Les experts chinois, Zeng Mengtian (2e à partir de la gauche) et Li Zhengyang (lunettes) soutiennent que la production du mil hybride peut être 2 à 3 fois supérieure à celle du mil local.

Des variétés hybrides de mil sont en expérimentation au Burkina Faso dans la ferme semencière de Loumbila dans le Plateau central. Ces spéculations qui ont un haut rendement, selon des experts chinois et burkinabè, peuvent contribuer à la sécurité alimentaire au pays des Hommes intègres. Reportage !

Il est 9 h 45 mn, le mardi 16 juillet 2019 à la ferme semencière de Loumbila, dans le Plateau central. Les nuages s’amoncellent dans le firmament, entrecoupant l’éclat du soleil. Par moment, le ciel s’assombrit entièrement, laissant croire à une préparation pluvieuse.

C’est dans cette atmosphère que l’expert de la République populaire de Chine, Zeng Mengtian, profitant de l’humidité du sol grâce à la pluie du 13 juillet 2019, s’attelle à repiquer des plants de mil dans le champ hybride en expérimentation sur le site. A notre arrivée, il marque une pause, lève la tête et nous fixe du regard. Puis, il poursuit rapidement son repiquage, comptant sur la clémence du ciel.

A l’autre bout du champ, un autre expert chinois, Li Zhengyang, explique à deux employés les techniques de traitement de la culture du mil hybride. Bidons au dos et des tuyaux en main, ils sillonnent le champ pour pulvériser les mauvaises herbes. Adama Ouédraogo est l’un des employés dans le champ des Chinois.

Il réside à Loumbila. «Nous venons dans le champ régulièrement pour travailler. Nous semons les grains de mil et traitons le champ à l’aide d’insecticide pour le débarrasser des mauvaises herbes. Nous apprécions bien la collaboration avec les experts chinois. Ils nous expliquent les techniques de production, c’est-à-dire l’espacement des lignes de semis, le repiquage, le traitement du champ, etc.», souligne M. Ouédraogo.

Le mil hybride est court et dense, d’où sa résistance au vent.

De l’autre côté, une dizaine de personnes (hommes et femmes) laboure minutieusement l’exploitation. Certains employés sont engagés mensuellement et d’autres sont des journaliers, explique Idrissa Rouamba, l’un des employés-traiteurs du champ. Il confirme que ce travail l’aide beaucoup parce qu’il apprend avec les spécialistes chinois et gagne quelques revenus pour subvenir à ses besoins.

D’une superficie de six hectares (ha), l’exploitation est au stade de semis. Selon l’expert Zeng Mengtian, cette variété de mil est créditée d’un rendement de huit (08) tonnes à l’hectare. Le Zhangzagu, le nom en chinois de cette variété, affirme-t-il, peut prospérer sur les terres du Burkina.

Pour lui, l’un des avantages de cette variété est qu’elle a un cycle court compris entre 70 et 90 jours. De ces caractéristiques physiques, détaille M. Zeng, ce mil est court et dense (1,5 à 1,7 mètre de haut) ; ce qui lui permet de résister au vent. Le poids du mil à maturité peut atteindre 25 à 30 grammes, relève-t-il. La production peut être deux à trois fois supérieure à la production du mil local, soutient-il.

Une variété à haut rendement

Le spécialiste de l’Empire du milieu voit en cette céréale un moyen de garantir l’autosuffisance alimentaire, d’augmenter les revenus des paysans et de protéger l’environnement.  De sa transformation, précise-t-il, résultent des produits à fortes valeurs nutritionnelles. «Cela va apporter une valeur ajoutée à l’agriculture burkinabè», se convainc-t-il.

Zeng Mengtian rassure : «Nous réalisons principalement au Burkina, des études sur les méthodes de culture, la fertilisation et la sélection afin de réussir ce projet». Il estime que les semences constituent un socle très important dans le domaine de l’agriculture. Et l’expert Li Zhengyang de renchérir que la Chine entend aider le Burkina Faso dans la lutte contre l’insécurité alimentaire à travers l’augmentation du rendement du petit mil.

C’est pourquoi, mentionne-t-il, des spécialistes en reproduction de semences, de plants et en équipement de matériels agricoles ont été déployés au pays des Hommes intègres, en partenariat avec le ministère en charge de l’agriculture et l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA).

A travers cette collaboration avec le Burkina Faso, signifie-t-il, l’on va accroître fortement la production du mil. Selon les experts chinois, le mil hybride tire ses racines d’une herbe africaine.  Grâce au soutien à la promotion de cette culture de Pékin, cette variété a été vulgarisée dans de nombreux pays africains tels que l’Ethiopie, le Nigeria, l’Ouganda et le Soudan. Le sélectionneur du mil à l’INERA, Dr Inoussa Drabo, confirme que sa structure collabore avec les experts chinois.

