Maxime Kaboré sur la situation nationale « Si j’étais le président du Faso…»

Dans notre initiative dénommée la Route de la cohésion sociale, nous avons croisé le chemin du président du Parti pour l’Indépendance du Burkina (PIB), Maxime Kaboré, disparu des radars depuis longtemps. Celui-ci a bien voulu se prononcer sur des questions d’actualité de son pays, notamment le terrorisme, le sommet de Pau, le franc CFA, l’élection présidentielle.

Donatien Raphaël Nikiéma (D.R.N.) : M. Kaboré, vous avez disparu des radars depuis un bon bout de temps. Comment vous portez-vous?

Maxime Kaboré (M.K.) : Non, pourtant je suis là. Je n’ai pas disparu des radars. Je me porte très bien. Presque chaque deux mois je suis au pays pour mes activités politiques et pédagogiques, car je donne des cours à l’université de Koudougou, dans une université de Ouagadougou et même bientôt à Manga.
D.R.N. : Vous nous recevez ici dans vos locaux, alors de quoi s’agit-il ici ?

M.K. : Nous sommes une maison d’accueil, un centre agréé par l’Etat belge, et nous recevons des personnes défavorisées. Nous accueillons présentement près de quarante personnes qui sont nourries et blanchies. Ce sont généralement des personnes qui sortent de prison ou qui sont dans des difficultés pour se trouver un logement. Grace donc au service social belge, elles sont accueillies pendant au moins neuf mois, le temps de trouver une situation stable et déménager.

D.R.N. : Venons-en à la situation qui prévaut au pays. Quel regard y jetez-vous?

M.K. : C’est vrai que le président Kaboré n’a pas été vraiment gâté en arrivant au pouvoir, du fait des attaques terroristes qui endeuillent les populations. Je crois que la situation est surtout politique. Pour cela, il faut trouver des solutions politiques. La seule donne militaire ne peut pas venir à bout de cette guerre qui n’est pas conventionnelle.

D.R.N. : Et si le terrorisme vous était conté ?

M.K. : Il est important que le pays se défende. Nous sommes tous engagés contre le terrorisme et je demeure convaincu que si on trouve des solutions politiques, le terrorisme ne pourra pas prospérer. J’en suis convaincu car les terroristes se servent de la division et du calcul partisan de certains hommes politiques pressés de voir le régime échouer. Après tout, c’est le pays qui perd, ce sont nos enfants qui meurent, ce sont les Burkinabè qui en pâtissent. Donc il faut qu’on s’arrête et qu’on se parle, vu le mode opératoire des djihadistes qui consiste maintenant à s’attaquer aux populations. Toutes choses d’ailleurs qui traduit leur lâcheté, leur manque d’humanisme et leur désarroi.

D.R.N. : Quand vous parlez de solutions politiques, à quelles solutions pensez-vous ?

M.K. : Il faut qu’on apprenne à se parler. Il y a une fracture sociale et on veut l’occulter. Nous passons le temps à nous accuser mutuellement alors qu’il faut bien qu’on définisse ce que nous pouvons faire ensemble pour sortir le pays de l’impasse. Si nous sommes unis, alors nous saurons taire nos divergences pour l’unité d’action. Un pays qui est divisé ne peut pas tenir face à l’ennemi. Les terroristes profitent de cela pour prendre le dessus. Le président du Faso doit prendre l’initiative de convoquer une grande conférence nationale avec toutes les forces vives de la nation pour que l’on se parle afin de crever l’abcès et aller à la réconciliation. D’aucuns diront qu’il faut d’abord qu’il y ait la justice. Cela est vrai mais lorsqu’une maison brûle, la principale préoccupation n’est pas la qualité de l’eau utilisée pour éteindre l’incendie, mais plutôt de l’éteindre urgemment.

D.R.N. : Pour faire face au terrorisme, ne faut-il pas que le Burkinabè apprenne à se surpasser, notamment en ce qui concerne un certain nombre de comportements ?

M.K. :
Les Burkinabè doivent sortir de leur zone de confort pour s’engager. Le Burkinabè a un côté attentiste très développé, si fait que sa capacité à se projeter et à anticiper n’existe pas.

D.R.N. : Par-dessus tout, quel appel avez-vous à lancer ?

M.K. : J’appelle les Burkinabè à la solidarité et à l’unité car on a l’impression qu’il y a actuellement deux catégories de Burkinabè, à savoir les patriotes et les non patriotes. Nul n’a le monopole du patriotisme. Il faut accepter que les gens pensent différemment. Il faut donc qu’on aille au-delà des clivages partisans et politiques car pour l’instant, la priorité est de défendre le pays en tant que nation. Il n’y a pas de bouc émissaire à trouver ni à identifier.

