Avons-nous de la mémoire ?

Dans l’ambiance festive du plus grand rendez-vous cinématographique du continent, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), le cri du cœur du président du comité national d’organisation, Yacouba Traoré, qui a avoué avoir été obligé de recourir à l’Institut national de l’audiovisuel (INA) de France, est passé comme un aveu d’impuissance. Mieux, un appel afin que dès maintenant, tout soit mis en œuvre pour éviter que demain, dans cinquante ans, voire plus, nous ne soyons plus obligés de courir ailleurs pour demander nos archives.

Ainsi donc, ce qui aurait pu être le moins difficile à retrouver nos propres archives ayant un lien avec la première édition du FESPACO en 1969, ni les archives nationales, encore moins la télévision nationale ou tout autre structure au plan local n’avait de trace. De sorte que pour le cinquantième anniversaire du FESPACO, il a fallu prendre l’avion pour retrouver les premières images du festival à l’INA en France. Ce parcours du combattant, que le président du comité d’organisation de la biennale a révélé durant la cérémonie d’ouverture, doit nous amener à une réflexion profonde. Pour le FESPACO 2069, avons-nous songé déjà à archiver l’édition cinquantenaire, afin d’éviter au président du CNO d’aller à Paris, où ailleurs sur la planète pour glaner les belles images de ce témoignage d’un festival en or massif comme l’a si bien écrit l’éditorialiste du hors-série que Sidwaya offre comme contribution à la fête du cinéma ?

Pour illustrer par un proverbe populaire, les archives ou la mémoire sont comme cette partie du corps humain qui n’a d’intérêt que quand vient le moment de s’assoir. Notre pays, nos pays ont saisi au bond la promesse faite par le président français, Emmanuel Macron, de rétrocéder nos objets cultuels achetés, dérobés, en tous les cas, nos objets qui renferment notre histoire, notre cheminement et qui concentrent parfois notre avenir. En attendant la rencontre proposée par le président français pour «réunir à Paris au premier trimestre 2019 l’ensemble des partenaires africains et européens» pour définir le cadre d’une «politique d’échanges d’œuvres d’art», il y va, nous le pensons, de notre engagement aussi à faire en sorte que nos images et nos valeurs soient sauvegardées sur le continent.

Comment faire pour que dans cinquante ans, parfois moins, nous puissions exhiber avec fierté ces moments historiques qui meublent notre présent, et qui ont vocation à garder le lien avec notre ascendant ? Avons-nous seulement tiré leçon, et gardé à l’esprit qu’il faut absolument mettre en bonne place, nos actions du jour ? Le pays des Hommes intègres dans sa riche histoire a des grands moments pour lesquels le peuple souhaite ne pas faire forcément le déplacement de l’Institut français d’Afrique noire à Dakar, ou de l’Institut national de l’audiovisuel à Paris pour reconstituer le fondement.

Mais, si le 6 janvier 1966, l’excuse de nos grands parents peut se retrouver dans le fait que la Haute-Volta, nouvellement indépendante, ne comptait pas vraiment un vivier dense de fils ou de filles pour songer à mémoriser cette insurrection, révolution, en tout cas ce mouvement populaire.

Cette excuse peut être édulcorée le 4 août 1983, ou l’icône de la Révolution, Thomas Sankara, a écrit les pages de la marche du peuple burkinabè dans l’histoire universelle. Que dire du mouvement insurrectionnel des 30 et 31 octobre 2014 ? Aucun évènement majeur de la vie du Burkina depuis son accession à la souveraineté nationale et internationale n’a donné droit à autant de productions intellectuelles que la récente insurrection. Sur le plan littéraire, tous les genres ont été expérimentés.

De la dramaturgie à la poésie en passant par le roman de fiction, des nouvelles. N’est-il pas temps que l’autorité, le ministère en charge de la culture, songe déjà à rassembler toutes ces productions qui constituent les mémoires de ce passé récent pour l’avenir ? Si demain, dans un quart de siècle, un siècle, voire plus, la trace de l’insurrection devra s’écrire sur le «il parait, il semble» qui marque l’oralité, alors, tous ceux qui ont fait l’insurrection où qu’ils soient en ce moment, devront tirer les leçons.

Jean Philippe TOUGOUMA

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