Nicolas Sarkozy sera bel et bien jugé pour corruption dans l’affaire des «écoutes». La Cour de cassation a rejeté, hier mercredi 19 juin 2019, les derniers recours formulés par les conseils de l’ancien patron de l’Elysée, Thierry Herzog et Gilbert Azibert, un ex-haut magistrat. L’ancien président français est poursuivi notamment pour «corruption» et «trafic d’influence» sur un haut magistrat de la Cour de cassation. Cette affaire avait été révélée grâce à l’interception des écoutes téléphoniques de l’ex-chef de l’Etat français.
Les faits sont suffisamment historiques car, pour la première fois sous la Ve République, un ancien président sera jugé pour corruption. Depuis l’année dernière, l’épée de Damoclès planait sur la tête de Sarkozy.

La poursuite engagée à son encontre révèle également la relation très conflictuelle, entre le pouvoir judiciaire (qui craint toujours une mainmise de l’exécutif) et la classe politique. Ainsi, les chefs d’Etat français qui président le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et doivent être les garants de l’indépendance de la justice, se retrouvent régulièrement, depuis le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, être la cible d’enquêtes et d’inculpations. François Mitterrand et son prédécesseur «ont eu la chance» puisque les lois sur le financement de la vie politique étaient, à leur époque, beaucoup moins strictes. Pourtant, différentes affaires impliquant les collaborateurs directs les ont amenés devant des tribunaux. Mitterrand s’est retrouvé au cœur d’enquêtes judiciaires sur des financements occultes (affaire Luchaire, affaire Urba) ou de scandales internationaux (affaire des Irlandais de Vincennes, celle du Rainbow Warrior). Idem pour M. Giscard, après la tragique disparition du ministre du Travail, Robert Boulin, qui «s’est suicidé officiellement» en 1979, et dont la fille a finalement obtenu en 2015, la réouverture du dossier qui avait été classé. La fameuse et très médiatique affaire des diamants de Bokassa, qui avait empoisonné la campagne giscardienne de 1981, avait pour sa part, fait l’objet d’une enquête du contre-espionnage, sans l’ouverture d’une information judiciaire.

Si l’ancien président français Jacques Chirac a été condamné en 2011, à deux ans de prison avec sursis pour «détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d’intérêts», Nicolas Sarkozy pourrait être condamné pour «corruption». Pour la personne Sarkozy, il n’y a rien d’étonnant. On se rappelle que celui-ci avait déjà été inquiété dans l’affaire Bygmalion pour «financement illégal» de sa campagne électorale de 2012. Une autre affaire dite «Sarkozy-Kadhafi» couve depuis six ans au pôle financier du Tribunal de grande instance de Paris qui cherche les preuves corroborant la thèse d’un financement libyen de la campagne de l’ex-président français. Sa mise en examen, le 21 mars 2018 pour «corruption passive», «financement illégal de campagne électorale» et «recel de fonds publics libyens» dans cette autre affaire, prouve à souhait que «l’aventure» de l’ex-président qui a fortement milité pour l’intervention militaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Libye a encore de beaux jours devant elle. François Hollande boit jusque-là son petit lait. Les Libyens, voire toute l’Afrique peuvent se contenter des déboires de l’ancien président français, eux qui auraient voulu voir celui-ci croupir en prison pour avoir contribué à tuer Mouammar Kadhafi, détruit son pays et favorisé l’expansion du terrorisme en Afrique.

Jean-Marie TOE

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