Second tour de la présidentielle nigérienne : duel entre un philosophe et un scientifique

Le dimanche 21 février 2021, les Nigériens se rendront aux urnes pour élire un nouveau chef de l’Etat, au second tour. L’élection oppose le candidat du parti au pouvoir, le Parti nigérien pour la Démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), Mohamed Bazoum et l’ancien président Mahamane Ousmane du Renouveau démocratique républicain (RDR-Tchanji).

Prétendants au fauteuil présidentiel, tous deux originaires de la région de Zinder, située à l’Est de Niamey, la capitale nigérienne, Mohamed Bazoum et Mahamane Ousmane, partent avec des fortunes diverses au second tour de l’élection présidentielle du dimanche 21 février 2021.
Le premier, candidat du parti au pouvoir, le Parti nigérien pour la Démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), est arrivé en tête lors du premier tour de l’élection, le 27 décembre 2020, avec 39,30 % deS voix. Dauphin du président sortant, Mahamadou Issoufou, qui ne se représente pas au terme de ses deux mandats, Mohamed Bazoum a eu le soutien de deux de ses challengers du premier tour arrivés respectivement 3e et 4e. Il s’agit de Seyni Oumarou du Mouvement national pour la société du développement (MNSD-Nassara) avec 9% des suffrages et de Albadé Abouba, du Mouvement patriotique pour la République (MPR) avec 7%.
Les deux candidats ont appelé leurs militants à voter pour Mohamed Bazoum au second tour. Le philosophe de formation né en 1960 à Bilabrine dans l’Est du Niger entend donc capitaliser le ralliement de MNSD et MPR afin de conforter son avance du premier tour sur son adversaire politique. Dans son programme politique, l’éducation occupe une place de choix. Mohamed Bazoum formule le vœu, s’il est élu, de donner à l’école nigérienne la place qu’elle mérite dans le développement du pays. Pour les cinq années à venir, il souhaite injecter 13 000 milliards F CFA dans les domaines vitaux comme l’éducation, l’environnement, la santé, les infrastructures, l’agriculture et l’élevage. Pour avoir été ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères, il dit disposer d’une « solide » connaissance de la question sécuritaire dans son pays et dans la sous-région et compte mettre à profit son carnet d’adresses fourni pour endiguer le terrorisme dans l’espace du Sahel.
« Le grand défi pour la sécurité et la stabilité de notre pays découle de la situation qui prévaut dans la partie septentrionale du Mali et en Libye. Cela implique des actions immédiates commandées par l’impératif de la stabilisation de la situation sécuritaire dans la région sahélo-saharienne. Ainsi, notre action diplomatique visera à favoriser le déploiement des synergies internationales pour accompagner l’Etat du Mali à sortir de la situation difficile dans laquelle il se trouve », souligne M. Bazoum dans son programme politique. Ce travail, précise-t-il, doit se faire dans le cadre de la CEDEAO en partie mais aussi en plus du G5 Sahel avec d’autres partenaires tels que l’Algérie, la France, les Etats-Unis d’Amérique, l’UE et les autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. En un mot, « consolider les acquis des deux mandats du président Mahamadou Issoufou et avancer pour la prospérité du Niger» est le leitmotiv qui revient dans le discours de campagne de Mohamed Bazoum.

Pas de face à face

Le second candidat Mahamane Ousmane du Renouveau démocratique républicain (RDR-Tchanji) a dirigé le Niger de 1993 à 1996 et a été président de l’Assemblée nationale de 1999 à 2009. Grâce au soutien de la coalition Cap 20-21 qui regroupe des partis de l’opposition comme le MODEN-FA/Lumana de Hama Amadou, il a récolté 16,98 % des voix au 1er tour. Statisticien de formation, il prône le changement sur la base de l’équité et fustige le slogan de son concurrent « consolider et avancer ».

Des candidats du premier tour comme Ibrahim Yacouba du Mouvement patriotique nigérien (MPN-Kiishin Kassa), Salou Djibo du Parti pour la Justice et le Progrès (PJP génération Doubara), arrivés 5e et 6e ont appelé à voter Mahamane Ousmane le 21 février 2021. Son programme politique, articulé autour de sept axes, concerne l’éducation, l’eau, l’emploi, l’énergie, l’environnement et l’équité. L’homme qui est né le 20 janvier 1950 à Zinder table sur son expérience dans la gestion du pays pour asseoir sa gouvernance s’il est élu.
« Je peux affirmer sans prétention aucune que je connais le Niger et ses réalités dans toutes leurs dimensions et en tout ce qu’elles ont d’espoir ou de défis très complexes. Je sais et je mesure toute la gravité de la menace que l’insécurité fait planer sur l’existence même du Niger en tant qu’État.

Je sais, et il est douloureux de le dire en ce 21e siècle, qu’une écrasante majorité des Nigériennes et des Nigériens a du mal à bien manger ou à boire sainement à plus forte raison se faire bien soigner », clame Mahamane Ousmane.
Dans le domaine de l’eau, l’ancien président a l’ambition, entre autres, de mettre à jour l’évaluation des potentialités hydriques, les valoriser à moyen et à long terme et aménager des infrastructures hydroagricoles et le développement de l’agriculture familiale de rente.
Convaincu que l’éducation est la clé pour un «développement humain véritable dans une nation », Mahamane Ousmane veut promouvoir un système éducatif national équitable, réduire les inégalités entre le privé et le public, entre les campagnes et les villes, et mettre en œuvre un programme pour la qualité de l’éducation.

Invité par la télévision nationale nigérienne pour un face à face avec Mohamed Bazoum, le candidat du RDR-Tchanji a décliné l’offre. « Monsieur Bazoum est un philosophe. Moi, je suis un scientifique. Deuxièmement, ça ne servira à rien : nous savons ce que Bazoum a fait, nous savons ce que Mahamane Ousmane a fait. On n’a pas besoin de débat », se défend-il.
A l’heure actuelle, les deux candidats sillonnent le pays en compagnie de leurs alliés pour conquérir l’électorat.

Karim BADOLO
(Depuis Niamey au Niger)

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