Selon les spécialistes de l’Empire du milieu, le mil hybride est un moyen de garantir l’autosuffisance alimentaire.

«Nous sommes au courant des travaux que font les Chinois à Loumbila. A propos, nous avons eu plusieurs rencontres. Ce ne sont pas des hybrides en tant que tel qu’ils sont en train d’expérimenter actuellement. Ce sont des variétés population de mil. Nous leur avons même donné trois de nos variétés population homogènes.

Ils ont aussi fait venir cinq variétés du Nigeria dont SOSAT-C88 et Super SOSAT, toutes inscrites dans le catalogue de la CEDEAO», confie-t-il. A l’écouter, il y a trois autres nouvelles variétés population que les Chinois ont contribué à développer au Nigeria mais qui ne sont pas encore inscrites à l’expérimentation.

Cultiver le mil hybride à grande échelle

Pour lui, le mil hybride est un type variétal de mil issu de croisement conventionnel entre deux parents bien connus. Un parent est exclusivement femelle et l’autre mâle, relève-t-il. En effet, détaille Dr Drabo, le mil comme le maïs est une plante allogame censée avoir le rendement le plus élevé. Selon lui, aucune variété de mil n’est cultivée à grande échelle au Burkina Faso.

C’est d’ailleurs pourquoi, soutient M. Drabo, le rendement du mil est très faible. «Nous avons commencé le programme hybride au Burkina Faso en 2009 avec l’appui du projet AGRA (Alliance pour la Révolution Verte en Afrique) et nous sommes parvenus actuellement à mettre au point, des hybrides performants, testés par plus de 500 producteurs dans les différentes zones agroécologiques», explique-t-il.

Au vu des résultats et de l’intérêt des producteurs pour les hybrides, fait savoir l’expert, l’INERA a proposé une variété hybride pour homologation et enregistrement dans le catalogue national. Ce résultat est encore attendu. «Pour cette campagne 2019, nous sommes en production test de semence hybride avec trois compagnies semencières au Burkina», rassure Dr Inoussa Drabo.

Les hybrides sont les types variétaux à très haut rendement chez les plantes allogames, convainc-t-il. A titre d’exemple, il soutient que les mils hybrides ont des rendements de 4 à 5 tonnes à l’hectare alors que les variétés population peinent à dépasser 1,5 tonne. L’un des avantages, appuie l’expert de l’INERA, est que les hybrides sont uniformes et homogènes (même taille, même longueur d’épis, même date de maturité, etc.). Ce qui a l’avantage de faciliter la planification des opérations agricoles.

Kowoma Marc DOH
kowomadoh@gmail.com


 

De l’intérêt des autorités burkinabè

Des experts agricoles burkinabè ont visité l’Académie des sciences agronomiques de Zangjiakou en Chine, le 8 septembre 2018. Dans ce temple du savoir, situé à environ 200 kilomètres de Pékin, la principale attraction fut la production du mil hybride, considérée comme une solution évidente à l’insécurité alimentaire dans les zones arides.

Le père du mil hybride chinois, Zhao Zhihai, était heureux d’accueillir au sein de son institut de recherches, des experts agricoles burkinabè. Le concepteur de cette variété de mil, brûle d’impatience de voir le Burkina adopter sa trouvaille. Le chercheur, après un séjour au pays des Hommes intègres au mois d’août dernier, soutient que le Zhangzagu, le nom en chinois du mil hybride, peut prospérer sur les terres burkinabè.

Pour convaincre ses hôtes de l’adaptabilité du mil hybride aux sols burkinabè, il les a conduits sur une parcelle de production semencière. Il y a tenté d’établir des similitudes entre les conditions d’exploitation des milieux burkinabè et chinois. Le secrétaire général du ministère de l’Agriculture et des Aménagements hydroagricoles, Alassane Guiré, a démontré l’intérêt de cette variété de mil pour son pays.

Le mil représente 20% environ de la production céréalière nationale, a-t-il dit. Son rendement moyen est estimé à 700 kg/ha. Ce chiffre se multiplierait au moins par 10 si la variété chinoise venait à intégrer les paquets technologiques du pays.

Le président de l’Université des sciences agronomiques de Zangjiakou, Zang Bin, a personnellement marqué son accord pour «concrétiser le consensus opéré par les chefs d’Etat burkinabè et chinois en matière agricole». Il a exprimé sa disponibilité à recevoir dans son établissement des étudiants burkinabè.

Source : www.agriculture.bf

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