Dans un pays où la liberté est l’aînée de la responsabilité, à quoi voulez-vous vous attendre si ce n’est le chaos ontologique et existentiel ? Dans une nation où la passion des hommes roucoule du ventre vers le bas-ventre, sur quel bras valide comptons-nous demain au pied de l’édifice commun ? L’espace public est devenu le podium par excellence de la bêtise légale et citoyenne d’une génération de capricieux geignards. La liberté d’expression est une cacophonie entretenue dans le lit de la carence et de tous les excès. Le crasseux bavard, sans bavoir, éclabousse les uns pendant que les autres applaudissent l’éloquence de l’insolence. La liberté indue de l’individu est un libre arbitre incongru, sans volonté. La liberté individuelle qui pue la puberté résiduelle, est une erreur perpétuelle, sempiternelle. La liberté est si précieuse qu’elle ne saurait être exercée par de captifs ignares. Malheureusement, depuis qu’ils nous l’ont apportée sur un plateau d’or, nous avons eu tort. Au nom de la liberté, on peut tutoyer son père et narguer sa mère avant de claquer la porte. Au nom de la liberté, on peut défier l’autorité avec fatuité et faire un pied de nez au symbole qui ne fait plus école. Au nom de la liberté, ils forniquent comme des bêtes en plein air avec une minette décapsulée qui ne pèse même pas une canette. Au nom de la liberté, des organisateurs de spectacles de débauche ont le culot de tenir des orgies de baisers où de jeunes dévergondés se mangent les lèvres en public. Oui, ils l’ont fait devant un public en liesse qui «a kiffé grave !» en criant au héros et à l’héroïne. Ils l’ont fait au palais de la Culture comme pour dire que désormais, il faudra prendre en compte la luxure et toutes les bavures et autres ratures de notre espèce.
Heureusement que nous sommes dans un pays dit des Hommes intègres qui se désintègre au gré du vent. Heureusement que nous sommes dans un pays de liberté illimitée où chacun télécharge sa bêtise et la balance à la figure du monde. C’est immonde ; mais est-ce qu’on vous a dit que ça sentait mauvais ? Sous d’autres cieux, le promoteur et ses apôtres iraient réfléchir dans la pénombre d’une geôle en attendant de passer à la barre. Point barre ! Sous d’autres cieux, ces enfants du déshonneur tireraient toutes les conséquences de leur indécence. Sous d’autres cieux, les parents de ces pourritures porteraient le chapeau infâme du blâme. Sous d’autres cieux, les spectateurs de l’obscène scène iraient méditer le sens de la décence sous une douche froide les pieds au mur. Heureusement qu’ici, la honte ne tue pas et l’honneur est un leurre. L’éducation est une construction sans fondation aux murs inachevés. Le développement a fait de nous un servile peuple arriéré qui mime les autres sur fond de grimaces. A force de vouloir être comme l’autre, nous avons perdu une partie de nous-même dans le complexe éhonté d’une infériorité sans dignité. Notre culture est devenue l’expression d’un faire-valoir folklorique sans âme. L’école moderne n’était qu’un tableau noir sans éclat sur lequel nous avons tout griffonné sauf notre singularité. La télévision est devenue un canal fatal de perversion où on se bécote dans la rue et où on fait l’amour sur les bancs publics. Internet nous a donné les clés de la liberté face aux portes de l’enfer. A la maison, le père et la mère sont parfois plus virils et féconds géniteurs que de bons parents. Les enfants sont un tas de garniture de foyer choyé plus qu’une progéniture de projets futurs.
Avec les techniques de l’information et de la communication via les réseaux sociaux, le Burkinabè se révèle être une copie non conforme de l’intégrité. La jeunesse s’y pavane entre deux ou trois doigtés et finit par en faire l’outil de la paresse qui se complaît dans la détresse. Voilà pourquoi, elle est plus informée sur les menus fretins que sur les coups déterminants de son destin. Voilà pourquoi, on peut échouer à l’école et réussir sur un podium de bassesse où la beauté a un rang et un prix ; où le baiser le plus langoureux mérite un billet d’avion aller-retour ; où la plus belle femme est celle qui montre ce que nos mères ont toujours su cacher. D’ailleurs, rien ne sert de sermonner ces enfants ou d’en vouloir à leurs parents. Les organisateurs savaient bien qu’ils pouvaient le faire sans s’en faire. Regardez notre télévision ou surfez sur les bouquets de chaînes : la culture de la bêtise se porte bien ; des télénovela abêtissants aux clips sans slip qui flippent, le clap est donné pour une société de perversité sans limite, sans tabou et jusqu’au bout. Malheureusement, il n’y a pas de carillonneur digne et courageux pour sonner la fin de la récréation. C’est pourquoi, il faut encourager ces jeunes pervers à faire mieux demain à la maison de la Culture. La prochaine fois, faites tomber le masque et le mythe, embrassez-vous à vous couper le souffle et les lèvres ; «enjaillez-vous», nous allons «kiffer grave !», la nausée à la gorge. N’importe quoi !

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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