Soudan : éviter de pécher en eau trouble

La télévision d’Etat soudanaise a annoncé, hier mardi 21 septembre 2021, une tentative de coup d’Etat ratée à Khartoum. Quelques heures après, le porte-parole du Conseil de souveraineté, Mohamed al-Faki Suleiman, l’organe dirigeant de la Transition depuis la chute de l’ancien président Omar El-Béchir en 2019, a diffusé un communiqué pour indiquer que la situation est sous contrôle.

Après ces moments de frayeur, place aux interrogations ? Les Soudanais sont curieux de savoir qui en veut au pouvoir de la Transition. Pour l’heure, il est difficile de répondre avec précision à cette question. Cependant, les autorités soudanaises semblent avoir leur petite idée sur leurs ennemis. La présidence du Conseil des ministres soudanais a indiqué avoir eu l’information sur cette tentative de putsch dès lundi ; ce qui lui aurait permis de la déjouer. Selon elle, des partisans du président déchu, Omar El-Béchir Béchir, seraient responsables de ce coup de force, étouffé dans l’œuf. Le Premier ministre, Abdalla Hamdok, a, à cet effet, précisé que le complot avait été fomenté par des personnes appartenant pour certaines d’entre elles, à l’état-major de l’armée.

Cette tentative de renverser le pouvoir qui n’est pas une première si l’on en croit aux autorités soudanaises. Elles ont déjà déploré plusieurs tentatives de renversement depuis la « révolution », toutes attribuées à des partisans de l’ancien régime. Pour le dernier acte manqué, le gouvernement a annoncé des arrestations dans les rangs de l’armée ainsi que des civils, notamment des figures de proues du complot. La situation qui prévaut au Soudan ouvre la porte à plusieurs interprétations et il sied de s’attarder sur quelques-unes. La première hypothèse est que le gouvernement de la Transition est confronté à des difficultés économiques et de profondes divisions politiques. Ces derniers mois, il a entrepris une série de réformes économiques dans l’optique de bénéficier d’un programme d’allègement de la dette du Fonds monétaire international (FMI). Il s’agit, entre autres, de la réduction des subventions et de l’instauration d’un flottement contrôlé de la monnaie locale. Ces nouvelles mesures jugées trop sévères par de nombreux Soudanais ont suscité des manifestations sporadiques dans tout le pays contre l’augmentation du coût de la vie. Acculé par les multiples pressions, le pouvoir en place pourrait chercher des boucs émissaires à travers des tentatives de coup d’Etat monté de toutes pièces, pour tenter de reprendre du poil de la bête.

L’autre analyse est que, profitant des moments de disgrâces des dirigeants actuels, les partisans de l’ancien chef de l’Etat soudanien, sevrés des délices du pouvoir, veulent reconquérir leurs privilèges perdus. Ce qui pourrait justifier les tentatives de putschs répétés dans ce contexte africain qui s’apparente à un printemps des coups d’Etat. Si tel est le cas, des dispositions dénouées de tout esprit revanchard doivent être prises afin que le processus actuel de la Transition suive son cours normal et aboutisse à des élections transparentes et démocratiques. Vouloir entraver le fonctionnement de la Transition serait improductif. Les Soudanais gagneraient donc à conjuguer leurs efforts pour un pas qualitatif dans le processus de démocratisation de leur pays et éviter de pêcher en eau trouble.

Abdoulaye BALBONE

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