Moustiques OGM : «Le Burkina Faso a tous les garde-fous», Roger Nébié, délégué général du CNRST

Directeur de recherche en chimie organique, Roger Nébié est le délégué général du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) depuis 2014. Il évoque dans cette grande interview accordée à Sidwaya, courant février 2019, les acquis engrangés, les questions liées au coton OGM, le projet Target Malaria et bien d’autres aspects relatifs à son institution.

Sidwaya (S.) : Présentez-nous le CNRST ?

Les activités de recherche ont démarré dans les années 1920 au Burkina.(Ex-Haute-Volta)

Roger Nébié (R.N) : Pour présenter le CNRST, il faut refaire l’historique. Les activités de recherche au Burkina Faso, ex-Haute-Volta ont démarré depuis les années 1920. Il y a eu d’abord la création de la station de Saria vers Koudougou en 1923, ensuite celle de Niangoloko et après Banfora en 1948 par les colons français à l’époque. Dans ces stations, on faisait des recherches adaptées sur certaines cultures, notamment les céréales traditionnelles à Saria et les oléo- protéagineux comme l’arachide, le soja, etc. Il y a eu ensuite la création en 1949, de la section Haute-Volta de l’Institut français d’Afrique noire où se menaient des recherches dans les sciences humaines et sociales. A la longue, cela a évolué pour donner naissance au Centre voltaïque de la recherche scientifique (CVRS) en 1965. Après, il y a eu une réorganisation pour donner le CNRST en 1978. Depuis 2002, le centre a le statut d’Etablissement public à caractère scientifique, culturel et technologique. Outre la délégation générale, structure dirigeante et de coordination située en face de l’Hôpital Yalgado-Ouédraogo à Ouagadougou, les recherches se déroulent dans quatre instituts. Il y a d’abord l’Institut de l’environnement et de recherche agricole (INERA) qui intervient dans le domaine agricole et les productions forestières et l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS). Comme son nom l’indique, cette structure travaille beaucoup dans les domaines de la santé publique, la médecine traditionnelle et la pharmacopée. Il y a également l’Institut des sciences des sociétés (INSS) qui traite des sciences humaines et sociales, de l’anthropologie, la sociologie, le droit, etc. Enfin, il y a l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologies (IRSAT) dont je relève. Il travaille dans les domaines de l’énergie, la mécanisation, la technologie alimentaire, les substances naturelles … Aujourd’hui, nous avons 1016 agents. Le centre est présent dans 19 localités, surtout l’INERA qui est très décentralisé. Nous avons près de 47 programmes de recherche et plusieurs laboratoires. A Ouagadougou, il y a le siège des quatre instituts et la délégation générale. L’IRSS et l’IRSAT ont deux sites.

