Tchad : Déby ou le déluge

Depuis l’annonce de la date de l’élection présidentielle jusqu’à la tenue du scrutin le dimanche 11 avril 2021, le Tchad a vécu dans une ambiance très fébrile. Arrestations d’opposants, protestations contre le 6e mandat du président Idriss Déby Itno, boycott du scrutin, par des candidats ont été les différents épisodes qui ont émaillé le processus électoral. Sur 7 millions d’électeurs attendus dans les urnes, les Tchadiens ont brillé par une faible mobilisation à l’occasion de cette présidentielle. Cette faible affluence est loin d’être une surprise à cause des soubresauts qui ont précédé le jour du scrutin présidentiel. Conscient que son 6e mandat irritait plus d’un, le camp du président sortant qui capitalise 31 ans à la tête du pays aura multiplié toutes les manœuvres pour empêcher l’opposition politique de faire front commun contre lui.

Sa tentative d’unification sous l’Alliance Victoire a fait long feu, puisque la coalition était minée de l’intérieur par ses propres contradictions qui ont fait le bonheur du parti au pouvoir. Cette élection qui vient de se tenir au Tchad n’aura pour simple attribut démocratique que les opérations électorales qui ont permis aux électeurs d’accomplir leur devoir civique. C’est sans surprise que le 25 avril prochain, date prévue pour la proclamation des résultats, que le chef de l’Etat, Idriss Déby Itno sera déclaré vainqueur. Ainsi, l’expérience démocratique en Afrique diffère d’un pays à l’autre. Si dans certains Etats, des efforts sont faits pour garantir des scrutins transparents, crédibles et inclusifs, dans d’autres, ils ne sont que simples formalités cycliques pour se faire bonne conscience. Ce qui s’est passé au Tchad est tout sauf l’expression de la volonté populaire dans le choix de celui qui devra présider aux destinées du pays pour les cinq prochaines années.

Les Tchadiens, soucieux de voir leur pays vivre l’expérience d’une alternance politique à la tête du pays, devront encore prendre leur mal en patience. Surfant sur le péril sécuritaire dans la sous-région, Idriss Déby Itno, entretient le mythe de son indispensabilité au Tchad et à la sous-région pour s’enivrer éternellement des délices du pouvoir. A cause également de leurs intérêts géostratégiques dans l’espace du G5 Sahel, certains pays occidentaux, donneurs de leçons en de pareilles circonstances, sont inaudibles face à cette mascarade qui vient de se dérouler. Comme quoi les intérêts sont l’unité de mesure dans la prise de position. Considéré comme un allié incontournable dans la lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel, l’on peut fermer littéralement les yeux sur ce qu’il faut appeler dérives autoritaires de Idriss Déby Itno. L’on pourrait paraphraser Jean de la Fontaine en soutenant que selon que vous ferez l’affaire des puissants, vous pourrez user de tous les moyens pour murer la majorité dans le silence. Sinon comment expliquer l’indifférence dans le cas tchadien de ceux qui s’embarrassent peu de la non-ingérence quand il s’agit de l’Afrique ?

Karim BADOLO

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