Professeur Beseat Kiflé Selassié : Hommage à un panafricain multidimensionnel[1]

Ancien haut cadre de l’UNESCO, Professeur Beseat Kiflé Selassié fut un panafricain multidimensionnel hors pair. A l’occasion du premier anniversaire de son décès, le 3 août 2020,  le Comité international Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique et sa Diaspora (CIJKAD) lui rend hommage à travers un rappel de son éloquent et combatif parcours. 

 Ecrivain, universitaire, entrepreneur, expert en communication et haut fonctionnaire international,   Beseat Kiflé Sélassié fut un éminent  intellectuel panafricain  et haut cadre de l’UNESCO.  Esprit pluridisciplinaire et encyclopédique naquit en 1941 en Ethiopie dans une famille rurale apparentée à la lignée des empereurs et résistants éthiopiens. Après un cursus au lycée français d’Addis Abeba, il fut admis à la Sorbonne et circula avec brio entre les facultés de sciences et techniques des médias, de littérature, d’histoire, de sciences politiques et de philosophie. On peut dire qu’il en sortit  écrivain, critique littéraire spécialiste d’Arthur Rimbaud, politologue, entrepreneur, journaliste, fonctionnaire international.

 

Ecrivain, il est l’auteur de nombreux ouvrages et études historiques, philosophiques et politiques, mais aussi de poésies et critiques d’art  comme: ″Nuit et grêle,  Voyage en Césairie″, Ed. Œil pour Œil,  ″Solitaire et solidaire,  Rimbaud Œuvre Vie, Palabre en négritude″, Pièce de théâtre, Paris/Fort-de-France, 2007. Il  fut  un disciple et ami d’Aimé Césaire, mais aussi de Cheikh Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo, etc. Il reçut chez lui des figures telles que Langston Hugues, Malcom X, James Baldwin.

Universitaire,  il fut assistant du Professeur Maurice Duverger à l’Université Paris I-Panthéon-Sorbonne et membre du Centre d’Analyse Comparative des Systèmes Politiques (CACSP). Dans ce cadre, il est l’un des auteurs du ʺConcept d’Empireʺ publié aux Presses Universitaires de France, en 1980.

Le fondateur de la première agence de presse africaine

Entrepreneur et amateur d’art, il est le fondateur d’une galerie de peinture et d’une maison de haute couture alliant tradition et modernité, à l’Hôtel Hilton d’Addis Abeba, en Ethiopie, appelées toutes deux ʺLezaʺ (ʺ Goûtʺ en amharique). Il écrit ceci de Picasso : «Picasso (…) est déjà un véritable initié, au sens africain du terme. L’initié est, en effet, dans la tradition des cultures africaines, un disciple suffisamment persévérant et méritant pour que l’esprit des ancêtres lui dévoile et lui transmette le sens des symboles de la connaissance de l’homme et de l’univers. C’est en partant des sculptures et masques d’Afrique que Picasso découvrit, comme une «révélation», les influences cachées et souterraines, antérieures et postérieures aux étapes africaines dans son œuvre féconde et variée».

Journaliste, il est d’abord, en Ethiopie, rédacteur en chef d’un quotidien en langue française, Addis Soir, grand reporter et correspondant des journaux Le Monde, Jeune Afrique, Newsweek, à RFI et à la télévision française ORTF et britannique Thames Television. A ces titres, il couvre les réunions annuelles des Chefs d’Etat et de Gouvernement de  l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), le coup d’état militaire contre l’empereur Hailé Sélassié en 1974 et, aux Etats-Unis, les élections présidentielles américaines de 1968. Il met également sur pied la première Agence de  presse  africaine, l’agence Multi Media Africa, en 1970,  avec une équipe de six journalistes.

Le « vénérable Kiflé »

Haut fonctionnaire international à l’UNESCO, il est Conseiller spécial de trois Directeurs généraux successifs, MM. René Maheu, Ahmadou-Mahtar M’Bow et Federico Mayor (1972-1999) et Directeur du Fonds international pour la promotion de la culture (FIPC). Il y eut comme amis et frères, entre autres, le linguiste Alpha Sow, les historiens Olabiyi Yaï et Augustin Gatera.

Membre d’honneur du Comité international Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique et sa diaspora (CIJKAD), qui lui doit ce nom et ses statuts,  il avait pris soin de retracer son riche itinéraire dans une longue interview accordée à M. Dagmawi Woubshet le 30 juin 2014, publiée en 2018 dans la revue américaine Calaloo.  Invité en 2017 au Premier Symposium international de Ouagadougou  sur la paix, le dialogue interreligieux et interculturel, il participa à une émission à son honneur sur la chaîne de télévision privée BF1. Dans ce pays de mémoire et d’images qu’est le Burkina Faso, celui qui « a  toujours cru qu’il n’y avait pas de défaite absolue pour les causes justes, mais seulement des revers qui exigeaient de revoir la stratégie, de remettre l’ouvrage sur le métier »,  transmit une parcelle de son précieux héritage.

« Résolument autocritique et contemporain, d’une jeunesse d’esprit qui semble lui avoir fait traverser les âges sans une ride à l’âme, Beseat Kiflé Selassié a porté des projets jusqu’à son dernier souffle, notamment en créant en 2017 le Panafrican Applied Research Initiative », disaient de lui Annick Gouba-Guibal et Jacques-Elie Chabert, dans un écrit d’hommage publié dans Le Monde Afrique, le 13 août 2019. C’est donc un personnage multidimensionnel, grand défenseur de l’art, de la culture et de l’histoire africains, qui s’est éteint le 3 août 2019, dans son Ethiopie natale, à qui le CIJKAD rend un vibrant hommage !  Vive donc la mémoire de « celui que les plus hautes autorités éthiopiennes appelaient « Gash Kiflé » (« vénérable Kiflé », en amharique) »!

 

 

Lazare Ki-Zerbo

Vice-Président du CIJKAD

[1] Merci à  Mme Frédérique Schaeffer pour sa précieuse contribution !

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