Centrafrique : sortir de l’imbroglio politico-militaire

Les résultats provisoires du scrutin présidentiel et législatif du 27 décembre 2020, en République centrafricaine, sont connus. Au terme d’un cycle électoral mouvementé, marqué par des combats entre les Forces armées centrafricaines (FACA) et des groupes armés, réunis au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), le président sortant, Faustin-Archange Touadéra, a été déclaré vainqueur par l’Autorité nationale des élections (ANE). Candidat du Mouvement cœurs unis (MCU), il a été élu au premier tour avec 53,92 % des voix devant l’ancien Premier ministre, Anicet Georges Dologuélé, crédité de 21,01% des suffrages.
En attendant les résultats définitifs (le 19 janvier prochain), une question, et non des moindres, taraude l’esprit de bien de personnes. Comment implémenter une nouvelle dynamique de gouvernance afin de réunifier le pays et réconcilier l’ensemble des Centrafricains ? A considérer ce qui a prévalu avant les élections, le prochain quinquennat ne sera pas de tout repos pour le président réélu. En effet, le risque d’une crise postélectorale n’est pas à exclure, si l’on s’en tient déjà aux tensions et conditions difficiles dans lesquelles le scrutin s’est tenu, mais aussi à la situation des factions rebelles qui continuent de rejeter vertement la réélection du professeur Touadéra. Autant dire que dans un tel contexte, un des défis urgent auquel le président Touadéra devrait s’attaquer, c’est bien la sensible question de la réconciliation et de l’unité nationale. La tâche s’annonce ardue et il en a pleinement conscience. Car, depuis belle lurette, les clivages ethnico-religieux ont toujours été légion dans le pays avec des conséquences profondes sur la cohésion sociale. Les rancœurs sont toujours tenaces et les tensions, alimentées par une classe politique que d’aucuns qualifient de belliciste et de belliqueuse, sans réelle volonté de pacifier l’ensemble du territoire. La grande difficulté est qu’une large partie de la Centrafrique reste sous la coupe réglée de bandes armées et le retour de l’ancien président François Bozizé demeure sans conteste une véritable menace pour le pays.
Touadéra saura-t-il relever ces défis ? Le pays pourra-t-il aller vers un large consensus politique en réunissant ceux qui le combattent autour d’une table de négociations ? En tous les cas, le temps presse et les autorités centrafricaines n’ont pas intérêt à prendre des risques inconsidérés sous peine de se compliquer davantage la tâche et de faire répéter l’histoire. Au-delà de l’impasse à laquelle fait face le peuple centrafricain, le plus déplorable est la triste image de ce pays sans cesse aux prises avec les démons de l’instabilité que continue de renvoyer la Centrafrique au reste du monde. Pour sortir de cet imbroglio politico-militaire, la communauté internationale et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEAAC) devraient reconsidérer la situation en prenant les dispositions qui s’imposent. Cela, afin d’abréger les souffrances des populations. Cette situation, à y voir de près, est imputable avant tout à une classe politique qui, de tout temps, a donné l’amère impression de manquer de vision et surtout de compassion pour le pauvre peuple, pour lequel la paix demeure toujours une vue de l’esprit. C’est pourquoi, il est important que toutes les couches sociales du pays, sans distinction aucune, fassent table rase sur les intérêts égoïstes et privilégier l’avenir du pays. Car, après des décennies de violences et d’instabilité, les élections de décembre devraient constituer un moment important pour la Centrafrique plutôt qu’une occasion de replonger dans le précipice. Tous gagneraient à travailler afin d’ancrer la stabilité et la transparence, en vue de restaurer, pour toujours, l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire et ainsi faire reculer les groupes armés. C’est à ce prix, que la République centrafricaine pourra se hisser dans le concert des Nations.

Soumaïla
BONKOUNGOU

 

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