S. : A ce jour, quels sont les principaux acquis de votre structure ?

R.N : Si nous devons tout énumérer, nous allons passer des heures. Dans le domaine de la recherche agricole et forestière, plusieurs variétés de cultures pour la production végétale ont été mises au point par l’INERA. Il y a plus de 400 variétés, dont du maïs à haut rendement. Nous faisons actuellement à travers l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche (ANVAR) et le financement de l’UEMOA, la vulgarisation de ces maïs aussi bien au Burkina Faso que dans les pays-membres de l’Union, notamment le Mali et le Niger, car ce sont des variétés qui peuvent produire jusqu’à huit tonnes à l’hectare. Dans le domaine forestier, il y a le greffage de certains arbres comme le karité, le néré et le baobab pour réduire le cycle de production. Nous avons également mis au point des formules d’aliments pour bétail utilisés pour l’embouche. Au niveau de la recherche en sciences de la santé, nous avons plusieurs acquis, notamment le FACA, un produit mis au point à partir des plantes médicinales locales pour combattre la drépanocytose. Le FACA est commercialisé aussi bien au Burkina Faso que dans plusieurs pays du monde dont l’Afrique centrale, Israël et les Etats-Unis d’Amérique. En décembre passé, lors d’une session de notre conseil scientifique, les membres ont recommandé au CNRST de trouver une solution pour produire et mettre à la disposition des malades un produit comme le FACA. En dehors de cela, l’IRSS a près de six autres formulations qui sont en attente de validation clinique, car dans le domaine de la santé humaine et même animale, lorsque vous mettez au point une formulation, il faut tout un itinéraire d’essais. Vous faites des essais sur des candidats et on évalue un certain nombre de données qu’on collecte à travers des rapports. C’est à la suite de cela que le produit est autorisé ou pas par le comité d’éthique. Malheureusement, les contraintes de financements posent souvent problème pour conduire ces essais cliniques. L’IRSAT a également de nombreux résultats. On peut citer par exemple les différentes formes de biscuit mis au point à partir des céréales, des patates et des ignames locales. Il y a aussi les techniques de conservation des aliments, et celles de transformation. On montre comment on conserve l’oignon de même que la tomate. Nous formons également différents acteurs, dont des femmes par exemple, pour la production du beurre de karité à partir d’un recensement de techniques qui existent au niveau local. L’IRSAT a le premier laboratoire qui a été accrédité au niveau du Burkina Faso en matière d’analyse pour accompagner les exportateurs de denrées alimentaires. C’est un outil qui est à la disposition des exportateurs. C’est un laboratoire certifié. Une fois que les analyses sont faites, elles permettent de certifier de la bonne ou mauvaise qualité des produits. Les résultats de nos analyses ne sont pas contestés dans les laboratoires européens. Ce laboratoire a une filiale à Bobo-Dioulasso. Au niveau de l’INSS, il n’y a pas mal d’acquis. La carte linguistique du Burkina Faso a été élaborée. Elle matérialise tous les groupes sociaux linguistiques du pays. C’est un outil formidable que le ministère en charge de l’éducation peut utiliser s’il veut utiliser les langues nationales dans l’enseignement. Toujours à l’INSS, il y a des archives audiovisuelles des années 1920 à aujourd’hui qui peuvent être consultées par les chercheurs, les historiens. Cela est inédit. Il y a aussi de nombreuses productions littéraires sur l’histoire du royaume de Ouagadougou, de Boussouma, etc. Il y a donc de nombreux acquis engrangés par les instituts du CNRST.

S. : : La plupart de ces résultats sont méconnus du grand public. Qu’est-ce qui explique cela ?

R.N. : On nous fait souvent ce reproche. Pour remédier à cette situation et lever toutes ces contraintes, afin de permettre une meilleure connaissance du CNRST et de ses résultats, nous avons maintenant un chargé de communication. En plus, nous avons démarré en 2016, des journées portes ouvertes. La première édition s’est tenue au siège du CNRST à Ouagadougou. La deuxième en 2017 a eu lieu à Bobo-Dioulasso à la direction régionale de l’IRSS. En 2018, la troisième édition a eu lieu à Ouagadougou à l’IRSS sous le thème «La contribution de la recherche scientifique au CNRST pour l’atteinte des Objectifs de développement durable». L’objectif est de faire découvrir tous nos résultats, nos experts et les instituts, car beaucoup de gens pensent que le CNRST se limite à son siège sis en face de l’hôpital Yalgado-Ouédraogo.

S. : Outre l’insuffisance de la communication, il est reproché au CNRST de ne pas suffisamment impliquer les jeunes dans la recherche. Que pouvez-vous dire sur le sujet ?

