Fronde sociale: Des revendications tous azimuts

Quatre ans après son arrivée au pouvoir, le  président Roch Marc Christian Kaboré est  toujours confronté à une fronde sociale permanente. Si dans certains secteurs professionnels, c’est l’« accalmie », dans d’autres par contre  les revendications continuent. 

 L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a été le déclic des revendications sociales au Burkina Faso. La satisfaction « totale » de la plateforme revendicative  des  magistrats a ouvert la boite de pandore dans la Fonction publique. Travailleurs de la santé, financiers, greffiers…tous luttent pour de meilleures conditions de vie et de travail. Quatre ans après l’accession de Roch Marc Christian Kaboré à la magistrature suprême, la fronde sociale n’a toujours pas baissé. L’année 2019 est encore marquée par divers mouvements d’humeur. Le samedi 4 mai 2019, le Syndicat national des gestionnaires des ressources humaines (SYNAGRH) de l’Administration publique en a donné le ton, à l’issue d’une assemblée générale extraordinaire. Il a décidé de remettre sur la table son protocole d’accord signé, le 4 août 2017. La structure a alors engagé des mouvements d’humeur, à compter du lundi 6 mai 2019 pour exiger la satisfaction de son protocole d’accord, tout en dénonçant une démarche « mouta-mouta » et une pratique de gestion des revendications salariales et indemnitaires «au cas par cas» du gouvernement.   Tout en balayant du revers de la main, «l’argument du gouvernement disant que les caisses de l’Etat sont vides», le bureau syndical a exigé des gestionnaires et directeurs des ressources humaines du ministère de la Fonction publique, le boycott de travail relatif à la prise de tous les actes de carrière. Cette décision concernait, entre autres, les reversements, les bonifications d’échelons, les intégrations, les retraites, la correction des indemnités et allocations familiales, l’élaboration du budget du personnel, les concours de la Fonction publique, les collectes des données pour la description des postes de travail, les affectations, les régularisations des situations administratives, l’enrôlement biométrique, etc. Le syndicat exigeait, entre autres, la création d’une indemnité de responsabilité financière au profit des GRH, l’indemnité de risque, le renforcement des capacités de leur corps, le relèvement du taux d’indemnité d’exploitation du réseau informatique (SIGASPE), la tenue de la rencontre annuelle entre les GRH et le ministère en charge de la fonction publique. « Aujourd’hui, le SYNAGRH estimant avoir été indulgent et compréhensif  depuis 2016, entend maintenant durcir la lutte pour obtenir la satisfaction de ses revendications », confiait le SG du syndicat, Souleymane Zoromé.

Pas de répit…..

Cette situation a fait planer le doute sur l’organisation des concours directs et professionnels, qui ont connu un grand retard dans l’administration des épreuves. « Un retard reste un retard et cela se ressentira au niveau des intégrations. Des agents risquent de passer six mois sans salaire et cela peut jouer sur leur vie familiale », a-t-il prévenu. Dans ce bras de fer, entre GRH et gouvernement, ce dernier a pris le dessus. Cela s’est manifesté par une organisation « réussie » des concours directs et professionnels. Pire, les GRH subissent jusqu’à ce jour des coupures de salaire pour fait de grève.  Le secteur de la santé n’est pas resté en marge. Le 13 mars 2017, l’exécutif a signifié un protocole d’accord avec le Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA). Les travailleurs de la santé n’ont cessé d’interpeller les autorités sur le non-respect de leurs engagements. Après plusieurs rencontres de concertations et grèves, les agents n’ont reçu, de la part du gouvernement, que mépris et indifférence, selon les responsables syndicaux. Du 7 juin au 1er septembre 2019,  les travailleurs de la santé humaine et animale, sur toute l’étendue du territoire national, se sont alors abstenus de fournir les rapports statistiques, d’effectuer les tournées et missions et de faire payer les actes qu’ils posent au profit des usagers. Pour eux, en raison du « refus » du gouvernement, de doter les services de santé humaine et animale en ressources humaines, en équipements, consommables et autres matériels, les travailleurs se trouvent dans un état d’incapacité aggravée de répondre convenablement aux attentes des populations. Cette situation a eu des conséquences graves dans les centres de santé publique (morts de patients, manque de poches de sang …). Mais une médiation entre le syndicat et le gouvernement a mis fin à la grève, courant novembre. Les agents  espèrent ainsi  l’opérationnalisation de la fonction publique hospitalière, «la pomme de discorde ». Cette année, administrateurs civils, travailleurs des médias publics et autres…sont tous descendus dans les rues pour exiger la satisfaction de leurs plateformes. Si certains ont eu gain de cause, d’autres attendent toujours une « bonne nouvelle » à l’horizon. Pour dénoncer l’ « inaction  du gouvernement », une journée nationale de protestation a été initiée par l’Unité d’action populaire (UAP), le lundi 16 septembre 2019. Mais la marche a été dispersée par les forces de sécurité à l’aide de gaz lacrymogènes. « Ce régime est celui qui a le plus négocié avec les syndicats et qui leur a le plus fait de concessions », avait affirmé le coordonnateur de l’Alliance des partis de la majorité présidentielle (APMP), Pingdwindé Clément Sawadogo,  lors d’un point de presse, en avril. Il avait aussi, à l’occasion, déploré le « jusqu’au-boutisme » des syndicats qui, de son avis, pose problème. C’est au regard de cette atmosphère qu’il pense également que la loi régissant les grèves au Burkina doit être rélue. Pour lui, au-delà des lois, il faut que chaque citoyen soit déterminé à faire avancer son pays.  Ce n’est pas l’avis du secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGT-B), Bassolma Bazié, qui y voit plutôt une «mauvaise foi»  des gouvernants vis-à-vis des partenaires sociaux.  « Le dialogue social ne peut pas être productif quand les acteurs qui y sont engagés constatent que celui qui a la force pour faire appliquer la loi et les décisions de justice ne se soumet pas véritablement à son rôle régalien qu’il doit exécuter en tant qu’Etat », avait-il  soutenu.  Quoiqu’il en soit,  la fronde sociale est toujours en ébullition…

Abdel Aziz NABALOUM

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