Pisciculture en bacs hors sol à domicile: une activité en pleine croissance à Ouagadougou

Du poisson élevé dans un bac hors sol.

La consommation du poisson est entrée dans les habitudes alimentaires des Burkinabè. Elle est estimée à environ 100 000 tonnes par an. Elle est en constante augmentation. La production nationale ne représente que 14%.  Le pays ne possédant que peu de ressources en eau, il se retrouve donc fortement dépendant des importations de poisson. Pour pallier ce déficit entre l’offre et la demande, de nouvelles méthodes de pisciculture sont mises en place. Parmi lesquelles, la pisciculture en bacs hors sol à domicile. A Ouagadougou, certains citoyens se donnent à cœur joie à l’activité. 

L’élevage de poisson ou la pisciculture est en pleine croissance au Burkina Faso à cause de la forte demande. L’importation et la pêche de capture ont été pendant longtemps les principales pourvoyeuses de poisson. On s’est rendu compte que les devises injectées dans l’importation peuvent servir à promouvoir la pisciculture locale face à une demande qui croît. Aujourd’hui, l’évolution technologique permet à toute personne désirant se lancer dans la pisciculture de le faire, quel que soit le lieu ou le moment, à condition d’avoir de l’eau, des bacs déplaçables (bac hors sol), des bassins, des pompes, etc.

C’est la pisciculture hors sol. C’est ce que fait Jérôme Ouiya, technicien supérieur d’élevage et de santé animale. Il est le promoteur du Centre de recherche et d’innovation de l’aquaculture au Burkina Faso (CERIAB) dont l’objectif principal est de produire des alevins de silure et de tilapia afin de répondre aux demandes incessantes. Après avoir travaillé avec une structure à Loumbila, il décide en 2023 de s’installer à son propre compte quelque part à kamboinsin, un quartier de Ouagadougou.

Ces alevins sont prêts pour la vente.

Dans la matinée du 9 février 2026, nous avons rendez-vous avec le jeune entrepreneur de 26 ans à son lieu de travail. C’est une cour située en bordure d’une grande voie. A l’intérieur se dressent à l’air libre, deux grands bacs en plastique bleu contenant de l’eau où nagent une multitude de petits êtres mobiles au fond : ce sont des alevins de silure. Plus devant, se trouvent deux bâtiments. A l’intérieur de l’un d’eux, se trouvent un bureau et le laboratoire où est installé tout ce qu’il faut pour permettre des écloseries. L’autre bâtiment abrite deux larges bassins en ciment et où des alevins sont en développement. « Ce jour, on peut estimer les alevins du Centre à au moins 6 000 », confie le propriétaire. Il estime son investissement à environ 5 millions F CFA gracieusement acquis auprès de son grand frère. Pour mener à bien ses activités, il s’est attaché les services de deux autres jeunes, Lancina Koussé et Paul Benao. 

Les conditions de réussite

Des nombreuses interrogations posées sur le fonctionnement de ses activités, Jérôme Ouiya précise que la prise en charge des alevins dépend de la capacité des bacs. Un bac d’un mètre cube (m3) doit contenir entre 100 et 150 alevins de silure. Mais si on installe des générateurs d’oxygène (aérateurs), on peut aller à 200 ou 250 alevins par m3. Quant aux alevins de tilapia, il faut entre 50 à 80 par m3 sans aérateur. Le système d’aération permet d’aller à 150 ou 200 éléments. L’alimentation servie est composée de farine de poisson, du son de blé, de compléments vitaminés…

L’eau utilisée provient d’un forage. « La fréquence de renouvellement en eau dépend de la capacité du contenant et de la fréquence d’alimentation. Si les poissons sont nourris à satiété, le renouvellement se fait tous les 5 jours », informe le technicien supérieur. Les eaux usées sont utilisées pour arroser une bananeraie. Pour minimiser les risques de mortalité en période de chaleur, il faut des humidificateurs pour maintenir une bonne température dans la salle. La température de l’eau ne doit pas dépasser 27 ou 28°. Au-delà de cela (entre 29 et 30°), il y a risque de mortalité qui fait chuter souvent la production à 1 000 ou 1 500 éléments. M. Ouiya tire profit de la pisciculture.

