Le récent bombardement de l’aéroport international de Riyadh par les forces Houthis yéménites avec une dizaine de morts à la clé traduit une vérité implacable que le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, n’a de cesse d’affirmer, à savoir que « les faibles vont disparaitre ». Si nous n’en sommes pas encore à cette extrémité, s’agissant de l’Arabie saoudite, il faut dire que la trajectoire géopolitique et militaire du royaume des Seoud le prédisposait à la situation délicate dans laquelle il se trouve aujourd’hui et qui illustre le renversement des alliances qui est en train de s’opérer au Proche et Moyen-Orient après le conflit tripartite Iran-Israel-Etats-Unis qui a plus ou moins confirmé l’émergence de l’Iran comme force politique et militaire dominante dans cette région tourmentée.
On a vu qu’en dépit du déluge de feu qui s’est abattu sur lui et la quasi décapitation de sa direction politique et militaire, l’Iran, loin de s’effondrer a opposé une résistance farouche à ses deux ennemis au point d’apparaître comme le vainqueur moral de la guerre avec le contrôle du détroit d’Ormuz qui lui permet de contrôler et réguler près du tiers des flux pétroliers mondiaux. Une position de force qui en fait un interlocuteur de poids dans la fixation des prix du baril selon qu’il ferme où ouvre le « robinet » par le biais de ce détroit stratégique.
Outre cet atout majeur dans sa manche, Téhéran dispose d’un autre « as de pique par le biais de ses alliés yéménites qui ont la mainmise sur le détroit de Bab El Mandeb, autre passage clé du commerce international.
Cet axe de la résistance qui n’a jamais fait mystère de sa volonté d’en finir avec la dynastie des Seoud soupçonnée d’apostasie depuis qu’elle a autorisé l’ouverture de débits de boissons en terre sainte de l’Islam veut donc terminer le travail, avec cette fois-ci la « bénédiction » des USA pour deux raisons principales. La première c’est que Trump n’a pas trop apprécié la tiédeur de l’engagement de Riyadh dans le récent conflit moyen-oriental, le pays étant resté sur la défensive, malgré les injonctions de Washington. La deuxième raison et la plus importante réside dans le fait que l’effondrement de l’Arabie saoudite permettrait aux Occidentaux de reprendre directement la main sur ses immenses ressources pétrolières et se tailler ainsi un matelas de sécurité sur cette ressource stratégique. Devenu le « ventre mou » régional, l’Arabie saoudite retrouvera donc sa vocation première, à savoir une « éponge de pétrole ».
Un nouveau grand jeu à l’envers, dans la mesure où à la fin du 19e siècle, il s’agissait d’en faire un Etat fort face à la menace turco-perse. Les Etats, c’est connu, n’ont que des intérêts et le Prince héritier Omar Ben Salman le découvre à ses dépens. Sa survie réside dans la « vassalisation » du royaume et dans le ravalement de sa vocation de puissance régionale. Le rapprochement observé entre Moscou et Washington ces derniers jours, ne présage rien de
bon pour lui, pas plus que pour le Président ukrainien Zelensky dont la tête est
elle aussi sur le billeau pour permettre au gaz russe de couler vers un Occident en voie de réfrigération avancée. Qui a dit que les faibles vont disparaitre ?
Boubakar SY



