De professeur d’Anglais rêvé à « super enseignant » lors de la journée de l’excellence scolaire 2026, Didier Zongo, enseignant en Education physique et sportive (EPS), a construit un parcours marqué par la passion, la persévérance et l’excellence. Professeur au lycée provincial Bassy de Ziniaré, il cumule 14 années d’expériences et s’investit pleinement dans la gymnastique, comme entraîneur et responsable fédéral. Son approche pédagogique, qui associe sport et apprentissages scolaires, lui a permis de se distinguer au concours d’excellence des enseignants. Pour lui, cette distinction constitue moins une consécration qu’un nouveau départ. Didier Zongo entend poursuivre son engagement auprès des élèves et contribuer davantage au développement du sport scolaire burkinabè.
Sidwaya (S) : Pouvez-vous nous parler brièvement de votre parcours d’enseignant ?
Didier Zongo (EPS) : Je suis professeur d’Education physique et sportive (EPS) au lycée provincial Bassy de Ziniaré. J’ai 14 années d’expériences. Je suis titulaire d’un master de recherches en sciences et techniques des activités physiques et sportives. Je suis secrétaire général adjoint de la Fédération burkinabè des gymnastiques depuis 2017. Je suis entraîneur de gymnastique artistique masculine et féminine. Je suis expert national en gymnastique aérobique. A l’université, j’ai étudié l’Anglais et j’ai obtenu une licence.
S : Comment, après une licence en Anglais, se retrouve-t-on professeur d’EPS ?
D. Z : (Rire…). C’est toute une histoire. Depuis que j’ai découvert l’Anglais en sixième, je m’y suis beaucoup intéressé. Au fil des années, je suis devenu
excellent en Anglais. Mon rêve, c’était d’être professeur d’Anglais. Après le bac, je me suis inscrit au département d’Anglais à l’université.
Je partageais la chambre avec des cousins. C’est l’un d’eux qui m’a incité à passer le concours des professeurs d’EPS. Parce qu’en EPS, j’aurais beaucoup de temps. Je donne cours de 7 h à 10 h et de 16 h à 18 h. Donc, si je suis professeur d’EPS, je peux continuer mes études en Anglais. On devait passer le concours ensemble, mais, curieusement, il n’est pas allé déposer son dossier. C’est moi qui vais déposer mon dossier pour le concours d’EPS. Je passe le concours, puis je suis admis. C’est ainsi que les choses ont
commencé à se dessiner. J’ai suivi ma formation et, parallèlement, j’ai pu continuer mes études.
Une fois sur le terrain, j’ai appris à aimer l’EPS. Elle a vraiment pris le dessus. Aujourd’hui, je suis pleinement épanoui en tant qu’enseignant d’EPS.
S : Aujourd’hui, vous êtes le « Super enseignant » au niveau du secondaire. Comment avez-vous été nominé ?
D. Z : Tout a commencé l’année dernière, en 2025. Quand on a lancé le concours d’excellence des enseignants, le proviseur l’a partagé dans le groupe WhatsApp du lycée. Il y a un collègue qui m’a appelé pour me demander de postuler. Je me suis d’abord dit : pourquoi dois-je postuler ? C’est quelqu’un qui m’appelle et qui me dit de postuler. Est-ce que ce n’est pas un message du Bon Dieu ? C’est comme ça que je l’ai pris d’abord. Ça ne vient pas de moi.
C’est quelqu’un qui m’encourage. J’ai dit : d’accord, je vais le faire. Dans la même semaine, je croise une autre collègue, professeure d’anglais, qui m’encourage à postuler également. C’est là que je commence à constituer mon dossier et que je postule. Au niveau de mon établissement, nous étions trois. Nous avons constitué les dossiers ensemble. Le mien a été retenu. Au niveau provincial aussi, c’est mon dossier qui a été retenu. Au niveau régional, selon les termes de référence, deux dossiers sont sélectionnés. Là aussi, je fais partie des deux lauréats régionaux. Il faut dire que j’ai commencé à me dire que je serais retenu. J’étais plus confiant l’année dernière que cette année. J’avais déjà cousu une tenue pour la cérémonie. (Rire…)
Mais, bizarrement, les résultats sont sortis et mon nom n’y figurait pas. Je me disais que mon dossier était solide. Mais bon… Dieu sait ce qu’il fait.