R.N. : Lorsqu’en janvier 2011, il a été créé le ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation dont dépendait le CNRST, une étude a été menée pour évaluer le potentiel au niveau du centre. Les chiffres étaient alarmants. La communauté des chercheurs était très vieille et il fallait la renouveler. Mais ce qui a occasionné le vieillissement de la communauté des chercheurs n’est pas seulement inhérent au CNRST, mais également au système universitaire. Pendant longtemps, à cause des Programmes d’ajustement structurels (PAS), il n’était plus permis de recruter des chercheurs ou des enseignants- chercheurs. Par contre, les recrutements étaient autorisés au primaire et au postprimaire. Il se disait que l’enseignement supérieur et la recherche étaient des luxes pour les pays pauvres comme le Burkina Faso. Aujourd’hui, les autorités ont pris conscience que la recherche est nécessaire comme socle de développement. D’ailleurs, le Plan national de développement économique et social (PNDES) le dit clairement. Ces derniers temps, on a lancé la construction de lycées scientifiques, l’école polytechnique de Ouagadougou a été créée et il y a la préparation aux grandes écoles. Il faut qu’on revienne forcément à la science, car il faut mieux comprendre les choses, mener des expérimentations et proposer des voies de développement. En 2012, il y a eu un plaidoyer qui a abouti. A partir de 2013, Il y a eu des recrutements. Sur 100 postes ouverts, nous avons pu pourvoir 96. En 2014, 91 chercheurs ont été recrutés, puis 55 l’année suivante. En 2018, 19 chercheurs ont été enrôlés. C’est un processus qui se poursuit. Mais lorsque, les jeunes chercheurs arrivent dans les structures, les défis sont énormes. En effet, le financement de la recherche est l’une des contraintes majeures. Les statistiques montrent que les activités de recherches sont financées essentiellement à partir des réponses des appels à projets auxquelles nos équipes participent. Il y a des appels à projets qui sont faits au niveau national avec le Fonds national pour la recherche, l’innovation et le développement (FONRID) qui n’a démarré qu’en 2012. Mais avant cela, la recherche existait. Nos équipes postulent essentiellement aux appels à projets lancés par un certain nombre de bailleurs de fonds, dont la Fondation Bill et Mélinda Gate, l’Union européenne… Quand ça marche, c’est déjà une équipe constituée. S’il n’y a donc pas la possibilité d’impliquer les nouvelles recrues, c’est difficile. Nous pensions qu’avec l’adoption de la loi d’orientation de la recherche et de la politique nationale de la recherche en 2013, il y allait avoir un changement, car il y a un dispositif qui est prévu pour le financement de la recherche notamment en faisant des prélèvements de 0, 2% des recettes fiscales , des prélèvements sur les recettes liées à la téléphonie, aux mines. Malheureusement, malgré les interpellations, il n’y a toujours pas d’application de ces textes. Si cela était fait, nous aurions au niveau national, un fonds assez conséquent pour financer les activités de recherche et les priorités allaient être mieux identifiées. Si la plupart des activités de recherche sont la réponse à des appels d’offres au niveau international, ce sont les priorités du bailleur qui sont prises en compte, même si elles ne sont pas forcément en phase avec celles de votre pays. Elles ne peuvent pas être modifiées. En outre, si une équipe constitue un consortium avec l’université de Ouagadougou, de Koudougou ou Bobo-Dioulasso et que le projet marche, c’est difficile s’il n’y a pas d’ouverture pour associer d’autres. Quand on recrute, c’est parce qu’on a besoin du personnel, mais parfois l’absence de fonds pour mener les recherches fait qu’on a l’impression que certains ne sont pas impliqués.

S. : Vous avez tantôt parlé du FACA. Ce produit a fait l’objet de polémiques entre des chercheurs. La tempête est-elle passée ?

R.N. : Lorsqu’un produit est mis au point, il y a une procédure pour le mettre sur le marché. Le FACA a une autorisation. Lorsque l’alerte a été faite, le ministère de la Santé a diligenté une investigation. Le rapport montre qu’il n’en était rien. Tous les contrôles ont été faits. S’il y avait un problème, le produit allait être immédiatement retiré. Il n’y a pas de polémique. Le FACA est commercialisé de par le monde. Il permet de résoudre un problème. Maintenant, il faut passer à l’étape industrielle qui n’est malheureusement pas du ressort du CNRST. Il faut donc communiquer sur le produit et voir toutes les stratégies avec le ministère en charge de la recherche scientifique et de l’innovation pour que le FACA soit développé à l’échelle industrielle.

S. : Il y a une autre polémique qui concerne les moustiques OGM à travers le projet Target Malaria. En tant que chercheur, est-ce que vous vous reconnaissez dans les résultats engrangés ?

