Lever toute équivoque

Le gouvernement a réaffirmé, le samedi 4 mai 2019, la poursuite du processus de rationalisation du système de rémunération des agents de la Fonction publique. Cette annonce a de quoi rassurer l’ensemble des acteurs qui ont souscrit à cette volonté affichée de trouver une solution pérenne à la question de la rémunération des fonctionnaires afin d’en finir avec le piège sans fin des «cas par cas» entamé avec le corps de la magistrature en 2016. En effet, l’accord entre le gouvernement et la Coordination des syndicats du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement (CS-MINEFID), signé à la suite d’un mouvement sans nom qui a paralysé l’économie nationale, est perçu par certaines organisations syndicales comme «une trahison» de l’esprit de la conférence des forces vives de la nation sur le système de rémunération des travailleurs tenue en juin 2018. Pourtant, à y voir de près, le gouvernement ne s’est pas écarté de ce consensus qui découle de l’opérationnalisation de la mise à plat. L’attitude des syndicats «trahis» procèderait plutôt d’une incompréhension dans ce dossier sensible. D’où la nécessité de lever toute équivoque, pour permettre au processus de se poursuivre normalement. D’un certain point de vue, l’accord avec la CS-MINEFID semble tout droit sorti des manches du gouvernement, alors qu’il fait partie de la batterie de mesures d’accompagnement prescrites par la rencontre. C’est donc sur les recommandations de la Conférence que se fonde l’accord avec la CS-MINEFID. Il s’agit notamment des suggestions relatives à la suppression du fonds commun, à l’instauration d’une prime de motivation correspondant à 25% de la masse salariale ainsi que d’une mesure d’accompagnement prévues par la loi de Finances, gestion 2019. Pour les catégories P, A et I par exemple, les 900 mille F CFA sont l’addition
de la prime de motivation ( 350 000) et la mesure d’accompagnement (550 000), limitée dans le temps, et devant permettre d’honorer les prêts sur fonds communs. Il est difficile alors de trouver dans cet accord avec les financiers, «un cas par cas» préjudiciable à la suite du processus de mise à plat. C’est d’ailleurs les dispositions de la Conférence qui permettent aujourd’hui à l’Etat de poursuivre les négociations avec les travailleurs de l’Education nationale, de la Santé (Fonction publique hospitalière), de la Police nationale, de la Garde de sécurité pénitentiaire (GSP) ainsi que les greffiers, sans que cela ne puisse porter préjudice à la suite des réformes des rémunérations. On pourrait tout au plus déplorer le timing d’un accord qui aurait pu intervenir dès janvier 2019 et un déficit de communication avec les syndicats ayant pris part à la conférence. Ce qui a donné l’impression d’un deal qui n’en est pas un avec les financiers. Et c’est peut-être tirant leçon de cette donne que le gouvernement s’est engagé, au sortir du séminaire consacré aux travaux des techniciens sur la rémunération des agents publics, pour de larges concertations avec les partenaires sociaux et les leaders traditionnels et religieux, en vue de recueillir leurs observations. La conférence de restitution, initialement prévue pour le 30 avril dernier et reportée sine die, pourrait donc intervenir sous de meilleurs auspices. Le temps de s’accorder sur certains points méritant d’être débattus, afin de lever les doutes, car, ne dit-on pas que le diable se trouve dans les détails ? Mais, face à l’enchaînement de préavis de grèves, il y a lieu de faire comprendre que le cap de la mise à plat est bien maintenu, et qu’il ne faut surtout pas se tromper de mot d’ordre ou de combat, au risque de tuer la poule aux œufs d’or.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

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