n’est pas un producteur semencier professionnel. Il est plutôt gestionnaire d’une entreprise de réalisation de forages. En 2008, il a livré des semences de mauvaise qualité dans le cadre d’un marché. Il a réussi à collecter près de 150 tonnes de grains pour en faire des semences et à avoir même un faux certificat attestant de leur qualité. Sa manœuvre a été découverte et il s’était confondu en excuses devant les responsables du ministère de l’Agriculture, lors d’une réunion. S’il a oublié, les témoins de la rencontre sont toujours vivants. Malheureusement, il n’avait pas été sanctionné, ni mis en garde par écrit. L’année suivante, M. Ouédraogo a refait la même chose, en livrant près de 76 tonnes de grains de riz paddy appartenant à un groupement de femmes du Bazèga. A cet effet, il a été une fois de plus convoqué au ministère pour des explications. M. Ouédraogo a encore présenté ses excuses, sans écoper de sanctions. Il a récidivé une troisième fois, en soumissionnant à un marché de la FAO, contrevenant à une décision commune des membres de l’UNPS-B. L’union avait renoncé collégialement à répondre à l’appel d’offres, car il n’y avait pas de semences à la période indiquée. Nous étions surtout dans une dynamique de professionnalisation de la structure. M. Ouédraogo avait passé outre la décision, livrant des semences de mauvaise qualité. La FAO s’en est aperçue et s’est plainte auprès de notre structure. Nous l’avons ainsi suspendu momentanément en attendant que l’assemblée générale puisse statuer sur son cas. A la suite de cela, Boukary Zibaré, trésorier de l’Union régionale du Centre-Sud dont Adama Ouédraogo était le président, avait publié un écrit dans les journaux pour dénoncer un soit- disant deal de 800 millions F CFA impliquant l’UNPS-B et le ministère, tout en faisant afficher la photo du ministre délégué en son temps. Nous avions été interpellés par le département, qui voulait en savoir plus sur ce deal supposé. C’était une manière pour Adama Ouédraogo de compromettre les relations entre l’union et le ministère, à quelle fin, je ne saurais le dire. Ce que nous savons, c’est qu’il était plus politique que producteur semencier professionnel. Nous avions ainsi convoqué l’auteur de l’écrit et il n’a pas répondu. M. Zibaré a donc été exclu conformément aux textes, car il est inadmissible qu’un membre de l’UNPS-B puisse travailler à nuire aux intérêts de l’organisation et à nos relations avec nos partenaires. Ainsi, nous avions demandé à Adama Ouédraogo, président de l’Union régionale d’alors de procéder au remplacement du trésorier fautif. Celui-ci a refusé d’obtempérer. C’est dans ce contexte qu’est intervenue son exclusion définitive de l’UNPS-B. Dans sa lettre d’exclusion, les problèmes sont détaillés.

S. : Mais pourquoi continue-t-il de se prévaloir du titre de président de l’union régionale du Centre-Sud ?

A.S. : Malgré son exclusion, il prétend toujours être le président de l’union régionale du Centre-Sud. Il a porté l’affaire devant les tribunaux. Une dizaine de jugements ont été rendus, mais il n’a jamais gagné. L’Autorité supérieure de contrôle de l’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE/LC) a audité l’UNPS-B à la suite d’une plainte de Adama Ouédraogo et n’a rien trouvé d’anormal. La structure a juste fait des recommandations pour améliorer le fonctionnement de l’organisation, que nous avions d’ailleurs suivies à la lettre. Cela nous a permis d’atteindre le niveau où nous sommes. Aujourd’hui, il raconte sa vie à ceux qui ne le connaissent pas si non les producteurs semenciers savent qui il est.

S.: Vous avez été fait président d’honneur de l’UNPS-B, après avoir cédé la présidence de l’organisation. Quel commentaire en faites-vous ?

A.S. : C’est par respect, que j’ai accepté d’être président d’honneur, parce que mon successeur et son équipe m’ont convaincu qu’ils ont toujours à apprendre de moi. Sinon personnellement, j’ai besoin d’un peu de repos et de me consacrer à mes activités de développement agricole. Je vais néanmoins accompagner la nouvelle équipe à travers des conseils, pour faire profiter mon expérience. D’ailleurs, j’ai écrit un livre à ce sujet, que je compte publier bientôt.

Entretien réalisé par
Kader Patrick KARANTAO

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