Culture du coton biologique dans les Balé: une alternative pour redonner vie à la terre

Récolte dans un champ de coton biologique à Bandio.

Dans les villages de Bandio, Koho et d’autres localités de la commune rurale de Bagassi, province des Balé, le coton biologique s’impose progressivement comme une réponse aux défis environnementaux, économiques et sociaux auxquels font face les producteurs. Cultivé sans produits chimiques et sans endettement, il attire de plus en plus de producteurs. Aujourd’hui, ces derniers y voient une opportunité pour préserver leurs sols, leur santé et leurs revenus.

A Bandio, village de la commune de Bagassi, dans la province des Balé, le paysage agricole offre un contraste frappant. Alors que la majorité des cultures ont déjà été récoltées, les champs de coton, surnommé « l’or blanc », demeurent visibles. Ce lundi 8 décembre 2025,
les producteurs nous accueillent simplement dans une cour. Autour d’un bidon de dolo (bière locale), l’ambiance est conviviale. Les visages sont détendus. Les discussions vont bon train. Ces producteurs ont fait un choix assumé : celui du coton biologique.

La récolte a commencé et l’optimisme est palpable. Pour eux, ce mode de production, exempt de produits chimiques de synthèse, représente bien plus qu’une simple alternative agricole. Raphaël Yaro, producteur de coton bio depuis 2020, en parle avec conviction. « Les produits chimiques généralement utilisés pour la production du coton détruisent nos sols et nous exposent à toutes sortes de maladies », alerte-t-il. Son constat est partagé par plusieurs de ses pairs, qui dénoncent les effets à long terme de l’agriculture conventionnelle sur la fertilité des terres et la santé humaine.

A première vue, les champs de coton biologique et ceux du coton conventionnel se ressemblent. Pourtant, un détail ne trompe pas. Les parcelles bio sont souvent envahies par les herbes, tandis que les champs conventionnels apparaissent dénudés. Cette différence visuelle traduit une réalité technique : en production biologique, les herbicides sont proscrits. Le désherbage se fait essentiellement à la main. A Bandio, Kpadio Danvio est l’un des producteurs qui se sont lancés dans l’aventure du coton bio. En trois ans, il est parvenu à étendre son exploitation de trois à cinq hectares.

Coton biologique récolté en attente de pesée

Lors de sa première récolte, il a engrangé plus de 800 000 F CFA, uniquement grâce à l’utilisation de compost qu’il fabrique lui-même. Ce succès a contribué à l’émergence de plusieurs coopératives locales de producteurs de coton biologique. Hirissan Danvio, président de la coopérative Lossan (il fait bon vivre au village, en langue bwamu), fait partie de ceux qui ont tourné le dos au coton conventionnel. Pour lui, la clé réside dans le respect scrupuleux des pratiques agroécologiques. « Le travail préparatoire du sol est très important.

Il faut labourer au moins deux fois avant de semer », explique-t-il.
En production biologique, aucun pesticide chimique n’est utilisé.
Les engrais minéraux sont remplacés par des fertilisants organiques, princi-palement du compost.

Difficile cohabitation entre le bio et le conventionnel

Bandio n’est pas un cas isolé. Dans la commune de Bagassi, d’autres villages, comme Koho, suivent le même élan. Chaque année, le nombre de producteurs de coton bio augmente. Tous partagent une même volonté : promouvoir une agriculture qui respecte l’environnement tout en assurant des revenus décents.

Si les producteurs se disent satisfaits de leurs rendements, ils reconnaissent unanimement que l’entretien des champs de coton bio reste un gros souci. Le travail est pénible, chronophage et nécessite une présence constante dans les parcelles. L’autre défi majeur reste la coexistence avec les producteurs de coton conventionnel. Dans certaines zones, les deux types de cultures se côtoient, suscitant des inquiétudes chez les producteurs bio. En effet, ceux-ci craignent la contamination de leurs champs par des produits chimiques. Wokawé Yaro pense que des pluies peuvent emporter ces polluants dans leurs champs, menaçant du même coup la qualité de leur produit.

