Près de 90 000 biens culturels d'Afrique subsaharienne sont exposés dans les musées publics français.

Le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, a promis, en 2017, de restituer les biens culturels africains, et Burkinabè pillés lors de la période coloniale. Entre manque de volonté politique et contraintes législatives, cette décision est confrontée à des difficultés dans sa mise en application.

Le président français, Emmanuel Macron, lors de sa visite officielle au Burkina Faso en novembre 2017, s’est engagé, à restituer les biens culturels africains se trouvant dans les institutions françaises à leur pays d’origine. Plus de deux ans après, les engagements pris par le locataire de l’Elysée peinent encore à devenir une réalité sur le terrain. Vingt-six sceptres, pillés par les troupes du général français Alfred Dodds en 1892 dans l’ancien royaume d’Abomey, ont quitté, le vendredi 17 janvier 2020 la France pour le Bénin.

Mais, ce rapatriement de biens culturels n’est aucunement lié à la décision prise par le chef de l’Etat français, puis réaffirmée en 2018. Il s’agit, plutôt d’une action initiée par un collectif d’antiquaires et de collectionneurs d’art parisiens agissant à titre privé. De son côté, le Bénin annonce qu’il n’est pas en mesure d’accueillir les vingt-six objets pourtant demandés à la France. Une volte-face « saluée » par les opposants aux restitutions des objets culturels, en particulier ceux qui assurent que l’Afrique n’est pas prête à exposer les œuvres dans des conditions satisfaisantes. Le processus est-il enlisé ? Une chose est sûre, depuis novembre 2018, l’amateurisme semble le disputer à la mauvaise volonté.

Un rapport de forces

Le président du Conseil représentatif des associations noires de France et ardent partisan des restitutions, l’universitaire, Louis-Georges Tin n’est pas de cet avis. « Il est vrai que la France traîne les pas, mais ailleurs les choses avancent. Nous sommes en contact avec de nombreuses associations et personnalités américaines qui veulent s’organiser pour promouvoir le retour des nombreux objets africains exposés dans les grands musées des Etats-Unis », affirme-t-il. Quant aux « anti-restitution », ils mettent en avant le contexte juridique français, expliquant que le dispositif législatif proposé dans le rapport Sarr-Savoy (qui recommande la restitution en trois phases du patrimoine africain) est « fantaisiste et inapplicable ».

Faut-il une loi générale revenant sur le caractère inaliénable des objets exposés dans les musées ? En attendant, l’annonce de la prochaine disparition de la Commission scientifique des collections nationales, censée donner son avis sur le déclassement des biens exposés, a aussi créé une polémique dans la polémique. « Le but de cette instance était d’établir des critères sérieux de déclassification, mais elle n’a jamais eu les moyens de travailler. Ses membres n’étaient pas défrayés pour leurs déplacements, les décrets d’application ont mis des années à sortir.

Les pouvoirs publics ne se sont jamais donné les moyens de forcer les musées à restituer les œuvres si des décisions en ce sens étaient prises…», déplore la sénatrice, Catherine Morin-Desailly, qui est à l’origine de la création de la commission. Quand la France a voulu rendre des objets à la Chine ou à l’Algérie, souligne le chercheur français, Louis-Georges Tin, elle ne s’est pas embarrassée de questions. A son avis, il s’agit purement d’une affaire de rapport de forces.

Et si cette confrontation des forces n’est pas favorable, d’autres voies sont possibles, soutient l’avocat français, Richard Sédillot, qui a plusieurs fois plaidé des affaires concernant des objets d’art africain pour des clients privés. « Certains États préfèrent passer par la voie transactionnelle et trouver un moyen de transiger, de demander des restitutions au cas par cas. À mon avis, c’est la meilleure solution », estime-t-il.

Synthèse de W. Aubin NANA
Source: Jeune Afrique
Lepoint.fr

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