Grégoire Baki, chef du service des applications météorologiques : « La pluviométrie sera normale à tendance excédentaire »

La saison des pluies s’est installée avec ses premières averses à l’échelle du territoire national. Dans cette interview, le chef du service des applications météorologiques, Grégoire Baki, apprécie la situation météorologique et ses conséquences sur la campagne agricole.

Sidwaya (S) : Quelle est votre appréciation de la situation météorologique actuelle ?

Grégoire Baki (G. B.) : Au départ, l’on avait prévu une installation précoce à tendance normale de la saison sur l’ensemble du territoire national. Aujourd’hui, l’on peut dire que ces prévisions météorologiques sont en train de se réaliser, précisément sur la partie sud, c’est-à-dire la zone soudanienne, ensuite, la zone soudano-sahélienne et enfin la zone sahélienne du pays.

S : Comment s’annonce alors cette saison ?

G. B. : Selon les résultats des prévisions saisonnières, l’on assistera pour la période juin-juillet-août, à une situation normale à tendance excédentaire de la pluviométrie sur l’ensemble du pays.

S : L’on a constaté qu’aux mois de mai et juin, des pluies ont été enregistrées dans plusieurs localités du Burkina Faso. Quelle interprétation faites-vous de cette situation ?

G. B. : En référence, toujours, aux prévisions météorologiques, nous avions dit que l’installation de la saison des pluies sera précoce à tendance excédentaire. Depuis le mois de mai sur la partie sud du Burkina Faso, beaucoup de localités, pour ne pas dire, l’ensemble de la zone, a reçu des quantités de pluies qui pourraient permettre aux producteurs de démarrer la saison agricole. A l’heure actuelle, au niveau de la zone soudanienne de notre pays ainsi qu’au niveau de certaines localités de la zone sahélienne, les quantités de pluies reçues peuvent permettre de commencer la campagne agricole.

S : Les sites de déplacés dans le Nord ont subi des inondations en ce début de saison pluvieuse. Allons-nous vivre ces phénomènes tout au long de la saison agricole ou c’est un fait ponctuel ?

G. B. : Nous ne pouvons pas parler de situation ponctuelle. Mais, il y a de fortes probabilités que sur la majeure partie du Burkina Faso, nous observions des évènements pluvieux orageux où les quantités de pluies seraient exceptionnelles. S’agissant des conseils agro-météorologiques que nous avons donnés aux usagers et aux médias, il était question que chacun prenne ses dispositions parce qu’il y a des risques d’inondations dans notre pays. A l’heure actuelle, c’est ce qui est en train de se produire. Etant donné que nous assistons d’abord, à l’installation de la saison des pluies, alors qu’il y a des mois au cours desquels, l’on pourrait toujours avoir des évènements pluvieux assez importants, nous dirons que ce n’est pas une situation exceptionnelle et l’on pourrait toujours assister à ces genres d’évènements qui engendreraient des situations d’inondation.

S : Aujourd’hui, de quels moyens techniques disposez-vous pour guider les producteurs ?

G. B. : Il y a un des volets de la prévision saisonnière qui prend en compte cet aspect. Dès l’entame de la saison ou avant son démarrage, on essaie d’indiquer aux agriculteurs les possibilités d’avènement de poches de sécheresse ou pas, en d’autres termes, on indique aux producteurs les risques d’avoir des poches pluviométriques plus ou moins longues par rapport à des références au niveau de chaque localité du Burkina Faso. Ainsi, un usager qui comprend très bien l’information climatique peut savoir s’il y aura des poches de sècheresse ou non. Nous avons aussi les prévisions hebdomadaires à l’Agence nationale de la météorologie (ANAM). En conséquence, un usager ou un agriculteur qui sait exploiter l’information météorologie et qui suit ces prévisions peut savoir au cours de la semaine à venir, quelles sont les chances d’avoir des quantités de pluies pour sa localité. Ce sont des informations qui peuvent lui permettre de prendre des décisions. Par exemple, au cours de la semaine à venir, la météo indique que dans la localité, il y aura des quantités de pluies assez importantes. Au lieu d’aller travailler dans un bas-fond, je vais privilégier les endroits plus élevés pour donner plus de chance de détruire les herbes. Il est, donc, important de se munir des informations météorologiques pour maîtriser les évènements pluvieux et les semis de culture.

S : L’on a assisté également, à un moment donné, à des techniques comme l’opération « Saaga ». Où en est-on aujourd’hui avec ce mécanisme « artificiel » de pluies ?

G. B. : Pour le moment, le programme « Saaga » est suspendu.

S : Quel type de collaboration existe-t-il entre les services de la Météo et le ministère de l’Agriculture et des Aménagements hydroagricoles pour que les données puissent profiter aux agriculteurs ?

G. B. : Entre le ministère de l’Agriculture et des Aménagements hydroagricoles et le ministère des Transports, de la Mobilité urbaine et de la Sécurité routière dont relève l’ANAM, il existe une parfaite collaboration. Car, nous sommes complémentaires.
En effet, lorsque nous élaborons les informations aussi bien météorologiques que climatiques, nous les mettons à la disposition des directions régionales de l’agriculture et des aménagements hydroagricoles, des ONG et des organisations paysannes. Ces informations sont utiles aux producteurs et sont une aide à la prise de décision. Le ministère en charge de l’agriculture, à cet effet, les intègre dans ses paquets technologiques pour accompagner les producteurs. Il y a aussi le groupe de travail pluridisciplinaire où l’ANAM joue un rôle central. Il s’agit d’un groupe qui réunit beaucoup de secteurs qui sont, entre autres, l’élevage, l’agriculture, l’environnement, la santé, l’action sociale et d’acteurs comme les Partenaires techniques et financiers (PTF). Tous ces acteurs se retrouvent pour suivre l’évolution de la saison agricole.

S : Quels conseils à l’endroit des usagers et des agriculteurs en ce début de saison pluvieuse ?

G. B. : Pour les zones où l’on n’a pas encore commencé à semer, nous conseillons aux populations de ne pas hésiter à démarrer la saison agricole qui pourrait s’étaler jusqu’en septembre, dès qu’elles obtiennent des quantités importantes de pluies. En tous les cas, les prévisions météorologiques montrent que l’on pourrait avoir une bonne pluviométrie qui serait également bien répartie globalement. Nous conseillons aussi les producteurs de ne pas cultiver le maïs qui n’aime pas beaucoup d’eau dans les bas-fonds, mais de privilégier la culture du riz pluvial. Pour ce qui concerne, toujours, le maïs, il faut le cultiver dans des endroits qui peuvent garder l’humidité sans être inondés.
A l’endroit des éleveurs, il faudra qu’ils évitent de « parquer » leurs animaux dans les bas-fonds pour se prémunir de certaines épizooties. Autrement dit, nous leur conseillons de déplacer les enclos de ces animaux vers des lieux plus élevés et les vacciner. Car, avec une humidité élevée (ce que nous prévoyons pour cette saison agricole), cela peut provoquer des maladies qui vont entraîner des pertes du cheptel. A tous les producteurs, nous leur dirons d’agrandir leurs superficies pour augmenter leurs productions.

Entretien réalisé par Boukary BONKOUNGOU

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.