Innovations technologiques dans l’agriculture: pour un développement endogène durable

Hervé Zina propose désormais le zaïner, une technologie alternante au zaï manuel.

L’agriculture est la principale activité économique au Burkina Faso. Pour améliorer les conditions de travail et les rendements, certains chercheurs et innovateurs rivalisent d’ardeur dans la recherche de solutions innovatrices. Des résultats de ces recherches ont été présentés au public à la 15e édition du Forum national de la recherche scientifique et des innovations technologiques (FRSIT) qui s’est tenue du 22 au 26 octobre 2025 à Ouagadougou. Ils concernent les équipements destinés à la préparation des champs en passant par le labour, le semi et la récolte. Quelques-uns se distinguent par leur singularité.

Le public a été impressionné par les résultats des recherches et des inno-vations sur les équipements agri-coles à la 15e édition du Forum national de la recherche scientifique et des innovations technologiques (FRSIT). Certains auteurs ont été guidés par l’adage qui dit que la réussite d’un agriculteur commence sous ses pieds. En d’autres termes, cela stipule que pour obtenir une bonne récolte, il faut bien préparer son champ. Cet objectif ne peut être atteint que par la pratique de bonnes techniques culturales. Le zaï peut être cité en exemple. En effet, le zaï est une technique qui consiste à creuser manuellement des trous entourés de bourrelets de terre.

A l’intérieure des trous, on met de la fumure organique ou du compost. C’est une méthode traditionnelle de réhabilitation des terres dégradées et de conservation des sols, utilisée pour favoriser la culture en zone aride. Il est bien connu au Burkina Faso. Mais ce travail manuel pourrait désormais être révolu avec le zaïner, une nouvelle technologie. Celle-ci a été mise au point grâce à un partenariat entre ONG PRACTICA et le Centre Sainte famille de Saaba.

Le Centre Sainte famille de Saaba a mis au point la pompe Volonta (manuelle ou automatique) pour atténuer le problème d’eau.

Selon l’opérateur Hervé Zina, le zaïner est un outil technique et pratique qui permet de faire des trous de plus de 20 cm de profondeur compara-tivement au zaï manuel. Il est équipé d’un rayonneur de 60 à 80 cm et d’un capot qui aide à prendre position en fonction de la pente. Le capot a une distance de 40 cm. Le zaïner, à entendre M. Zina, est rapide et facilite le travail. Il est capable de finir un hectare en 30 minutes. Les avantages liés à son usage sont nombreux.

L’opérateur cite la conservation de l’humidité, l’accroissement des rendements, la récupération des sols dégradés. Son zaïner serait déjà fonctionnel dans la région de Oubri. Son prix est fixé à 1 million F CFA. Le problème d’eau est récurrent au pays des hommes intègres. Le Centre Sainte famille de Saaba en est sensible. C’est pourquoi, à en croire le responsable commercial, Paul Kabré, il a fabriqué la pompe Volonta pour aider à surmonter cette difficulté. Sa spécificité repose sur le fait qu’elle peut être manuelle ou automatique avec trois moteurs (électrique, solaire et thermique). Il est possible de l’installer dans des zones agricoles, des écoles…

« Nous sommes les concepteurs de cet outil au Burkina Faso et dans la sous-région. C’est un produit purement burkinabè. On peut l’avoir à partir de 490 000 F CFA à zéro mètre et 9 000 F CFA par mètre linéaire en fonction de la profondeur du forage », confie le responsable commercial.

Gagner en temps, en quantité et en qualité

Avec cette technologie, Koob Naong Sagna Industrie dit lancer une révolution agricole.

Chez Koob Naong Sagna Industrie, c’est un équipement impressionnant de par sa taille qui a ravi la vedette. Aux dires de Jean Nanema, c’est un système de culture multifonction qui consiste à labourer, sarcler, pulvériser, faire la mise en engrais, semer et à nettoyer.
Il permet de travailler sur les grandes superficies à moindre coût avec plus de rentabilité. M. Nanema est convaincu que cet outil est une alternative au problème de main-d’œuvre qui se fait de plus en plus rare. Il est équipé d’un écran qui donne un aperçu de tout ce qui se passe à l’arrière. Pour cette structure, l’heure n’est plus au tâtonnement. C’est la révolution agricole. Le paysan doit à chaque étape de son travail, gagner en temps, en quantité et en qualité.

Il est possible d’avoir cette technologie à partir de 6 millions F CFA. Il est déjà fonctionnel à Ouaga, à Saponé et à Yako. Adama Mandé est soudeur de formation et résident à Pouytenga. C’est un concepteur d’outils agricoles, notamment des motoculteurs.
Sa principale innovation à la 15e édition du FRSIT est un motoculteur multifonctionnel destiné à la culture de la pomme de terre. A entendre Adama Mandé, celui-ci est doté d’un système qui permet de semer, labourer, de faire le sarclage et la récolte de ce produit. Selon lui, le motoculteur peut faire un hectare de terrain plat en deux heures avec deux litres de diesel.

