L’Amérique à l’épreuve des urnes

Au delà du résultat de la présidentielle américaine ce qu’il faudra en retenir, est qu’elle aura mis aux prises la « vieille Amérique  » des White anglo-saxons and protestants (WASP ou blancs anglo-saxons et protestants en français ) aux autres entendus globalement comme étant les « cathos », les juifs « paumés « ,les « latinos  » et last but not the least les « blacks » des banlieues et des « townships  » américains  les premiers entendant préserver l’ordre ancien tandis que les seconds rêvent d’égalité, de fraternité et de liberté pour tous. Pour tout dire, Donald Trump, le patron des orthodoxes de l’ordre ancien, en sus du problème « racial  » n’entend aucunement laisser l’Amérique basculer entre les mains de « socialo-populistes » qui vont taxer les grosses fortunes au profit de programmes sociaux en destination des couches sociales défavorisées. On a vu que celles-ci ont été les principales victimes du covid-19 du fait de leur incapacité financière à accéder au système sanitaire américain qui est l’un des plus chers du monde .L’Obamacare qui leur permettait d’accéder peu ou prou audit système a pour l’heure été mise sous le boisseau par Donald Trump. Problème économique donc que cette probable victoire de Joe Biden pourrait entraîner, ce qui a le don de heurter tout l’establishment politico-financier d’où ces atermoiements qui ont précédé la publication des résultats, mais problème plus sociétal, dans la mesure où l’Amérique « puritaine  » a du mal à accepter la mutation « ethno-culturelle  » du pays et les conséquences qu’elle entraine. Après la parenthèse Obama qui a quelque peu surpris les garants de l’orthodoxie, il fallait vite reprendre la main et Trump était le cheval idéal pour cette occurrence, avec son discours « viril » en direction des « nouvelles communautés  » et la chasse à l’homme orchestrée contre les blacks que certains américains ont du mal à accepter l’élévation sociale et politique. Si en 2016 tous ces laissés pour  compte avaient boudé le scrutin offrant un boulevard à Trump et à son camp (même si la victoire a toujours des relents du soufre ) cette année, la politique « offensive  » de Trump les a réveillés et ils se sont déplacés en nombre pour sanctionner cette politique dans les urnes et redonner espoir au rêve des pères fondateurs dont les grandes lignes sont consignées dans la déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776 écrite par Thomas Jefferson. Dans ses traits principaux, celle-ci prônait l’égalité et la fraternité entre « tous les Américains  » même si à l’époque déjà, l’esclavage n’avait pas été aboli pour ne pas heurter les fermiers blancs du Sud propriétaires de nombreuses « bêtes de somme » Mais l’idéal américain, à l’instar de celui mandingue né de la rédaction de la charte de Kouroukan Fougan (ou Mande Kalinka) en 1236, était établi et était censé régir les rapports entre les Américains de toutes provenances. Mais l’idéal a ceci  d’inné qu’il ne résiste pas ou peu au matériel selon la bonne vieille maxime marxiste .Les rapports marchands puis financiers ont distendu les liens entre américains avec ici aussi la naissance d’un prolétariat surtout urbain qui devient progressivement le cauchemar de l’Amérique actuelle. Un cauchemar qui tourne souvent au drame avec ces fusillades aveugles (généralement dans les campus de plus en plus gangrenés par les substances hallucinogènes) et ces chasses aux nègres qui nous rappellent ces chasses au lapin de garenne organisées par les bourgeois de l’Europe il y a quelques siècles. L’Amérique a donc mal à son corpus social elle qui refuse jusque-là le rêve du Révérend Martin Luther King. Un rêve que Obama a tenté de réveiller et dont Biden veut faire une réalité.  Ce qu’il faut craindre à l’issue de sa victoire probable c’est que Trump aille au bras de fer judiciaire,  avec une cour suprême qui lui est acquise et qui, il faut l’espérer, respectera la loi fondamentale américaine. Pour l’heure, au moment où nous tracions ces lignes, les résultats n’étaient pas encore connus, même si, nous le répétons, l’enjeu ici ce n’est pas le vainqueur mais bien ce qu’il fera de sa victoire. Pour l’essentiel, une certaine idée de l’Amérique nous fait penser qu’elle surmontera cette épreuve dans la douleur certes mais avec la résilience qui caractérise les grandes Nations.

Boubakar SY

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