Centrafrique : s’unir ou périr

La victoire de Faustin-Archange Touadéra, proclamée par l’Autorité nationale des élections (ANE), a été validée par la Cour constitutionnelle, hier lundi 18 janvier 2021, dans un climat sécuritaire très délétère. Les résultats définitifs lui donnent 53,16% des voix devant Anicet Georges Dologuélé avec 21,69%. La Cour constitutionnelle a rejeté les recours de l’opposition dénonçant des fraudes massives, qui plaide pour l’annulation du double scrutin présidentiel et législatif du 27 décembre 2020. L’on se rappelle qu’à quelques deux semaines des votes, un regroupement circonstanciel de six groupes armés dénommé Coalition des patriotes pour le changement (CPC), a pris les armes pour empêcher la tenue des élections. En dépit de cette menace bien réelle, puisque jusqu’aujourd’hui la CPC occupe les deux tiers du territoire centrafricain, les électeurs se sont rendus dans les urnes dans certaines localités du pays. Grâce au soutien apporté par les casques bleus de la MINUSCA, les militaires rwandais, les Russes et les Français, l’offensive rebelle sur Bangui, la capitale, a été stoppée. Depuis lors, le pays vit avec les incertitudes d’un lendemain qui rappelle la grave crise sociopolitique de 2013.
Même si la validation de la réélection de Touadéra donne un brin d’espoir aux milliers de Centrafricains qui appellent de tous leurs vœux le retour à une situation définitivement normale dans leur pays, l’on se demande comment le président réélu pourra gouverner. Avec une opposition qui ne reconnaît pas sa victoire et la forte présence des groupes armés qui pèsent comme une épée de Damoclès sur son pouvoir, Touadéra devra manœuvrer avec tact pour préserver la relative stabilité institutionnelle du pays, et partant son second mandat. Impérativement, il devra, au plus vite, prendre langue avec l’ensemble de la classe politique afin que s’amorcent des pourparlers pouvant permettre d’accorder les violons sur l’essentiel. De l’autre côté, il faudra rehausser le moral des forces armées centrafricaines qui croisent le fer depuis des lustres avec la pléthore de groupes armées.
Le retour de la stabilité dans ce pays laissé à l’appétit gargantuesque des avides de pierres précieuses et autres ressources, incombe-t-il au seul président Touadéra ? Absolument pas ! Toute la classe politique centrafricaine est interpelée face au délitement territorial et social que subit le pays. Même si ces élections sont loin d’avoir été inclusives et transparentes, elles permettent un tant soit peu de préserver les institutions de la république. Si les leaders politiques sont soucieux du devenir de leur pays, ils devraient dépasser leurs contradictions et leurs propres intérêts pour se pencher sur ce grand corps malade qu’est la Centrafrique depuis plusieurs années. Seul un véritable sursaut de la classe politique centrafricaine pourrait favoriser le retour au calme et à la stabilité dans ce pays meurtri. Tant que les leaders politiques continueront à s’étriper sur des préoccupations qui mettent plus en avant leur ego que l’intérêt supérieur de la nation, les groupes armés et autres pilleurs de ressources auront les coudées franches pour faire de la Centrafrique un no man’s land propice à leurs affaires. Il faut un front commun patriotique qui va mobiliser toutes les énergies du pays pour préserver l’essentiel. Que vaut la souveraineté d’un Etat qui est obligé de faire appel à des forces étrangères pour le sécuriser ? Pendant combien de temps, les alliés de Bangui continueront d’être présents à ses côtés dans ces moments difficiles ? Nul ne saurait répondre dans la mesure où ce sont les intérêts stratégiques qui justifient la présence de certains en terre centrafricaine. Dans un contexte où les instances sous régionales et régionales comme l’Union africaine semblent briller par leur silence sur ce qui se passe en Centrafrique, il appartient au peuple et à ses leaders de savoir se retrouver pour mettre le pays à l’abri de ceux qui ne croient qu’à la force des armes. Le président Touadéra aura beau montrer sa bonne volonté de rassembler tous les fils et filles de la nation pour que la paix revienne, tant que les autres ne s’engageront pas dans cette même dynamique, ce sera un coup d’épée dans l’eau. L’heure n’est pas aux calculs politiciens et aux tergiversations, il faut parer à l’urgence : protéger le pays qui est en train de voler en éclats. Parce que lorsque la maison brûle, tous les habitants doivent taire leurs divergences et se mobiliser pour circonscrire les flammes. Centrafricains de tous bords, unissez-vous pour sauver la Centrafrique !

Karim BADOLO

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