Les alevins sont produits par cycle de 2 mois. Il les commercialise en fonction de leur taille. « Un alevin qui pèse entre 2 et 5 grammes se vend à 100 F CFA l’unité. A 10 grammes, il coûte 150 F CFA. Quant aux sujets adultes, le kilogramme de tilapia est vendu à 2 500 ou 3

Jérôme Ouiya produit les alevins par cycle de 2 mois.

000 F CFA et celui du silure à 2 000 F CFA », fait savoir le technicien. La vente de ses produits peut lui procurer au minimum 600 000 F CFA par cycle. A entendre le responsable de CERIAB, beaucoup de personnes sollicitent leur service. Parmi elles, Olga Nabyouré. Elle habite aussi Kamboinsin. Elle est couturière.

C’est avec insistance de son fils qui côtoyait une famille où est pratiquée la pisciculture qu’elle s’y est lancée, il y a trois années. Au fond de sa cour, avec l’aide de ses enfants, elle a construit un bassin en ciment d’1m3, alimenté en alevins. Toutes les dépenses lui ont valu 100 000 F CFA.  « Trois ans auparavant, j’ai essayé de faire de la pisciculture. J’ai échoué par faute de suivi. J’ai repris l’année dernière en prenant la précaution de me faire accompagner par CERIAB.

J’ai démarré avec 100 alevins dont le grossissement a duré 6 mois. On en a consommé et partagé avec nos proches », relate-t-elle. Présentement, Mme Nabyouré est à sa 2e production de 100 alevins de silure. Et cette fois-ci, elle compte mettre l’accent sur la commercialisation. Elle souligne comme principale difficulté, le manque de moyen pour se payer un bac afin de stocker l’eau du robinet. L’eau usée sert à arroser les plantes dont une bananeraie (banane plantain) et un potager. Très active, en plus de la pisciculture, elle fait de l’élevage de la volaille.  

Partage d’expériences

Pascaline Delas loge à la cité Azimo de Ouaga 2000. Pour faire de la pisciculture, elle a fait appel à l’expertise du Centre. Dans un coin de sa cour, deux bacs en plastique sont installés. Elle raconte dans la matinée du 10 février 2026, le début de son aventure avec l’élevage de poisson : « c’est à la suite d’une visite chez des connaissances que l’envie de faire de la pisciculture m’est venue. Je suis rentrée en contact avec les jeunes du Centre par l’intermédiaire d’une sœur.  Ils m’ont installé ces deux bassins avec 300 alevins de silure en mai 2025. Le prix de l’installation avoisine 200 000 F CFA ». 

Malgré quelques mortalités, aujourd’hui les poissons sont devenus gros. Elle se dit prête à vendre une partie. Toutefois, avant d’atteindre ce niveau de maturation, Mme Delas a soigneusement mis en pratique les conseils de ses encadreurs. « Je les nourris tous les jours le matin à 7h et le soir entre 17h et 18h. Je renouvelle l’eau chaque semaine. Cette eau sert à entretenir les plantes », dit la piscicultrice. Elle envisage ajouter des bacs afin d’augmenter la production.

Ce bassin contient des alevins de silure à CERIAB.

Après la cité Azimo, le cap est mis sur un autre quartier, la Zone 1. Là, se trouve le jeune Flavien Kagoné qui entreprend aussi dans la pisciculture. Il a fait de la promotion de cette activité, son cheval de bataille. Il est le premier responsable de Beogo meeta multi services pisciculture. Après une licence obtenue en Histoire et archéologie, il se lance dans l’entreprenariat par la confection des couveuses, avant de s’intéresser à l’élevage des poissons. Il explique : « j’ai décidé de faire de la pisciculture après avoir vu une publication sur un réseau social. Très motivé, je me suis inscrit en 2021 dans un centre de formation en pisciculture à Ouidah au Bénin et ensuite au Togo ».

En 2022, il revient au pays pour s’installer à son propre compte. « J’ai démarré en 2022 avec un petit bassin d’un mètre cube avec 100 alevins. Puis, grâce aux connaissances acquises au cours de mes formations, j’ai fait des croisements pour avoir mes propres alevins », confie-t-il. De ces croisements, il dit avoir obtenu près de 25 000 alevins, vendus à 150 F CFA l’unité. Les fonds générés ont servi à agrandir son entreprise qui compte aujourd’hui une dizaine de bacs. « Aujourd’hui, je peux vendre au moins 1 000 alevins par jour à 125 F CFA l’unité, sur une production d’au moins 50 000 alevins par mois », se réjouit-il.