Quand le concours a été lancé cette année, il y a encore eu des encouragements de certains collègues. Le proviseur m’a dit de tenter. Alors, j’ai baptisé mon dossier : « Dernière chance ». Je me suis dit que, si ça ne marchait pas cette année, je ne concourrais plus. Le dossier a suivi le même parcours, jusqu’au niveau régional. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose de fort qui se préparait. Mais, je n’espérais pas autant que l’année dernière.Ça m’a surpris au même titre que tous ceux qui étaient dans la salle. C’est quand j’ai entendu le mot « gymnastique » que je me suis dit : « La chose, c’est pour moi ».
S : Au moment où vous entendez votre nom, qu’est-ce que vous avez ressenti ?
D. Z : Franchement, je ne sais pas comment le décrire. C’était trop d’émotion. Ça me dépassait. C’était un mélange de réalité et de rêve, de surprise et de joie. Tout était vraiment mêlé. Quand j’ai voulu me lever, on m’a dit de m’asseoir d’abord. On ne m’avait pas encore appelé. Je ne me maîtrisais même plus. Oui, j’étais vraiment comblé, très heureux. Je tremblais même devant le chef de l’Etat. J’ai dû laisser tomber mon attestation parce que j’avais trop d’émotion.
S : Qu’est-ce que ce prix représente pour vous, sur les plans personnel et professionnel ?

D. Z : Ce prix représente beaucoup. C’est un nouveau départ pour moi, une invitation à encore donner le meilleur de moi-même. Parce que je pense que je peux toujours apporter quelque chose. Je ne suis pas à la fin de mon potentiel. J’ai toujours quelque chose à apporter dans la discipline, en EPS, dans le sport et particulièrement en gymnastique.
Ce prix m’invite vraiment à tout donner. Parce que c’est un chemin à parcourir. Ce n’est pas une destination finale. Donc, il faut chercher encore à aller plus loin sur ce chemin. L’excellence n’a pas de fin. C’est un chemin qu’on doit découvrir à chaque fois. Et ça doit nous mener loin.
S : Comment le vivez-vous au quotidien ?
D.Z : Je le prends avec beaucoup d’humilité. Je suis toujours moi-même. Je suis fier de ce prix.
S : Comment le prix a-t-il été accueilli par vos collègues et votre établissement ?
D.Z : Je suis très satisfait du soutien autour de ma personne. Les autorités, ma hiérarchie, mes collègues, tous étaient vraiment mobilisés. C’est un soutien sans faille. Ils m’ont vraiment accompagné. Ils m’ont félicité et ils m’ont donné encore envie d’aller de l’avant. Parce qu’ils se sont retrouvés aussi dans ce prix, puisque cela fait la fierté, d’abord, de l’établissement, de la province et de la région de Oubri.
S : Aujourd’hui, selon vous, dans votre dossier, quels sont les éléments qui vous ont permis d’attirer particulièrement l’attention des membres du jury ?
D. Z : Dans mon dossier, ce qui a déjà fait la différence avec les camarades lauréats, j’ai cru comprendre que personne n’avait été décoré, sauf moi. Donc, c’était déjà un atout pour moi. Aussi, j’ai un master dans ma discipline. J’ai produit des documents pour les professeurs de gymnastique. J’ai formé des collègues en gymnastique. J’ai participé à la rédaction du référentiel des examens au niveau de l’EPS. J’ai également participé à l’élaboration des nouveaux enchaînements gymniques qui entrent en vigueur cette année. J’ai aussi participé à de nombreux ateliers auprès de mes encadreurs pédagogiques. J’ai également participé à des formations à l’extérieur. Je crois que tout cela a enrichi mon CV.
Sur le plan extrascolaire, depuis 2018, après les cours, j’encadre les mêmes élèves que j’enseigne. Donc, pendant les vacances, nous participons à beaucoup de compétitions. A la rentrée, nous revenons avec des médailles du championnat national. De 2018 à 2026, nous avons remporté près d’une trentaine de médailles. En 2025, c’est cinq médailles d’or. En 2026, nous avons remporté 12 médailles, dont 10 en or et deux en argent. Je pense que cela a joué en ma faveur.
