20 ans pour Soro : alea jacta est !

Si c’était un prisonnier de droit commun, on aurait simplement dit, fin de parcours pour un supposé caïd, dont le destin l’a mené dans les geôles ivoiriennes dans les années 1990. Un jeune iconoclaste, « rebelle » dans l’âme, qui après s’être illustré comme un dur à cuir, sous le régime moribond de feu Félix Houphouët Boigny avec comme Premier ministre, un certain Alassane Ouattara. Guillaume Soro a été pour bien de jeunes de sa génération, le troubadour, l’empêcheur de gouverner tranquillement dans cette Côte d’Ivoire habituée à un pouvoir sans éveil.

Le destin de Soro, le second, l’aura emmené de 2000 à 2020 à s’asseoir sur le banc de première ligne, contribuant à aiguiser sa soif pour le fauteuil présidentiel. Lui-même l’aura siffloté lorsqu’il partait rendre son titre de président du Parlement. Soro a-t-il été gourmand, imprudent, lui qui a pris une part active dans la rébellion.

Ce qui est sûr, le chef rebelle, qui a commencé ses fonctions officielles là où certains terminent, a dû sombrer dans l’idéalisme. Sur les cas de personnes iconoclastes, qui ont bousculé l’ordre pour s’asseoir au palais présidentiel, il y avait deux exemples venus de l’Hexagone avec les présidents Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron. Avec cette différence que ces deux cités, s’ils ont été des « rebelles », l’ont été sans kalachnikov dans une société où la guerre se menait sur la confrontation des idées. La preuve, tous « jeunes » qu’ils sont, ils ont été portés sur le fauteuil que Soro Guillaume convoitait.

Il lui a maqué certainement cette « sagesse » d’un Marcel Amon Tanoh, demeuré dans l’antre du pouvoir jusqu’au dernier moment, et qui lui aura certainement permis de revoir la boite noire s’il y en a. La prudence d’un Albert Mabri Toikeusse, qui a dit avec des mots moins drus, qu’il ne pourra pas soutenir le candidat de la majorité. Sans dire si oui, ou s’il sera candidat. Dans tous les cas, le verdict de ce mardi ne referme pas une page sur le destin truculent d’un leader politique. A supposer qu’il ait le « courage » de venir faire ses 20 ans de taule, et que chemin faisant, le nouveau pouvoir lui accorde une remise de peine. Mais c’est bien de la fiction dans nos pays, où la prison est bien pour briser les gêneurs. Peut-il compter sur son parti, Génération peuple solidaire ? Rien n’est sûr, parce qu’ en Afrique, un parti politique est soutenu à plus de 40% par son créateur. Alors quel destin pour Soro ? Faut-il compter avec la providence, dans la mesure où à la différence des vingt dernières années, il a passé sous le confort douillet d’une climatisation « excessive », et que les vingt prochaines années, s’il devait effectivement les passer au cachot, ce sera ironiquement au « frais ».

Tout est-il fini pour Soro ? Pas plus tard qu’en début de semaine, la Cour africaine des droits de l’homme avait demandé la cessation de la poursuite et avait donné l’impression que Soro pouvait respirer ce bol d’air, mais que vaut cette Cour lorsqu’aucun pays signataire ne porte crédit à ses appels.

Le Bénin vient justement de vouloir en sortir, le Burkina sous la Transition n’y a accordé aucun crédit. Alors, Soro, est-ce la fin des fins ? N’oublions pas, la politique est pleine de Phœnix, dont la force est de renaitre de ses cendres. Wait
and see…

Jean Philippe TOUGOUMA

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