De la nécessité d’une catharsis sociale

Dans une interview accordée, la veille de la date symbolique du 15 octobre, à des confrères français, le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a annoncé qu’il entendait ouvrir le chantier de la réconciliation nationale dès le premier semestre de l’année 2021 si d’aventure ses compatriotes venaient à lui accorder leur confiance au soir du 22 novembre 2020. Sans présager des résultats du scrutin présidentiel à venir, cette  offre politique de l’actuel locataire du palais de Kosyam est salvatrice pour un pays qui a mal à son tissu social.

Ce, depuis trois décennies avec l’irruption violente des jeunes « turcs » de la Révolution au-devant de la scène politique nationale. Nonobstant, en effet, les acquis immenses engrangés par lesdits révolutionnaires sur le plan socioéconomique, leur action a entraîné un fait inédit au Burkina Faso avec l’introduction de la violence dans le champ politique, jusque-là caractérisé par des joutes homériques avec cependant la courtoisie et l’élégance. Une violence qui est allée crescendo jusqu’à  l’assassinat odieux, en rase campagne, de notre confrère Norbert Zongo.

Assassinat qui poussera le peuple burkinabè à se mettre debout pour réclamer la fin de cette fureur qui dévorait des fils valeureux de la Nation. C’est dire donc que tout dirigeant conscient et conséquent, ne pouvait occulter la justice à  l’endroit de toutes ces victimes, nécessaire pour une véritable catharsis sociale à même de permettre au pays de s’attaquer sereinement aux questions de développement. En donnant une « tournure majeure » au triptyque vérité-justice-réconciliation nationale, comme il a lui-même indiqué dans une de ses adresses à la Nation, Roch Marc Christian Kaboré veut donc terminer le travail que ses prédécesseurs ont plus ou moins bâclé et qui est une des grandes préoccupations du moment de ses compatriotes.

En effet, « le Rapport des dialogues citoyens » sur la réconciliation nationale, élaboré par la Convention des organisations de la société civile pour l’observation domestique des élections (CODEL), élaboré sur la base de consultations auprès des forces vives de la nation, place la réconciliation au rang « d’impératif » devant passer néanmoins par la case « vérité et justice », si l’on veut une réconciliation nationale sincère. L’échec des précédentes initiatives conforte la pertinence de cette démarche. Loin d’être une promesse électoraliste, cette volonté est non seulement en phase avec les aspirations des Burkinabè mais aussi révèle la nature profonde d’un homme qui, tout au long de son parcours politique, a fait l’unanimité sur son ouverture  d’esprit et sa capacité d’écoute.

Les acquis du premier mandat dans ce domaine témoignent éloquemment de cet état de fait, même s’il faut reconnaître qu’il reste des efforts à faire à cause des récents conflits intercommunautaires dont le plus emblématique est celui de Yirgou.
Sans prétendre être exhaustif, l’on peut prendre à témoin l’avancée notable du dossier François Compaoré dont l’Etat français a autorisé l’extradition en mars dernier, la tenue du procès du putsch de 2015, le dossier Thomas-Sankara où, selon l’avocat de la famille, Me Bénéwendé Sankara, le juge d’instruction a pratiquement fini son travail, la réhabilitation de l’image du père de la Révolution d’Août 1983.A cela, il faut ajouter l’attention particulière portée aux militaires radiés de 2011 en vue de leur réinsertion sociale.

En tout état de cause, toutes les options sont ouvertes dans ce processus de réconciliation nationale (justice classique ou transitionnelle), en s’appuyant sur le génie créateur d’un peuple qui s’est toujours sorti des situations, a priori les plus inextricables et qui saura vider le contentieux des crimes politiques avec tact et un esprit de tolérance et de pardon propre aux Burkinabè. En somme, quel que soit le vainqueur du scrutin à venir, ce chantier est un impératif de survie, d’où le mérite qu’il faut reconnaître au président du Faso de l’avoir évoqué sans haine ni passion avec pour seul souci, l’intérêt supérieur de la Nation.

 

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

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