D’une installation de 150 000 F CFA au départ, il se retrouve aujourd’hui avec un investissement de 5 millions avec quatre employés et un collaborateur. Pour apporter le meilleur confort à ses produits, rigueur et suivi dans le travail semblent être ses maitres mots. Il affirme nourrir ses poissons 3 fois par jour et observer l’hygiène en gardant l’eau propre. Pour offrir une bonne condition aquatique à ses « protégés », il a trois options. La première, c’est de renouveler leur eau chaque semaine, avec une eau déjà stockée 48 heures à l’avance afin de laisser évaporer le chlore (PH). Il faut souligner que c’est l’eau servie par l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) qui est utilisée ici. La deuxième est l’utilisation de solution liquide.

L’installation d’équipements pour filtrer l’eau est une autre option. Les bacs sont munis d’un système d’aération qui fonctionne avec le courant. « Le courant fait fonctionner les pompes qui servent à aérer l’eau afin que les poissons aient suffisamment de l’oxygène. Dans ce cas, on peut garder la même eau pendant 6 mois », explique le promoteur. Contre les coupures de courant, il a mis en place une installation solaire. Quant à l’eau usée, elle sert à arroser les plantes.

Le jeune entrepreneur ne se contente pas de produire et de vendre des alevins. Il vend son savoir-faire. Le client a deux options : suivre au centre une formation théorique et pratique de deux jours à 25 000 F CFA, ou recevoir une formation à domicile accompagné d’un kit

A trois, les techniciens de CIERIAB s’investissent dans la production d’alevins pour répondre aux fortes demandes.

d’installation. Par exemple, un bac d’1 m3 avec 100 alevins, plus les aliments et le suivi d’un mois est facturé à 125 000 F FCA. C’est ce que le conjoint d’Ange Ouédraogo a fait pour elle. « Nous avons décidé d’essayer avec ce kit pour voir ce que nous allons récolter. Nous venons de commencer il y a 48 heures. Si l’objectif est atteint, nous allons procéder à l’augmentation du nombre de bacs », indique-t-elle. La famille Ouédraogo est à quelques pas du siège de Beogo meeta.

M.Kagoné n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Il projette, si les moyens lui permettent, de construire un centre de formation de longue durée (1 à 6 mois) où la théorie est alliée à la pratique. Il  invite surtout les jeunes à se lancer dans la pisciculture car, dit-il, l’activité est prometteuse. Et l’expertise est là.

Quelques défis à surmonter

L’eau reste un facteur limitatif de la pisciculture. La plupart des éleveurs utilisent l’eau du robinet qui leur revient chère. L’idéal est de travailler avec l’eau de forage. A cela, se greffe le coût élevé des aliments. Le sac de 20 kg coûte entre 19 000 et 20 000 F CFA, selon M. Kagoné.  La disponibilité des alevins reste en deçà de la demande et le manque d’équipements adéquats sont des défis à relever. D’où, des appels lancés aux autorités pour faciliter l’accès à la formation, aux moyens financiers…

En rappel, la pisciculture en pleine expansion a été soutenue par l’Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 lancée par les autorités du pays. L’ambition première de ce

Pascaline Delas s’est dit satisfaite du grossissement de ses poissons.

programme était de parvenir à la souveraineté alimentaire pour le pays à l’horizon 2025. Le programme visait une production de 100 000 tonnes de poisson en vue de répondre à 50% des besoins de consommation.

Faisant le bilan, le chef du gouvernement, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, lors de son allocution sur la situation de la Nation, a annoncé que le Burkina Faso a produit plus de 53 000 tonnes de poisson en 2025, dont plus de 17 000 tonnes issues des cages flottantes. Une performance atteinte, selon lui, grâce à la mise en place de 1 185 cages flottantes, la production de plus de 104 millions d’alevins et l’installation de 500 promoteurs privés dans la production piscicole. Le Premier ministre précise que ces résultats ont contribué à la création d’emplois durables et de nouvelles sources de revenus pour les populations. 

 

Habibata WARA

 

 

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