S : Aujourd’hui, percevez-vous cette distinction comme la preuve que l’EPS est une discipline comme toute autre ?
D. Z : Bien sûr. Je dis aux apprenants que l’EPS est un tout. C’est la super matière pour moi. Quand je suis là, tout tourne autour de l’EPS. A travers ce prix, les gens comprennent que l’EPS est une discipline vraiment transversale. En EPS, on fait des mathématiques, de la physique-chimie, de l’histoire, toutes les disciplines. C’est la seule discipline qui prend en compte et agit sur toutes les dimensions de la personne : physique, intellectuelle, morale, culturelle et affective. Or, les autres disciplines, c’est uniquement l’intellect. Nous, on fait bouger. Sans l’EPS, les élèves seraient assis à longueur de journée, sans bouger. En plus de les faire bouger, on leur inculque des valeurs. Cela fait que c’est une discipline complète. Quand on ne l’a pas compris, on pense que l’EPS se limite à leur faire faire deux tours du terrain, à courir… Non. L’EPS se suffit.
S : Quelle est la plus-value que vous apportez, surtout dans votre manière d’enseigner ?
D. Z : Mon défi, c’est de faire en sorte que l’apprenant ne se dise pas que ce qu’il a fait, il l’a déjà vu. Je ne veux pas faire une séance et que l’élève se dise que c’est ce qu’on a vu hier. Je fais tout pour rendre mon cours très
attractif.
S : Concrètement, qu’est-ce que vous faites pour que ce soit différent ?
D. Z : Par exemple, les élèves de sixième découvrent l’Anglais. Lorsqu’on doit compter, par exemple, le nombre d’élèves par groupe, on compte en Anglais. C’est une manière de répéter les nombres en Anglais. Si on doit utiliser les lettres de l’alphabet, c’est la même chose. Donc, on trouve toujours le moyen de faire réviser les autres disciplines dans le cours d’EPS.
S : Comment aidez-vous les élèves à combler leurs difficultés ?

D. Z : J’ai développé mon style. Moi, en EPS, je donne des exercices de maison. C’est du jamais vu. Ce que je dis, c’est en pratique. Ce n’est pas en théorie. En théorie, on peut bien donner des exercices, mais moi, en pratique, je donne des exercices de maison. Quand je me rends compte que ça ne va pas, je t’appelle à côté et je te dis : « Vu que tout le monde a réussi à le faire sauf toi, ce qui te reste à faire, c’est de répondre à cela à la maison, à ton rythme ». Beaucoup écoutent mes conseils, les appliquent et rattrapent leur retard à la séance suivante.
S : Selon vous, quelle est l’importance de l’EPS pour un élève ?
D. Z : L’EPS est une discipline qui façonne la personnalité de l’élève dans toutes ses dimensions. Quand on est en bonne santé, c’est là qu’on peut parler de l’école. D’un point de vue physique, l’EPS a des avantages
incommensurables. D’un point de vue moral, avec les jeux de rôles, les
responsabilités, tout cela… on apprend aux enfants à développer des valeurs sociales. Les différentes actions qu’on enseigne amènent l’élève à développer son intellect.
S : Quelles sont les principales contraintes de l’EPS ?
D. Z : Les contraintes, c’est surtout le manque de matériel. On n’a pas de gymnases ni de complexes sportifs. Malgré le peu de moyens, on arrive à avoir de bons résultats. Donc, souvent, j’imagine ce que nous pourrions faire si vraiment nous avions les moyens de travailler. Naturellement, le
Burkinabè est athlétique. En sport, on ne force pas trop.
S : Selon vous, le sport scolaire est-il actuellement vraiment valorisé au Burkina Faso ?
