La perte d’un symbole

Soumaïla Ganamé alias Ladji Yôrô repose depuis hier à Oufré (Ouahigouya). Symbole de la résistance contre les attaques terroristes dans la province du Loroum, il est tombé, les armes à la main, avec une quarantaine de personnes dont des Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP) et des civils, qu’ils escortaient entre Ouahigouya et Titao, dans une énième embuscade de Groupes armés terroristes (GAT).

Le pays observe depuis hier dimanche un deuil national de 48 heures à la suite de ce drame au retentissement national du fait de la perte d’un symbole, d’un grand « commandant en chef » de la résistance communautaire aux attaques et exactions terroristes dans la partie Nord du pays. Vaillant combattant, il lui fallut, ses hommes et lui, après tant d’efforts héroïques, courber l’échine sous l’étreinte d’une destinée inexorable, celle des héros. Jardinier prospère à Yôrô (d’où son surnom) au Mali où sa famille a émigré, Ladji Yôrô a troqué son arrosoir contre la « kalach » pour rejoindre ses frères à Sollé, en libérateur, afin de défendre les siens contre « la férule humiliante » des GAT aux côtés des koglweogos (supplétifs de l’armée), puis des VDP dont il ne tardera pas à prendre le lead, à fédérer et à organiser…

Après des années de résistance, Ladji Yôrô a mené son dernier combat à You. Mais la bataille pour la dignité, car s’en est une, se poursuit au Nord, à l’Est, au Sahel, dans les Cascades et dans la Boucle du Mouhoun…avec une détermination désormais nourrie par le feu ardent du sacrifice suprême de Ladji Yôrô et de sa vaillante équipe de VDP, jusqu’à la libération de la patrie. Sans aucun esprit de polémique qui éloignerait de l’essentiel, cette bataille doit se mener, partout sur le territoire national, se nourrissant des enseignements des hauts et des bas des combats déjà menés. Les circonstances de l’embuscade de You interrogent et mériteraient d’être clarifiées. Que s’est-il exactement passé entre Ouahigouya et Titao ce 23 décembre ? Le binôme VDP/FDS a-t-il fonctionné pendant le trajet ? Etaient-ils dans leur rôle d’assurer l’escorte du convoi de ravitaillement de la ville de Titao que les insurgés tentent d’isoler et de contrôler…. ?

Les réponses à ces questionnements permettront certainement de repositionner chaque intervenant dans sa mission et d’éviter ce qui peut l’être dans la guerre de longue haleine (selon certains spécialistes, elle pourrait durer 20 à 30 ans encore) que le Burkina Faso mène depuis 2015 contre l’hydre terroriste. En tout état de cause, c’est à la suite de l’attaque contre le convoi de la mine de Boungou à l’Est, le 6 novembre 2019, que le Chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, a ordonné le recrutement de VDP, « dans les zones sous menace ». La loi organique promulguée en janvier 2020 précise que « les missions du volontaire sont de contribuer, au besoin par la force des armes, à la défense et à la protection des personnes et des biens de son village ou de son secteur de résidence, en vertu d’un contrat signé entre le volontaire et l’État » pour un engagement sacrificiel. Le commandement et la coordination des activités des VDP sont assurés par la chaine de commandement des forces armées nationales. Le succès de l’appel à la « mobilisation générale » contre le terrorisme à travers les VDP passe aussi par le respect strict de la loi par les Forces de défense et de sécurité (FDS). Pour l’honneur et la patrie, Ladji et son groupe se sont battus. Leurs « frères d’armes » continueront de se battre aux côtés des FDS, en dépit des difficultés et des multiples dangers au nom de l’intérêt supérieur de la Nation.

Par Mahamadi TIEGNA

mahamaditiegna@yahoo.fr

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