Trois générations de candidats en lice

Le Burkina Faso est en pleine campagne électorale pour le choix de son président et de ses élus nationaux. Débutée depuis le 31 octobre, cette compétition se déroule dans une relative accalmie, pas d’attaques frontales en dehors de certaines piques sur les projets. Sur les treize candidats, se laisse voir une conjonction de trois générations politiques. Il y a ceux qui, à leur temps, constituaient bien cette rupture générationnelle, qui s’est imposée soit par les armes ou par les urnes dans les années 1980 (CNR). Il y a le groupe des candidats qui ont fait leur baptême de feu politique dans les années 1990. Si à l’époque, ils regardaient faire, aujourd’hui, ils se sentent capables de faire aussi. Il y a la génération politique de 2000. Ils ont vu, ont regardé et se sentent l’âme d’être là puisqu’ils ont été, à majorité ceux qui ont fait la deuxième insurrection.

Tout ce cocktail réuni fait la classe des possibilités qui sillonnent le pays pour solliciter la voix populaire en quête d’une légitimité pour diriger le Burkina Faso. Ce qui est assez particulier, c’est que ce mélange générationnel crée plutôt une symbiose. Preuve qu’aux âmes bien nées, la valeur n‘attend point le nombre des années. Mais aussi que quelle que soit la génération, il y a certainement eu un abreuvoir digne qui a su inoculer le virus de la patrie à tous ces hommes et à cette dame qui estiment qu’ils peuvent apporter leur contribution à la construction de la patrie. Aux expériences avérées des uns et des autres, se rencontre la détermination de tous dans une ambiance à la fois surprenante par des propositions, et quelquefois hilarantes par les néologismes qui fusent comme dans une salle de classe. Après tout, la campagne n’est-elle pas une arène où chacun fait son show dans l’espoir d’avoir plus de soutien, plutôt de voix ! Convaincu, chacun, que le Burkina n’a pas forcément besoin de plus d’une voie pour se construire.

C’est bien une autre paire de manches. En tout cas, l’aventure est porteuse d’espoir, dans un contexte où en Afrique voter rime bien avec ôter. Voir ce qui se déroule au Burkina, ceux qui ont eu l’ingénieuse idée de désigner ce pays comme le pays des Hommes intègres ont vu juste. Non pas pour dire, un pays de vertueux absolus, mais qu’aucun Burkinabè ne souhaite être la cause ou la source de malheurs qui mettent le pays sur le chantier de la destruction. Du reste, notre histoire contemporaine est assez illustrative. Le Burkina est le seul pays qui, dans les années de fournaise des partis uniques, a envoyé son président en ballotage en 1978. Le général Aboubacar Sangoulé Lamizana face à un « inconnu », Macaire Ouédraogo. Qui plus est, là aussi c’est bien une marque burkinabè qui a connu deux insurrections (1966, et 2014) où deux présidents en exercice, Maurice Yaméogo et Blaise Compaoré, ont préféré « quitter » pour éviter un bain de sang. Cet héritage patriotique, nationaliste est certainement le bréviaire sur la table des candidats à la présidentielle au pays des Hommes intègres. Fasse alors que les lendemains du 22 novembre 2020, le pays continue dans ce décor de cohésion et de paix.

Jean Philippe TOUGOUMA

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