Pour Patrick Dakuyo, l’itinéraire technique du coton bio est différent de celui du coton conventionnel.

Pour limiter ce risque, les techniciens proposent de maintenir une zone tampon entre les différents types de cultures. Mohamed Siénou, contrôleur interne à Bandio, insiste sur l’importance de la communication entre producteurs pour éviter les conflits.
Malgré ces contraintes, les producteurs qui ont fait le choix du bio se disent déterminés à poursuivre. Pour eux, les bénéfices à long terme compensent largement les efforts fournis. La culture de coton biologique cible en priorité les petits producteurs.

Selon Soumaïla Sanou, technicien à l’unité de production de Koho, cette orientation n’est pas anodine. « En production conventionnelle, les femmes ont peur des crédits et exploitent le plus souvent des terres marginalisées », confie-t-il. Avec le coton bio, les choses changent. Les femmes parviennent à restaurer leurs sols et à produire sans s’endetter. Patrick Mayoussi Dakuyo, chef d’entité de Boromo pour le coton biologique, abonde dans le même sens. « Avec le bio, ces femmes peuvent produire et avoir de petits revenus en vue de pourvoir à leurs besoins », martèle-t-il. A Koho, Tonfi Firo incarne parfaitement cette réalité. Productrice déterminée, elle a défriché sa propre parcelle de coton bio.

Sa récolte est déjà achevée. Elle attend la pesée pour vendre sa production. En 2023, elle a écoulé son coton pour un montant de 375 000 F CFA. Cette année, elle espère faire encore mieux. Son engagement a fait des émules au sein de sa famille. Son fils, Loudoubé Lamien, a suivi ses pas. Convaincu de la rentabilité du coton biologique, il a décidé de s’y investir à son tour. « Quand j’ai vu que notre maman gagnait de l’argent dans cette activité, je n’ai pas hésité à emboîter ses pas », relève-t-il. Son champ s’étend sur un hectare et annonce une récolte prometteuse. « Ici, on n’a pas besoin de s’endetter pour produire », souligne-t-il, mettant en avant l’un des principaux atouts du coton bio.

Soumaïla Sanou, contrôleur interne à Koho, constate un engouement croissant des producteurs pour le coton biologique.

Dans les villages visités, les grandes superficies emblavées de coton bio restent rares. Face aux exigences de cette culture, de nombreux producteurs préfèrent exploiter de petites parcelles, plus faciles à gérer. Zaphianoussan Yé et Zounouyawé Mihin, chacun à la tête d’un demi-hectare, expliquent ce choix par des raisons pratiques. Zounouyawé a récolté moins que prévu l’année dernière, avec des recettes estimées à seulement 30 000 F CFA.

De son côté, Zaphianoussan Yé a obtenu 400 kg de coton bio grâce à une utilisation intensive du compost. Cela lui a rapporté 150 000 F CFA de recettes à la vente. « Je suis seul. A quoi sert d’agrandir mon champ tout en sachant que je ne pourrai pas bien l’entretenir ? », s’interroge-t-il. Pierre Lamien, qui cultive plus d’un hectare à Koho, reconnaît que le travail est exigeant. Toutefois, selon lui, la réduction des charges d’entretien compense largement les efforts fournis.

Un travail tout de même épuisant

La transition vers le coton bio n’est pas sans embûches. Le sarclage manuel est épuisant. Kpadio Danvio a dû réduire la superficie de son exploitation, passant de quatre à trois hectares, faute de main-d’œuvre disponible. Les producteurs bio utilisent des solutions naturelles pour lutter contre les ravageurs. Les herbicides étant interdits, le désherbage devient un casse-tête. Loudoubé Lamien explique avoir recours à des ouvriers agricoles. Mais, cette main-d’œuvre se fait de plus en plus rare, en raison de la prolifération de l’orpaillage dans la zone. Hirissan Danvio rappelle les fondements de la production biologique.

