Depuis le mardi 12 juin 2019, début de l’administration des épreuves de la session 2019 du Certificat d’études primaires (CEP) et de l’entrée en classe de sixième (6e), une catégorie de citoyens se livre à une polémique stérile sur le fait que les épreuves ne sont pas à la portée du niveau actuel d’un élève de la classe de Cours moyen 2e année (CM2). Les auteurs de ce «débat» vont jusqu’à se demander si les membres de la commission de sélection des épreuves ont vécu au Burkina Faso cette année, en référence aux nombreuses semaines perdues dans le calendrier scolaire, du fait des mouvements d’humeur de la Coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) et de la situation sécuritaire. D’emblée, on se demande si certains d’entre nous ne font pas fausse route. Alors qu’ils crient à la baisse drastique et généralisée du niveau des élèves, certains citoyens trouvent encore des raisons pour condamner le sérieux qu’on commence à mettre dans les conditions d’appréciation du travail intellectuel des enfants. C’est à ne plus rien comprendre ! Est-ce parce que l’année a été escamotée qu’on doit administrer des épreuves «faciles» lors des examens et concours ?

A l’heure où des bacheliers des séries littéraires et même des étudiants en Lettres modernes ont du mal à formuler de bonnes phrases, on se pose des questions sur l’efficacité de notre système éducatif. On peut, certes, trouver mot à redire sur les différentes réformes engagées à l’école ces deux dernières décennies, mais force est de reconnaître qu’elles ont contribué à augmenter considérablement le taux de scolarisation. Maintenant que des épreuves autres que celles présentées comme tirer l’enseignement vers le bas au Burkina sont administrées, des parents d’élèves, des enseignants et certains «spécialistes» trouvent que les épreuves administrées aux élèves sont «dures». N’y a- t-il pas lieu de questionner le niveau des enseignants ou encore leurs capa-cités à inculquer le savoir aux enfants ? A force de sous-estimer les capacités intellectuelles de nos élèves, mais aussi et surtout de les habituer à la facilité, on finit par en faire des «tonneaux vides».

Comment peut-on vouloir un enseignement de bonne qualité, sans rigueur dans la composition des sujets de devoirs ou d’exa-mens ? Est-ce obligatoire de passer en classe supérieure ou d’avoir un diplôme quand le niveau pour y accéder n’y est pas ? Tout le monde est-il destiné à avoir des «gros diplômes» ? L’école est-il le seul moyen de réussite dans la vie? Ce sont autant de questions d’intérêt. A l’école ou dans la vie, il faut apprendre à l’enfant que chaque palier qu’il franchit, chaque diplôme qu’il décroche, est une victoire d’étape, un combat qu’il gagne et qu’il doit fièrement savourer. A-t-on besoin d’être un adepte de Charles Darwin pour comprendre que «la lutte pour la survie» aboutit à l’élimination des moins aptes et à la survie des plus aptes ? Depuis une dizaine d’années, l’usage de la chicotte est proscrit à l’école, l’enseignant n’ayant plus le droit de «corriger» ses élèves.

Et pour cause, les farouches défenseurs des droits de l’enfant ont réussi à l’interdire, alors qu’eux-mêmes sont passés par-là, contraints qu’ils ont été de «bosser dur» pour échapper au fouet. En même temps, «l’école obligatoire» jusqu’à l’âge de 16 ans a desserré les mailles du filet de la «sélection naturelle», au point que l’élève se retrouve bardé de diplômes en fin de cursus, sans savoir véritablement s’en servir. Conséquence, le niveau des élèves est des plus bas avec son corolaire d’incivisme et d’impolitesse de tous ordres. C’est bien là, la conséquence de la culture du moindre effort et du manque de rigueur. Avec la cellule familiale qui a aussi démissionné, les conditions d’une société explosive se réunissent progressivement. Ce qui pourrait donner lieu à une génération de Burkinabè qui n’auront pas la qualité d’ «Homme intègre». On ne paie rien pour attendre !

Jean-Marie TOE

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