R.N. : Le projet Target Malaria est exécuté par l’IRSS notamment par la direction régionale de Bobo-Dioulasso. En tant que chercheur, nous travaillons toujours à proposer des solutions par rapport à une problématique donnée. Si nous prenons le problème lié au paludisme, il est majeur. En plus des moustiquaires imprégnées chaque année, des molécules antipaludiques sont développées, mais nous constatons que le paludisme continue de faire des ravages. Pour moi, le projet Target malaria est une investigation en cours avec des pays d’Afrique et d’Europe. C’est pour arriver à proposer une solution à un problème donné. A chaque fois que nous parvenons à un résultat, c’est une solution. Mais tant que ce résultat n’est pas utilisé, ce n’est pas une innovation. En tant que scientifiques, nous avons l’obligation, le devoir d’investiguer et d’offrir des solutions à un problème donné. Maintenant, il appartient aux autorités d’autoriser telle solution ou pas. Actuellement, nous sommes aux phases de laboratoires, d’investigation pour déterminer tous les paramètres du moustique avec un gène modifié, la dynamique de la population. Par rapport à Target malaria, le Burkina a tout le dispositif juridique, les garde-fous nécessaires pour veiller aux problèmes. A chaque étape, il faut aller à l’Agence nationale de biosécurité exposer le problème. Le comité d’experts évalue le risque. S’il est élevé, il ne va jamais l’autoriser. Il est obligatoire de passer par cette agence pour tout ce qui concerne les OGM. En tant que chercheur, nous n’excluons rien. Nous faisons toujours les expérimentations en respectant les garde-fous, les codes d’éthiques en la matière. Quand nous atteignons un résultat, nous nous référons toujours à notre hiérarchie. Maintenant que ce résultat soit utilisé ou pas, dépend d’une décision politique. Lorsque le Burkina Faso a décidé il y a quelques années d’aller dans la culture du coton BT, c’était une décision politique.

S. : Certains y voient un danger malgré les assurances des instituts de recherches. Les moustiques OGM présentent-ils des dangers ou non pour la santé humaine ?

R.N. : Cette question est valable pour tout ce que nous faisons. Elle équivaut à demander si avaler des médicaments n’a pas de conséquences. Bien sûr qu’il y en a. Nous sommes à une phase d’expérimentation et c’est un milieu contrôlé. Pour couper court à la polémique, il faut souligner que ce sont des moustiques mâles qui sont concernés, or ces derniers ne piquent pas l’homme.
On nous enseigne depuis l’école primaire que ce sont les moustiques femelles qui piquent et transmettent la malaria. Qu’à cela ne tienne, tout sera vérifié. A la fin, en fonction des différents rapports d’étape qui seront faits, nous nous retournerons vers l’Agence nationale de biosécurité pour voir si nous avançons ou arrêtons le processus. Pour l’instant, c’est une démarche purement scientifique.
S. : Certains paysans réclament le retour du coton BT. En tant que scientifique, pensez-vous que c’est la solution ?

R.N. : Tout dépend des contraintes observées sur le terrain qui font que des agriculteurs réclament le retour du coton génétiquement modifié. L’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) est en concertation avec l’INERA qui a un programme coton. Des discussions sont en cours sur tous les problèmes de la filière coton et des propositions à faire pour avancer. Toutes les filières ont des contraintes qui peuvent être liées à la qualité des semences, des intrants agricoles et à la nature du sol. A un moment donné, l’AICB avait discuté avec Mossanto, le partenaire principal et ils ont décidé d’arrêter la production du coton génétiquement modifié, car il y avait des raisons vérifiables qui montraient que cette voie n’était pas suffisamment rentable sur le plan commercial. Mais pour revenir à ce qui avait été abandonné, il y a un préalable parce qu’il faut bien maîtriser à 100% la technologie au niveau national. Avant, on dépendait d’un organisme de recherche étranger qui fournissait les semences intro graissées pour la production. Il faut en plus que ce soit une décision collégiale.

S. : Mais en tant que scientifique pensez-vous que le coton BT est la meilleure option pour la filière ?

R.N. : J’ai eu l’occasion de visiter des champs de coton en Inde et au Brésil. Il y a des gens qui font du coton biologique et d’autres du coton génétiquement modifié. Au Burkina Faso, l’avantage de la culture du coton BT est qu’il réduisait le nombre de traitements. Malheureusement à un moment donné, l’interprofession a signalé, à celui qui avait intro graissée le gène BT dans des variétés mises au point par l’INERA, qu’il y avait un raccourcissement de la fibre. Cela ne permettait donc pas d’avoir les revenus escomptés.
Le problème pouvait être résolu par la recherche, malheureusement, les deux parties ne se sont pas entendues. En outre, les conditions juridiques ne le permettaient pas puisque celui avec qui nous avions la copropriété ne l’a pas autorisé. En tant que scientifique, toutes les options sont à considérer. Il y a une usine d’égrenage de coton biologique en construction, c’est une bonne chose. Ainsi, certains produiront le bio tandis que d’autres feront autre chose. Je n’ai rien contre le coton génétiquement modifié, mais il faut qu’on maîtrise tous les contours, avoir le plateau technique adéquat, qu’on puisse faire toutes les expérimentations correctement. Là, nous offrons une solution à nos autorités. Aujourd’hui, c’est sûr qu’on ne saurait se satisfaire d’une seule solution, étant donné que les contraintes sont multiples et diverses. Il faut toujours avoir une flèche dans son carquois à égrener en cas de problème.

