Le piège de la négociation

Depuis le drame de Koutougou, qui a plongé les populations dans l’émoi et la désolation, «l’antienne» de la négociation avec les terroristes revient inlassablement, comme étant la voie idoine pour endiguer cette problématique qui, depuis son surgissement, ne cesse d’endeuiller la Nation, en dépit des efforts déployés pour la réduire à néant. Une option de la courte vue qui ne cerne pas tous les enjeux de cette nouvelle guerre de prédation sous-tendue par des motifs aussi bien «idéologiques» qu’économiques.

Ces dernières raisons étant celles qui contribuent à donner de l’ampleur et du «coffre» aux actions de ces bandits armés. Un bref rappel historique nous permet, en effet, d’affirmer que le désir d’indépendance de l’Azawad (territoire désertique dans le Nord Mali regroupant des zones saharienne et sahélienne avec pour « capitale » Kidal et villes principales Tombouctou et Gao) portées par les groupes indépendantistes touaregs, remonte à l’année 1958, c’est-à-dire deux ans avant l’indépendance formelle du Mali.

Si cette aspiration à l’autonomie n’a pas prospéré dans un premier temps (jusqu’au détour de la fin des années 80 en tout cas), c’est que les puissances «tutélaires» du Mali, qui contrôlaient l’économie de ce pays à l’instar de celles des autres pays de la bande sahélo-saharienne, n’avaient aucun intérêt à voir ces pays se déliter et porter ainsi un coup sérieux à leur «business» florissant. Conséquence, les différentes rébellions de cette époque ont été contenues, jusqu’à la chute du mur de Berlin, qui a changé la donne dans la répartition des intérêts géostratégiques et économiques mondiaux, contraignant certains pays à revoir leur stratégie pour continuer à maintenir leur économie à flot.

On a ainsi noté que depuis 1990, la guerre de l’Azawad a pris une nouvelle dimension pour culminer en 2012, avec la proclamation unilatérale par le MLNA de l’indépendance de cette zone, avec comme effet collatéral, entre autres, le renversement du général Amadou Toumani Touré, considéré jusque-là comme le père de la démocratie malienne. C’est qu’en effet, et comme indiqué plus haut, les Touaregs avaient derrière eux, des puissances étrangères qui n’avaient plus que les armes de guerre et les conquêtes prédatrices pour permettre à leur économie de survivre face à la concurrence de leurs alliés d’hier dans leur pré carré. L’infrastructure, comme on le voit, détermine ici aussi la superstructure, et, l’occasion faisant le larron, et en raison des affinités culturelles et religieuses des Touaregs avec certaines populations du Nord Burkina et plus loin du Bénin, du Togo, voire de la Côte d’Ivoire, le champ d’engagement des terroristes se trouve ainsi élargi. Une parenthèse pour dire à ceux qui l’ignorent encore que la «frontière burkinabè» de l’Azawad englobe toute la région du Liptako et du Guelgodji pour «grignoter» certaines villes comme Bourzanga et Pobe Mengao, qui sont ses frontières naturelles pour les bandits armés. C’est donc à une guerre «d’indépendance» que sont confrontés le Mali et le Burkina avec, cette fois-ci, des moyens colossaux mis à la disposition de leurs ennemis par des puissances occidentales, qui tirent leurs marrons du feu dans cette chienlit.

Le président Kaboré qui, semble-t-il, a bien cerné cette problématique, veut donc sortir de ce tête-à-tête sanglant avec les terroristes et leurs alliés de l’ombre pour placer le G5 Sahel sous mandat onusien; ce qu’il vient de réaffirmer lors du dernier sommet du G7 auquel il était convié. Une tâche ardue, s’il en est, dans la mesure où d’autres puissances, qui n’ont rien à gagner dans cette guerre (pas d’intérêts, pas d’action comme disent les juristes), freinent des quatre fers. Il apparaît donc que c’est aux Africains d’abord de prendre à bras-le-corps ce problème pour y trouver des solutions endogènes, car il y va de la survie de ces Etats dans leur configuration actuelle. Aussi, des options diplomatiques fortes et courageuses peuvent nous aider dans cette guerre impérialiste qui n’est pas près de s’arrêter.

Boubakar SY

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