D.R.N. : un sommet s’est tenu récemment à Pau pour parler de cette relation France-Afrique. A votre avis, doit-elle être rompue ou s’inscrire dans la continuité ?

M.K. : Il faut être réaliste. On ne peut pas rompre avec la France pour le moment. On n’a pas les moyens matériels et militaires pour nous passer de cette collaboration. A long terme peut-être, l’Afrique pourrait prendre le relai militaire de la France car elle aura eu le temps de mettre en place une armée africaine ou sous régionale équipée et opérationnelle. Pour l’instant, les Français sont bien équipés, ils ont la connaissance du terrain et la supervision de l’espace aérien et toute la technologie qui va avec.

D.R.N. : Selon vous que commanderait notre réalisme ?

M.K. : Il faut redéfinir la nature de la coopération avec la France. Tout ne doit pas venir d’elle. L’Hexagone doit seulement venir en appui de nos forces militaires. Ce qui n’est pas résolu au Sahel va se transporter un jour ou l’autre en France. La France a tout intérêt à nous défendre et à bien le faire, et cela d’autant plus que la conscience populaire la suspecte d’incompétence, voire de connivence. La coopération avec la France doit mettre en avant le renforcement des compétences militaires, l’équipement de nos armées en moyens et par-dessus tout, permettre que le commandement militaire sur le front relève de l’armée burkinabè.

D.R.N. : Et si vous étiez le président du Faso, que seriez-vous allé dire au président français ?

M.K. : Si j’étais le président du Faso, il y aurait d’abord un préalable. Je me convaincrais d’une chose, à savoir que les terroristes peuvent pénétrer le territoire burkinabè, mais pas en ressortir. Et pour ce faire, j’impliquerais toute la population comme du temps de la révolution avec les Comités de défense de la révolution (CDR). Chacun doit être le surveillant de l’autre. Ce n’est pas possible qu’un étranger traverse un village sans que l’on ne s’en rende compte. Non ! A l’égard du président français, je demanderais qu’il me donne la possibilité de surveiller moi-même le territoire burkinabè. La France a, pour ce faire, toute la technologie nécessaire. La coopération doit être sincère. Je dirais clairement à la France que, soit elle joue franc jeu avec nous, soit c’est terminé.

D.R.N. : Toujours dans le sens de rompre avec la France, il y a la question du franc CFA. Quel est votre avis ?

M.K. : Sur ce point, la manière dont l’annonce de la création de l’Eco a été faite par les présidents Alassane Ouattara et Emmanuel Macron, en dehors des autres pays membres de l’UEMOA, est bien curieuse. L’Eco dont parle Alassane Ouattara n’est pas l’Eco tel que la CEDEAO l’a conçu et programmé. C’est vrai que la France dit ne plus vouloir garder nos réserves ni avoir un administrateur au conseil d’administration, mais en réalité elle garde toujours un regard par la parité, lequel regard est en quelque sorte une mainmise qui ne dit pas son nom. L’Eco tel que défini par la CEDEAO est la meilleure démarche et je suis d’accord avec un taux de change flexible. Du reste, la France était moins bien indiquée pour faire cette annonce de création.

D.R.N. : 2020 est une année de défis au regard du terrorisme et des échéances électorales. Alors quels sont vos vœux ?

M.K. : Je souhaite que nous travaillions à ce qu’il y ait des élections apaisées et sécurisées, pour ne pas avoir à basculer dans une situation d’anti-constitutionnalité. Travaillons à ne pas annuler ou reporter les élections car on donnerait ainsi raison aux terroristes. Je souhaite que ces élections soient inclusives, notamment avec la participation de la diaspora, de sorte que le président qui sera élu ait toute la légitimité pour conduire des réformes qui sortiront le pays de sa situation actuelle.

D.R.N. : Pour vous, le terrorisme ne saurait être un motif de report des élections ?

M.K. : Partout où des situations semblables se sont présentées, les élections se sont tenues. Certes, d’aucuns diront que le nombre des votants sera faible, mais de toute façon, même quand il n’y avait pas le terrorisme, des gens ne votaient pas. Je souhaite que les élections puissent se tenir à bonne date pour nous éviter des lendemains difficiles.

D.R.N. :Seriez-vous candidat à l’élection présidentielle ?

M.K. : J’aviserai en son temps. De toute façon, je jouis des capacités physiques et morales pour être le président du Faso. Un Kaboré pourrait en cacher un autre. Pour l’instant, nous travaillons à être présents aux élections législatives.

Damien Raphaël NIKIÈMA (Collaborateur)
Sur la Route de la Cohésion Sociale
Paris – Liège.

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