Il rassure que la plupart des pièces sont sur place. Pour se procurer cette machine, il faut débourser 1 200 000 F CFA. Il y en a de différentes tailles. Si M. Mandé a atteint ces résultats, révèle-t-il, c’est grâce aux connaissances acquises dans certaines structures nationales et surtout grâce à un Chinois. Mahamadi Kabré, lui, a présenté un motoculteur « made in Burkina » de l’atelier de mécanique Expérience moto à Koudougou. La trouvaille fait le labour et le sarclage des semis courts.

Selon Adama Mandé, ce motoculteur multifonctionnel est doté
d’un système qui permet de semer, de labourer et de récolter la pomme de terre.

« Avec 6 litres de diesel, il peut faire un hectare en deux heures. Mais sur ce point, nous n’insistons pas car, c’est le terrain qui détermine la consommation et le temps mis. On n’a pas, par exemple, la même donne sur un terrain sablonneux et troué », prévient M. Kabré. « Ce qui nous rend fier de cet outil est que rien n’est extraordinaire. Il est composé d’outillages trouvés sur le marché local », se réjouit-il. En cas de panne, il peut être réparé par un mécanicien de tricycle et la disponibilité des pièces de rechange est assurée. Son coût est d’un million F CFA.

A Yali technologie, l’innovation du moment est la récolteuse de maïs. « Pratique et rapide, elle récupère la tige de maïs, la coupe et fait le tri seule. On n’a pas besoin de plusieurs personnes pour faire le travail », explique Drissa Ilboudo. « C’est une création made in Burkina dont l’objectif est de réduire la souffrance liée à la récolte du maïs. Elle fonctionne avec le diesel et ne consomme que cinq litres pour un hectare. Elle est donc économique », affirme M. Ilboudo. Il rassure que la plupart des pièces de rechange du moteur sont conçues au Burkina. Le coût de l’ouvrage est de 1 750 000 F CFA.

Yali technologie a présenté également une moissonneuse de riz et de blé qui fonctionne au même titre que la récolteuse de maïs. Dans l’innovation et la conception de l’équipement du monde rural, on peut compter sur l’entreprise M’yaaba. Elle a réalisé un séchoir pétro

« La récolteuse de maïs coupe et fait le tri seule »…,

solaire qui fonctionne au soleil, au gaz et au courant. A écouter Eugène Rouamba, ce séchoir particulier vise à sécher sainement les produits (légumes, feuilles…) à tout moment, en tout lieu et en toute saison.

Et en un temps record. « Il peut contenir 60 kilogrammes de tomates fraiches à sécher en 24 heures et à 40 degrés. Le produit ne perd pas de sa qualité », déclare M. Rouamba. Il a présenté ce séchoir (petit ou grand) comme une aubaine pour tous ceux qui désirent faire du séchage de bonne qualité. Le prix du petit dont la capacité est de 60 kilogrammes de produits à sécher est fixé à 2 500 000 F CFA. Le prix du grand (avec 120 kilogrammes de produits) est estimé à 4 500 000 F CFA.

La valorisation des déchets agricoles

Avec le Centre écologique Albert-Schweitzer du Burkina Faso, rien ne se perd, tout se transforme. Il n’est plus question de jeter les déchets agricoles, notamment
les coques d’arachide, de riz, de maïs, d’anacarde…. Ils sont transformés en briquettes de charbon combustible. Le chef-d’œuvre présenté par le représentant de la structure, Issaka Nayaga, est une unité de fabrication composée d’un four à pyrolyse qui a pour rôle de carboniser les déchets et d’un mélangeur (qui sert à mélanger le biochar broyé avec un liant pour obtenir un mélange homogène).

La presse est un passage obligatoire pour modeler le mélange en briquettes utilisées comme combustible. Ce n’est pas tout. L’unité est également dotée d’un broyeur de tiges et de résidus post-récoltes pour la production du compost et d’aliments pour bétail. Selon M.

… explique Drissa Ilboudo de Yali technologie.

Nayaga, elle est conçue pour une production accrue de biochar utilisable comme source de chaleur ou pour améliorer la fertilité des sols. L’innovateur présente le charbon ainsi obtenu, comme une alternative d’ordre environnemental, puisqu’il n’y a pas de déforestation comme c’est le cas avec le charbon de bois.

Le Burkina Faso est victime d’une déforestation croissante liée à la forte dépendance au bois-énergie. L’urgence de trouver des solutions s’est imposée. La production de ce biochar a été développée dans le cadre du projet CEAS-Enabel (2023-2025) pour répondre à ces défis environne-mentaux et énergétiques. La valorisation des déchets agricoles, la production d’un combustible propre et économique pour les ménages, la réduction de la pression sur les ressources forestières et la création des opportunités économiques locales sont, entre autres, les objectifs visés. L’unité de fabrication est évaluée à 2 500 000 F CFA. Elle fonctionne avec un moteur à diesel et les pièces de rechange sont disponibles. Elle est déjà opérationnelle à Korsimoro, à Pouytenga et à Kaya où un kilogramme de briquettes coûte 200 F CFA.

Habibata WARA