D. Z : L’engouement autour des compétitions sportives scolaires n’est plus comme avant. Aujourd’hui, c’est organisé par trois ministères. On a ceux qui donnent l’argent, le ministère des Finances, ceux qui ont la matière première, le ministère de l’Enseignement secondaire et ceux qui organisent, le ministère des Sports. Je pense que ceux qui ont la matière sont ceux qui doivent organiser. Chaque année, on a des collègues qui se retirent. Cela fait qu’il n’y a plus d’engouement comme avant. Au niveau régional, il y a eu des disciplines dans lesquelles, il n’y a pas eu de compétitions. Quand on fait le ratio entre les établissements et les inscriptions, on se rend compte que les gens ne s’y intéressent plus.
Et, c’est dommage.
S : Aujourd’hui, comment peut-on relancer ces activités pour faire du sport scolaire un véritable levier de détection des talents sportifs ?
D. Z : Pour moi, il faut mettre les moyens, notamment financiers. Il faudra créer un cadre pour échanger véritablement sur ce problème, pour que ceux qui ont la matière se donnent et qu’ils soient davantage impliqués. Il faudrait trouver une formule pour que les compétitions sportives scolaires ne meurent pas. Beaucoup de collègues sont découragés. Il faut trouver un moyen de motiver les gens. Il y a des talents sportifs dans les écoles. Des talents bruts à extraire. Si on baisse les bras, ce n’est pas intéressant. Donc, il faut accompagner les apprenants, leur offrir un cadre d’expression pour affiner leur talent. C’est la relève du sport burkinabè.
S : Quels conseils pouvez-vous donner à un jeune qui hésite à embrasser le métier d’enseignant d’EPS ?
D. Z : Ce sont des mots d’encouragement pour dire qu’il ne faut pas venir dans une profession ou exercer un métier où l’on n’est pas content. Alors, si c’est quelque chose qui vous tient à cœur, il faut y aller. Il faut chercher à comprendre et s’engager. Je dirai à ceux qui s’intéressent vraiment à l’éducation physique de ne pas se gêner, de ne pas être complexés. C’est un emploi comme tout autre qui nourrit son homme. Je pense que c’est un vaste chantier parce qu’il y a beaucoup à faire en EPS. L’EPS est liée à plusieurs domaines. Aujourd’hui, on parle d’économie du sport, d’histoire du sport, de géographie du sport, de géologie du sport, de journalisme sportif.
S : Aujourd’hui, si vous aviez un message à l’endroit des décideurs pour aider à développer l’enseignement de l’EPS, quel serait-il ?
D. Z : Je dirais aux autorités que c’est le sport et la culture qui vendent l’image d’un pays. Quand on parle du Burkina Faso, c’est la culture ou c’est le sport. Alors, il ne faut pas hésiter. Il faut mettre les moyens dans le sport parce que c’est là que je suis. C’est un domaine qui aide véritablement un pays à s’ouvrir au monde. Il permet de hisser notre drapeau partout. Je suis dans le monde sportif et je sais que, si on met les moyens dans le sport au Burkina Faso, je ne vois pas une nation en Afrique qui pourrait nous battre.
Si on donne les moyens, si on met en place les infrastructures et les équipements nécessaires, je suis sûr qu’en Afrique, quand on parlera de sport, on citera, le nom du Burkina Faso. En athlétisme, on fait déjà des choses incroyables. Mais quand vous voyez dans quelles conditions les athlètes s’entraînent et obtiennent ces résultats, on imagine un peu ce que cela donnerait si c’était dans de meilleures conditions. C’est la même chose chez nous en gymnastique. Nous aussi, nous n’avons pas les moyens. On travaille et on prend des risques. Naturellement, le Burkinabè est assez courageux. Mais, on a vraiment besoin de moyens dans les établissements pour donner aux apprenants le goût du sport.
S : Après ce titre, quels sont vos prochains défis ?
D. Z. : Les défis sont énormes. Le premier, c’est de maintenir ce niveau d’engagement. Ensuite, c’est de le surpasser. C’est véritablement faire mieux que ce que j’ai eu à faire jusque-là. Donc, c’est de ne pas décevoir. Tant que je peux apporter quelque chose, je n’hésiterai pas. Nous allons continuer à fournir plein d’efforts et à faire des sacrifices.
Interview realisée par
Djakaridia SIRIBIE






