En 2020, la défense et la sécurité prendraient une part importante dans le budget de l’Etat, suivant les prévisions du ministère de l’économie, des finances et du développement. Les secteurs sociaux (l’éducation, la santé, la protection sociale) et les investissements ferraient les frais de la lutte contre l’hydre terroriste qui prend des proportions inquiétantes ces derniers temps. Analyse.

Les dépenses budgétaires totales de l’Etat burkinabè s’établiraient à 2 446 milliards de FCFA en 2020, avec un déficit budgétaire qui s’élèveraient  à 285 milliards de FCFA. Telles sont les projections du gouvernement qui sont contenues dans le du document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) pour la période 2020-2022, et présenté à la représentation nationale par le ministre de l’économie, des fiances et du développement, Lassané Kaboré, le 20 juin 2019, à Ouagadougou, lors du débat d’orientation budgétaire.

Le contexte sécuritaire difficile que vit le Burkina Faso, a fortement impacté ces prévisions budgétaires. Et il n’est un secret pour personne que depuis sa première attaque terroriste enregistrée en avril 2015, le pays des hommes intègres est devenu la cible privilégiée des bandes terroristes. La recrudescence et l’ampleur des attaques au cours de 2018-2019 a engendré plus de 270 mille déplacés internes, selon les dernières estimations du ministère en charge de l’action humanitaire, à la date du 16 août 2019.

Ces attaques des forces obscurantistes mettent à rude épreuve la cohésion sociale, longtemps considérée comme un « label » burkinabè dans une sous-région en proie à de multiples crises sociales ; les forces du mal ayant choisi désormais, dans leur stratégie de la tragédie, de surfer sur l’opposition des communautés burkinabè, les unes contre les autres.

39% du budget à la défense et à la sécurité

Cette donne sécuritaire rabat les cartes des priorités du gouvernement de Chistophe Dabiré en matière de prévisions budgétaires pour 2020. En effet, la défense de l’intégrité du territoire, la sécurisation des burkinabè et de leurs biens, le renforcement des liens du vivre-ensemble, seront au premier rang des priorités de l’exécutif burkinabè en 2020, a fait savoir le ministre de l’économie, Lassané Kaboré, lors de la présentation du DPBEP 2020-2022 à l’Assemblée Nationale.

 

Suivant ces projections, le secteur de la défense nationale et de la sécurité intérieure absorberait plus de 39%  des dépenses budgétaires totales de 2020. Ces dépenses sont cinq plus importantes que celles prévues en 2016 et trois plus que celles de 2019 ; un niveau jamais égalé, dans l’histoire des dépenses publiques de l’Etat burkinabè.

Cette allocation budgétaire à la lutte contre le terrorisme se justifie-t-elle, à un moment où certaines voix s’élèvent pour dire que le Burkina Faso, « pêche beaucoup plus par manque de stratégie que de moyens » ? Quoi qu’on dise, la question des ressources conséquentes est toute aussi essentielle que celle de la stratégie. A quoi servent de bons plans de guerre sans les moyens de leur opérationnalisation ? La question inverse est aussi valable. La complexité du phénomène terroriste commande par ailleurs une approche holistique, y compris la collaboration et l’implication des populations civiles.

Pour certains analystes, cette part importante des moyens financiers alloués aux Forces de défense et sécurité (FDS) traduit la volonté politique de venir à bout des groupes terroristes qui endeuillent le Burkina Faso et handicapent la mise en œuvre optimale du PNDES. « Cette part de plus en plus croissante des ressources budgétaires allouées à la défense et à la sécurité vise à doter les FDS de moyens conséquents. Ces projections budgétaires se justifient au regard du contexte sécuritaire national, même s’il faut faire le distinguo entre allocations de ressources et résolution du problème sécuritaire », analyse l’expert en finances publiques, et  secrétaire exécutif du Centre d’études et de recherche appliquée en finances publiques (CERA-FP), Hermann Doanio.

Le financement des secteurs sociaux en baisse continue

Cette guerre asymétrique que les groupes armés terroristes imposent au Burkina Faso n’est pas sans conséquence sur les secteurs sociaux (l’éducation, la santé et la protection sociale) et les investissements, qui sont indispensables pour le développement socioéconomique du pays. En 2020, les projections de dépenses budgétaires pour ces secteurs sociaux de base représenteraient 17% des dépenses budgétaires totales, alors qu’elles étaient de 29 % en 2016.

Les dépenses d’investissements connaîtraient également une baisse l’année prochaine. Elles seraient de 762 milliards de francs CFA en 2020, soit 31% des dépenses budgétaires totales ; contre 1 292 milliards de francs CFA en 2017, soit 52% des dépenses budgétaires de la même année.

Ces projections budgétaires seront sur la table des députés à la prochaine session ordinaire de l’Assemblée Nationale à l’occasion de l’examen et l’adoption de la loi de finance de 2020. Resteront-elles en l’état ou subiront-elles des réajustements majeurs ? Du Wait and see !

En tout état de cause, ces aménagements budgétaires de ces cinq dernières années en défaveur des secteurs de développement sont la preuve que sans paix et sécurité, point de développement ! Le Burkina Faso est entrain de faire  l’amère expérience du double effet pervers du terrorisme. La lutte contre ces bandes armées constitue un gouffre financier pour les ressources publiques ; en plus du fait que les attaques barbares empêchent la réalisation d’activités socioéconomiques dans les zones touchées par les folies meurtrières de ces sans foi ni loi. Quelle serait la part de perdu, dans le PIB, des activités économiques des 270  milles déplacés internes, qui fuient leurs villages, laissant derrière eux champs, bétail, commerces, vivres, ateliers d’artisanats, etc. pour se résoudre à vivre ou espérer vivre de la solidarité de leurs compatriotes ? Les économistes, à vos calculettes…

En attendant, pourvu que les ressources budgétaires allouées à la lutte contre le terrorisme aillent là où elles devraient aller et qu’elles produisent tous leurs effets. Car, le Burkina Faso a plus que  jamais besoin de sa quiétude d’antan pour se concentrer sur l’essentiel : sa légitime marche vers les cimes de son développement humain durable !

Mahamadi SEBOGO

windmad76@gmail.com

 

 

 

 

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