« C’est une production naturelle, c’est-à-dire sans aucun recours aux intrants chimiques », insiste-t-il. Dans les solutions naturelles utilisées, figure « fertti plus », offert aux producteurs par les techniciens de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB). Sur le plan économique, le coton bio présente des avantages non négligeables. Le kilogramme est acheté à 375 FCFA contre 325 FCFA pour le coton conventionnel. Cette différence de 50 FCFA constitue un argument de poids pour les producteurs. La garantie du label bio est aussi au cœur des préoccupations. Soumaïla Sanou explique que des mesures strictes sont mises en place pour éviter toute contamination.

Tonfi Firo, productrice à Koho, engrange de bonnes recettes grâce à la vente de son coton bio.

« On ne peut pas se servir, par exemple, d’un pulvérisateur déjà utilisé en production conventionnelle pour traiter un champ de coton bio », précise-t-il. Après les récoltes, des contrôles rigoureux sont effectués. En cas de non-conformité, le coton incriminé est reclassé comme coton conventionnel et vendu à la Société des fibres et textiles (SOFITEX). En effet, il faut noter que le coton bio n’est pas vendu à la SOFITEX mais directement à l’UNPCB. Les techniciens reconnaissent que les rejets sont nombreux à chaque campagne.
Malgré cela, l’engouement ne faiblit pas. A Koho, 121 hectares ont été emblavés en coton bio. Et le technicien Soumaïla Sanou annonce de bonnes perspectives dans ce village.

Dans l’ensemble des Balé, Patrick Dakuyo estime les superficies à 1 841 hectares, réparties entre 1 863 producteurs. Le rendement moyen est évalué à 1 100 kg par hectare, à condition de respecter l’itinéraire technique et d’apporter une fumure organique suffisante.
Dans les Balé, la culture du coton biologique progresse au fil des ans. Les producteurs et

Raphaël Yaro, producteur à Bandio, encourage les cotonculteurs à se lancer dans le coton biologique pour bénéficier de ses avantages.

les techniciens semblent avoir compris les enjeux : main-d’œuvre insuffisante, risques de contamination, aléas climatiques, maladies du cotonnier.

Mais, la dynamique enclenchée leur redonne espoir.« Le coton bio est aussi rentable que le coton conventionnel pour peu que les producteurs respectent l’itinéraire technique de production », révèle Mohamed Siénou. A l’entendre, des formations sont régulièrement organisées pour apprendre aux producteurs à fabriquer leurs propres bio pesticides et réduire les coûts. La satisfaction n’est certes pas totale, fait savoir Patrick Dakuyo. Mais, dans les champs de Bandio, Koho et ailleurs, une conviction s’impose : le coton bio n’est plus une utopie. Il est en train de devenir une réalité durable.

Ouamtinga Michel ILBOUDO
omichel20@gmail.com


 

L’engouement des transformateurs

Le coton biologique séduit également les transformateurs, en raison de la qualité de ses fibres. François Yaméogo, plus connu sous le pseudonyme de François 1ᵉʳ, en est un fervent défenseur. Basée à Koudougou, son unité de transformation n’utilise que du coton bio. « Il est produit sans pesticides, respecte les règles environnementales et la santé des cotonculteurs », indique-t-il. Le bio est devenu sa marque de fabrique. « Je préfère ce qui est naturel. Ça va avec ma philosophie, ma pensée et ma manière d’être », affirme-t-il.

De son avis, le coton bio lui offre de réelles opportunités. « Il me permet d’avoir des produits vendables sur le marché national et international », informe François 1er. Pour l’approvisionnement en fil, il travaille avec la Filature du sahel (FILSAH), après l’égrenage effectué par la Société de coton biologique (SOCOBIO) de Koudougou. « Le coton bio ne peut pas être égrené avec les mêmes machines que le coton conventionnel.

Il faut un nettoyage, c’est long et très coûteux », précise-t-il. A FILSAH, le fil est produit selon le grammage souhaité. « J’utilise du fil 42, qui est très fin », précise François Yaméogo. Pour reconnaître un vêtement confectionné à partir de coton bio, il est catégorique. « Au toucher, on peut le reconnaître. C’est souple. Et à travers les couleurs aussi, parce que le bio absorbe mieux les couleurs que le fil non bio », martèle-t-il.

O.M.I