S. : Lors de la dernière campagne, des producteurs avaient dénoncé la qualité des engrais et des pesticides. Est-ce que le CNRST s’était saisi du problème  et quel est votre point de vue sur le sujet ?

R.N. : Nous avons appris le problème à travers la presse et des partenaires. Lorsque les commandes d’engrais sont faites, les contrôles ne sont pas exécutés par le CNRST, mais par d’autres organismes. Le CNRST ne peut donc pas se prononcer sur la question, parce qu’il n’a pas été chargé des analyses de qualité. Toutefois, le rendement n’est pas exclusivement lié aux fertilisants. Il y a d’autres facteurs à prendre en compte.

S. : Actuellement, 90% du financement de la recherche sont assurés par l’Etat burkinabè et quelques partenaires extérieurs. Ne voyez-vous pas le risque que le CNRST disparaisse au cas où l’Etat viendrait à réduire drastiquement le financement?

R.N. : La part du financement de l’Etat dans le budget global du CNRST est passée de 30% à 40% en 2016 et plus de 60% en 2017. Ce financement est essentiellement utilisé pour les investissements, les infrastructures, les salaires des agents et le fonctionnement. Il ne suffit pas pour régler toutes les dépenses incompressibles. Le financement des activités de recherche se fait essentiellement à partir des appels à projets extérieurs et ceux du FONRID. A ce niveau, l’Etat a fait un gros effort l’année passée, il y a eu beaucoup d’appels à projets auxquels les chercheurs ont participé. En affichant la recherche comme un objectif stratégique à travers le PNDES, il n’y a pas de risque que l’Etat arrête de financer la recherche demain. C’est un outil de souveraineté. Ce que nous souhaitons, c’est que les fonds alloués au FONRID soient de plus en plus augmentés.

S. : Selon vous, pourquoi le secteur privé n’est pas suffisamment impliqué dans la recherche au Burkina Faso ?
R.N. : Nous avons constaté que la participation du secteur privé n’était pas à la hauteur. Cela s’explique par le fait que nous ne nous ouvrons pas assez. Le dernier Forum national de la recherche scientifique et des innovations technologiques (FRSIT) tenu en 2018 a recommandé l’organisation régulière de cadres de concertation avec le secteur privé. Nous nous y attelons à travers nos journées portes ouvertes, des sessions sur des thématiques qui intéressent les opérateurs économiques en association avec la Chambre de commerce et la maison de l’Entreprise.
Car, pour que quelqu’un s’investisse dans quelque chose, il faut qu’il la connaisse. Nous allons donc nous montrer davantage ainsi que les possibilités que nous offrons. Mais déjà, il y a des privés qui investissent dans l’innovation. Un autre problème est que le tissu industriel n’est pas développé au Burkina Faso. C’est en cela, nous saluons la création de technopôles prévue dans le programme présidentiel. Cela permettra d’améliorer la situation. Les résultats de la recherche pourront ainsi valoriser au niveau industriel.

S. : Quel intérêt une banque ou une structure privée a-t-elle à financer la recherche ?

R.N. : L’autorité politique peut leur accorder des facilités. On peut par exemple accorder des allègements fiscaux à ceux qui financent la recherche.
Un opérateur nous a dit que s’il finance la recherche à hauteur de 10 000 000 F CFA par exemple et qu’il n’y a pas de retour, il aura des problèmes lors de la conférence des actionnaires, car c’est la recherche du profit.
L’opérateur économique qui évolue dans un domaine donné peut avoir des contraintes. Il y a quelques années par exemple, l’IRSAT a fait l’audit énergétique d’une unité industrielle de la place.
Elle lui a montré à travers un rapport, comment baisser sa facture d’électricité. En finançant donc l’audit, la société gagne sur le long terme. Avec la transformation des produits locaux, une brasserie de la place peut demander de produire un jus à partir d’un produit donné comme le létharium ou Kaga en mooré. Le résultat de cette recherche appartient en ce moment à la brasserie. Le privé peut donc financer des recherches par rapport à une contrainte qu’il rencontre et disposer des résultats.

Paténéma Oumar OUEDRAOGO
Eliane SOME

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