« Outrage au chef de l’Etat » Kemi Séba condamné à deux mois avec sursis

L’activiste panafricaniste Kémi Séba a été condamné à deux mois de prison avec sursis et 200 000 francs CFA d’amende, le jeudi 26 décembre 2019 par le tribunal de grande instance de Ouagadougou pour « outrage au chef de l’Etat ».

A l’occasion d’une conférence publique le 21 décembre 2019 à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, le Franco-béninois Stellio Gilles Robert Capo Chichi, alias Kémi Séba a déclaré que les chefs d’Etat du G5 Sahel étaient à la solde du président Emmanuel Macron. Certains propos utilisés lors de cette communication ont été jugés outrageants à l’égard des présidents burkinabè, ivoirien, nigérien et français par le procureur du Faso près le tribunal correctionnel de Ouagadougou, sur la base des articles 352 alinéas 1, 5 et 7 du code pénal. Un an de prison avec sursis et deux millions francs CFA d’amende ont été requis contre le président de l’ONG Urgences panafricaines devant la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Ouagadougou à la suite de la procédure de flagrant délit qui a été intentée contre lui. Le tribunal, déclarant sa culpabilité l’a condamné plutôt à deux mois de prison et 200 000 francs CFA d’amende, le tout assorti de sursis. A l’entame de l’audience, l’accusé a reconnu avoir tenu les propos qui lui sont reprochés, mais a estimé qu’ils ne sont pas outrageants. Selon Kémi Séba, ces propos sont ceux d’une jeunesse attristée de voir ses dirigeants à la solde de la France néocoloniale. « Je suis un journaliste polémiste, j’utilise des images pour choquer. La seule solution pour se faire entendre par nos dirigeants c’est de savoir organiser le bruit », a-t-il, entre autres, soutenu. Porté en triomphe à sa sortie d’audience par des jeunes venus assister à l’audience, le panafricaniste déclarera que ses contempteurs, à travers ce procès, n’ont fait que donner davantage d’audience à sa lutte. Il a promis de persévérer, convaincu que la jeunesse africaine est désormais consciente et engagée à maintenir la pression. « Je constate que quand Macron donne des ordres, personne ne bouge. Mais quand la jeunesse africaine demande à ses pères de prendre leurs responsabilités, il est plus facile de l’attaquer», a-t-il déclaré. Pour lui, les poursuites engagées à son encontre sont la mise en œuvre des injonctions du président français à ses pairs africains, visant à maîtriser leur opinion publique qui conteste la présence française en Afrique. Dans le même ordre d’idées, son avocat, Me Prosper Farama, a trouvé que ces poursuites judiciaires sonnent le recul de la liberté d’expression « chèrement » conquise par les Burkinabè. « Lorsqu’on utilise des figures de style pour exprimer des propos, ça s’appelle l’allégorie. Tout le monde n’a pas le même type de langage dans le domaine où il intervient », a-t-il défendu. Du point de vue du droit, il a regretté que le ministère public n’ait pas pu démontrer l’élément intentionnel de l’outrage, pourtant fondamental à la constitution d’une infraction. Me Farama a d’ailleurs estimé que l’ordre de poursuite est venu « d’en-haut », parce que, selon lui, à longueur de journée, des Burkinabè insultent le président, sans être inquiétés.
L’accusé et son conseil n’ont pas précisé s’ils feront appel de la décision du tribunal.

Fabé Mamadou OUATTARA

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