A l’audition de l’ex-Chef d’état-major général des armées (CEMGA), Pingrenoma Zagré, ce mardi 26 février 2019 au tribunal militaire dans le cadre du putsch manqué de 2015, les avocats de la défense ont constaté des «irrégularités» dans sa déposition.

Le feuilleton des témoignages du procès du putsch manqué de 2015 s’est poursuivi ce 26 février 2019 au tribunal militaire. Toujours à la barre, c’est l’épisode du témoin, l’ex-Chef d’état-major général des armées (CEMGA), Pingrenoma Zagré, qui est «diffusé». Les avocats de la défense ont observé des irrégularités dans sa déposition avec celles de l’ex-DG de la police, Lazare Tarpaga et de l’ancien président de l’ARCEP, Mathurin Bako. Selon Me Latif Dabo, le témoin a affirmé avoir reçu M. Tarpaga non pas sur convocation mais sur initiative personnelle. Pourtant, ce dernier a affirmé à la barre que le général Diendéré l’aurait appelé cinq fois de suite alors que celui-ci était au ministère de la Défense. Mieux, M. Bako, lui, a attesté que c’est le colonel Mahamadi Déka qui l’aurait appelé et lui aurait passé le général aux environs de 19h30. «Curieusement, aucun des témoins n’a confirmé la présence du colonel à la rencontre du 16 septembre 2015», a souligné l’avocat. L’autre fait marquant est l’attitude du témoin. A son premier jour d’audition, le vendredi 22 février 2019, il a déclaré et insisté avoir présidé la réunion du 17 septembre 2015 sans être interrogé sur la question. Cela démontre qu’il a pris connaissance de toutes les déclarations. Il serait donc venu avec des déclarations préparées pour battre en brèche les propos de l’accusé. «Or il est recommandé à chaque témoin de ne prendre connaissance des déclarations des accusés que quand il est à la barre. Nous considérons donc qu’il y a eu des divergences entre les autres témoignages», a fait observer M. Dabo. Et Me Olivier Yelkouni de poursuivre que l’ex-CEMGA serait venu juste pour une formalité. Pour lui, si la hiérarchie a marqué un refus catégorique au coup de force, alors, pourquoi le témoin ne l’a pas réaffirmé devant la troupe à la rencontre de médiation ?

A cette question de Me Yelkouni, l’ambassadeur du Burkina Faso à Accra a expliqué que les soldats lui auraient manqué du respect. «De mon rang de CEMGA, ils me doivent du respect. Malheureusement, j’ai constaté un manque de respect. C’est pourquoi, j’ai préféré ne pas m’exprimer. Mon objectif était la libération des otages, chose qui fut faite», a-t-il laissé entendre. «Alors, pourquoi avoir autorisé la mission héliportée ?», a demandé l’avocat. «Je n’étais pas au courant et je n’ai jamais donné d’ordre pour cette mission. Nous n’avions fait aucune demande de matériel de maintien d’ordre», a répondu l’ex-CEMGA. Pour l’avocat, si l’armée avait refusé le putsch, l’ex-CEMGA ne se serait pas rendu à l’aéroport pour accueillir les chefs d’Etat de la CEDEAO, le 18 septembre 2015. Mais le témoin ne cautionne pas cette version. Il aurait reçu des appels de ses collègues du Togo et du Bénin, annonçant l’arrivée des chefs d’Etat et par devoir de leur rendre des honneurs, il se serait rendu à l’aéroport.

Position confuse de l’armée

Me Idrissa Badini, lui, a fait remarquer que c’est parce que le refus n’a vraiment pas été clair. Sinon, a-t-il dit, si toute l’armée était informée de la stratégie du haut commandement, il n’y aurait pas eu l’arrivée d’autres garnisons dans la capitale. C’est d’ailleurs cette action qui a motivé le bombardement du camp Naaba Koom II, le 29 septembre 2015. Tout porte à croire, selon lui, que la hiérarchie n’était pas catégorique, sinon comment se fait-il qu’un communiqué instaurant le couvre-feu ait été signé par le CEMGA. A ce sujet, M. Zagré a rétorqué n’avoir jamais signé de communiqué. «Pourtant, le témoin Stephane Sessouma, un militaire, atteste avoir appris par voie de communiqué l’instauration du couvre-feu et tout refus de patrouiller était assimilé à une rébellion. Cet ordre émanait du CEMGA», a renchéri Me Yelkouni. Mais le témoin est resté ferme. Il a dit n’avoir pas souvenance de ce communiqué. «C’est de la fiction, il ne relève pas de moi », a-t-il contesté. L’interrogeant sur la question de l’arrestation du général, l’ambassadeur a confié qu’une arrestation était risquée et c’est pour éviter de porter atteinte à la vie des autorités séquestrées que cela n’a pas été fait. N’est-ce pas une question de rapport de force?, s’est interrogé l’avocat. « C’est votre appréciation, le tribunal appréciera», a répliqué le témoin.

Cependant à la suite de l’audition de l’ex-CEMGA et bien d’autres témoins, Me Mireille Bary a mentionné qu’il y a des éléments probants à décharge pour ses clients, le général Djibril Ypènè Bassolé, le colonel-major Boureima Kiéré, le capitaine Abdoulaye Dao et le commandant Abdoul Aziz Korogo. Car, selon elle, Kiéré n’a pu faire pression pour la mission de recherche de matériel de maintien d’ordre, Dao n’a pas été à la tête du commando qui a arrêté les autorités, car il était à Banfora et Korogo, lui a œuvré à éviter le pire comme l’a confirmé le témoin. Pour ces faits, elle a demandé au tribunal d’en tenir compte quand viendra le moment du verdict. A la suite de l’ambassadeur du Burkina au Ghana, c’est un autre diplomate, basé au Caire en Egypte, qui a livré son témoignage. Le colonel-major Alassane Moné, SG du ministère de la Défense au moment des faits, a dit avoir reçu un appel du général Diendéré, le 16 septembre 2015, aux environs de 14h30. Le contenu des échanges est précis et bref : «Nous venons de faire mouvement sur Kosyam. Le président Kafando et le Premier ministre Zida ont été mis aux arrêts. Je demande une réunion de la CRAD à 16 heures au ministère de la Défense». Au cours de ladite rencontre, Diendéré a donné les motivations du coup de force. Mais l’assistance regrette son acte et exprime «unanimement et clairement (…) son refus catégorique». Le général a alors demandé à consulter sa base au camp Naaba Koom II, qui a refusé d’abdiquer. Pour lui, l’armée s’est opposée aux putschistes, parce qu’un coup d’Etat ne fait pas partie de ses missions régaliennes.
Aussi, elle a été mise devant le fait accompli. L’audition du témoin continue ce mercredi matin.

Fleur BIRBA
Djakaridia SIRIBIE

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