Le Larlé Naaba Tigré a célébré, le dimanche 1er mars 2020 à Ouagadougou, le trentième anniversaire de son règne sous le signe du respect des traditions, du travail et de la lutte contre la pauvreté.

La nouvelle du « Basga » s’était repandue comme une trainée de poudre. Les amazones du chef qui se sont constituées en association de salubrité ont vite débarrassé les ruelles du quartier de leurs immondices. Dimanche, 7 heures. La cour royale de Larlé à Ouagadougou grouille de monde. Les invités sont arrivés de toute part, de l’intérieur du pays, comme de l’étranger. L’atmosphère est, certes, traditionnelle mais festive. Auparavant, les notables et les sages s’étaient succédé au palais royal, pour magnifier la culture et les traditions africaines. Les griots, installés par terre, envoient par moment des messages codés, à l’aide de leurs instruments traditionnels le « bendré ». Seuls les initiés peuvent déchiffrer les messages. Quel évènement y a-t-il ici ?, s’interrogent les passants les plus curieux. En effet, la couronne du Larlé Naaba Tigré s’est assagie de trois décennies. 30 ans de règne, 30 ans de construction d’un « ministère » de l’abondance (Tigré). Comme le veut la tradition, une grande fête populaire est organisée afin de rendre hommage au coutumier et célébrer ses années de grâce.

Le jour d’avant, plus de deux mille personnes composées d’amis, d’anciens collègues, de chefs traditionnels, de représentants des familles alliées sont passées présenter leurs vœux de bonheur, de santé et de longévité au chef. Le dimanche 1er mars 2020, dans la cour royale du Larlé Naaba, c’est la grande communion. Devant un parterre d’invités, composés d’autorités politiques, coutumières et religieuses, la cérémonie a débuté par un rituel semblable à la cérémonie officielle d’investiture. Le Larlé Naaba l’a accomplie dans une tenue particulière (dite de guerre) et armé d’une lance, symbole d’autorité, de protection des siens. Ce rituel est appelé en langue local mooré, le « Zom-Bika ».

Travail et changement de mentalités

Cérémonial au cours duquel, le règne du chef sera bonifié d’un nouveau nom de chef, une nouvelle devise, pour les trente prochaines années. « Je me nomme désormais Larlé Naaba Roapa Rawa qui signifie un homme, une parole », a indiqué le coutumier. Sa philosophie pour les années à venir se résume au travail afin de vaincre la faim et instaurer une sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le pays. Mieux, le chef a exhorté les populations de tout âge à se donner la main dans un esprit de famille en vue de bâtir un Burkina Faso de paix et de prospérité. Et cette vision, le Larlé Naaba l’a caricaturée en ces termes. « Dans la vie, un homme doit savoir donner pour être utile à lui-même, à sa famille, à sa communauté et à son pays. Si on ne peut donner pour construire, il faut travailler pour être, pour relever les défis et être utile à la nation. Au cas où on serait incapable de donner, on doit savoir parler pour arranger, aider la cause populaire et demeurer un vecteur du développement», a-t-il enseigné.

« Un infatigable bâtisseur »

A l’endroit de la jeunesse et de toute la population, le ministre du Mogho Naaba Baongo a lancé un appel au changement de mentalité pour adopter un esprit de partage, de cohésion sociale et de fraternité.

Selon le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, le Larlé Naaba a su mettre son savoir et son énergie au service du Burkina Faso. Il a, selon lui, depuis 30 ans, consacré sa vie de coutumier à la lutte contre la pauvreté en milieu rural, et multiplie les innovations pour les objectifs de développement durable notamment en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le chef du gouvernement a salué le dévouement du Larlé Naaba en faveur du bien-être social, et de la promotion de l’hygiène à travers des opérations de salubrité. Mieux, le locataire de la Primature a exhorté les dépositaires du savoir traditionel et des coutumes à multiplier leurs bénédictions pour un Burkina Faso de concorde et de sécurité retrouvée. Pour le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, de l’administration publique à la vie de parlementaire, le chef s’est toujours illustré par son amour pour le travail.

« C’est une vie bien meublée, un infatigable bâtisseur, un éducateur de la société, un ancien parlementaire qui a beaucoup fait pour ce pays avant de se retirer volontiers de la politique pour éclairer la société et lutter contre la précarité. Il a su faire recours aux traditions et aux coutumes pour construire un Burkina Faso de demain », a fait savoir le patron du parlement. Du point de vue de M. Sakandé, le Burkinabè n’a plus rien à inventer car le promoteur du mung bean a déjà tracé tous les sillons ; il reste à ce que les jeunes et les femmes acceptent de suivre son modèle et sa vision du développement inclusif. Que ce soit dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de l’entrepreneuriat, le président de l’Assemblée nationale dit être témoin des efforts consentis par le chef au profit des populations. Et que dire en ce qui concerne le volet humanitaire ?, s’est-il interrogé. « Nous souhaitons longue vie à un chef qui s’est toujours battu pour les femmes, les enfants, les veuves et les démunis. C’est un homme de parole qui a fait des dons d’ambulances, de moulins, de vivres, de forages (…) aux populations sur l’ensemble du territoire », a témoigné Alassane Bala Sakandé.

La cérémonie qui a drainé des personnalités de tout calibre avec lesquelles le chef coutumier entretient des relations d’amitié (leaders religieux, opérateurs économiques, diplomates, chefs militaires, patrons d’ONG…) a connu une « sécurité blindée ».
Un dispositif séculaire de niveau exceptionnel a permis le bon déroulement des festivités.

Wanlé Gérard COULIBALY

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