Puisque les réseaux sociaux sont devenus le champ de prédilection de nos tares antisociales, alors assumons les dégâts et donnons un coup d’éponge. Maquillons la plaie qui brille et parfumons la gangrène pour cacher notre gêne. Il suffit d’avoir une tablette et des mégas pour faire ses emplettes et des galipettes et se faire un nom sur Internet ; il suffit d’avoir le «sobriquet» d’activiste pour franchir la ligne rouge du civisme et s’amuser avec son briquet dans la motte de foin.

Il suffit d’avoir un mentor dans un camp pour avoir des informations parfois classées top-secret et les balancer aux goutte-à-goutte et être le poil à gratter de l’autre camp. Il suffit d’avoir la connexion et être en connexion avec qui de droit pour avoir le droit d’être maladroit. Désormais, il suffit d’avoir un clavier et un écran pour mettre en musique des morceaux choisis pour ennuyer ou encenser. C’est pourquoi derrière monsieur le ministre, il y a une bande de clavistes oisifs dont la mission est d’entacher l’image de sa bête noire. C’est pourquoi, derrière chaque fuite du tuyau officiel de la République, il y a un saboteur cravaté qui siphonne la bonbonne avec des gants blancs.

Nous sommes dans un village global où tout se dit, se sait et se fait au vu de tous. Mais regardez comment sont traitées les questions dites sensibles. De profanes crieurs publics sont devenus des stratèges en communication de crise et des tacticiens en sécurité et défense. Ce qui ne devait pas être dit est étalé sur les plateaux de télévision. Ce qui doit être fait est défait sous les regards avec force détails. On casse même du terroriste presqu’en direct à la télévision pour dire qu’on travaille et rassure le peuple. On montre l’arsenal de guerre pour montrer sa force de frappe et en être fier. On fait des interviews à visage découvert du soldat au front qui bondit sur l’occasion, sans peser le POUR et le CONTRE.

On livre la position des troupes qui avancent localité par localité ; on annonce même que demain la soldatesque armée jusqu’aux dents sera dans telle zone. La communication est peut-être belle et riche en éloges, mais au fond, elle se trompe de cible et d’objectif. Le tapage est digne d’une cacophonie, faute de symphonie et d’harmonie. On ne va pas à la guerre tambour battant, on ne traque pas le terrorisme en claquant des doigts et en klaxonnant à tout bout de champ.

Une image vaut mille mots mais n’oubliez pas que la même image peut valoir mille maux quand elle est trop agrandie. Mais puisque c’est la tactique du moment, savourons le présent. Du reste entre la communication active et celle proactive, seule la seconde est utile en temps de crise. Parce que la meilleure stratégie de communication de crise se déploie avant la crise. La communication sensible est une science autant que la propagande ; l’honorable différence est que la première est à fleur de peau et la seconde à même la peau. Attention aux éruptions cutanées ! Drôle de tragicomédie aux allures de téléréalité sur un terrain où le vis-à-vis est un « individu non identifié ». Mais puisque vous voulez qu’on vous voie, on vous croit, mais on a du mal à vous suivre.

Face à une telle exubérance, qui allez-vous flageller et qui allez-vous épargner ? Quand la toile devient l’arbre du désordre sur lequel chacun gambade et saute de branche en branche, pourquoi s’étonner que le champ des primates n’arrive jamais à maturité ? Nous sommes toujours à l’état de la fascination avec en toile de fond une naïveté coupable. C’est sur la toile que tout se dévoile dans le moindre détail, sans le moindre contre-jour ; c’est sur la toile que les secrets se dénudent au point de devenir indiscrets. Sur la toile, le courrier confidentiel n’est rien d’autre qu’un pli fermé, oint de la mention du sacré, aux relents pestilentiels hermétiquement scellé mais indûment exposé aux attouchements publics.

Sur la toile, le secret-défense est une offense ostentatoire, un fâcheux regret sans défense ; le secret d’Etat est un gros tas d’ordures mal entretenu, jeté par terre. Belle maladresse, sublime indélicatesse ! Mais à qui la faute ?
A qui la faute quand l’autorité qui doit assainir se salit en salissant la toile avec ses immatures recrues dont la crudité des propos fait déborder le vase ? A qui la faute quand la taupe niche dans la peau de celui-là même dont nous vendons cher la peau ? A qui la faute quand la poutre qui nous barre la vue est à peine perceptible face à la brindille qui se noie dans les larmes du souffre-douleur qui porte le chapeau ?

On ne peut pas prôner l’information juste en intoxiquant injustement, en désinformant, en déformant les faits, parfois en les fabriquant. On ne peut pas bénir certains et bannir d’autres au nom de la loi qui ploie sous le poids des intérêts. On ne peut pas museler les uns suspectés de rage et laisser les autres aboyer contre la caravane qui ne fait que passer. Et si nous communiquions sur notre façon de communiquer ?

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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