Vaccin contre le COVID-19 : la course à l’équité

Avec les livraisons de vaccins à Accra, Abidjan, Abuja et Dakar, la course à l’équité est lancée. C’est l’opinion du  Dr. Solomon Zewdu, directeur adjoint de la Fondation Bill  et Melinda Gates pour la santé en Afrique et  coordinateur de l’intervention COVID-19 pour l’Afrique. Lisez plutôt !

 Le 24 février, 600 000 doses du vaccin contre la COVID-19 sont arrivés à Accra, au Ghana. Deux jours plus tard, 504 000 doses supplémentaires sont arrivées à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Mardi, 3,92 millions de doses de vaccin sont arrivées à Abuja, au Nigeria, et 324 000 autres à Dakar, au Sénégal, le lendemain. Ce furent les premières livraisons internationales du vaccin contre la COVID-19 au travers du mécanisme COVAX et, avec les premières doses administrées dans les deux pays quelques jours plus tard, les premières étapes de ce qui sera la plus grande campagne d’immunisation de l’histoire. Espérons que ces jalons représenteront un tournant dans la réponse mondiale à la pandémie.

Le dispositif COVAX, cette vaste coalition d’organismes internationaux de santé publique et de divers autres partenaires, vise à s’assurer que chaque pays, quelles que soient ses ressources, obtienne les vaccins nécessaires pour protéger sa population contre ce virus dévastateur. Une grande partie des pays en développement, notamment la majeure partie du continent africain, a trop souvent été forcée d’attendre les innovations et les traitements vitaux. À cause de ce manque chronique d’accès équitable, les maladies et la pauvreté perdurent. COVAX a été créé au début de la pandémie pour atténuer ces inégalités. Le dispositif prévoit de livrer 2 milliards de doses de vaccin dans le monde entier en 2021, et notamment 1,3 milliard aux pays à revenu faible et intermédiaire.

Cette ambitieuse campagne internationale est particulièrement cruciale en raison des disparités profondes de la distribution du vaccin contre la COVID-19 à ce jour. Jusqu’à très récemment, les nations les plus riches avaient reçu pratiquement la totalité des vaccins. Par conséquent, alors que certains pays à fort revenu ont déjà immunisé plus de 20 % de leur population avec au moins une dose, seuls quelques pays africains ont vacciné 1 personne sur 1 000. Il sera impossible de vaincre le virus si ces disparités persistent. Si tout le monde n’a pas la chance d’être immunisé, l’économie mondiale pourrait perdre jusqu’à 9,2 milliards de dollars et deux fois plus de personnes pourraient mourir inutilement.

Néanmoins, ces premières arrivées à Accra, Abidjan, Abuja et Dakar, moins de trois mois après le lancement initial des vaccins contre la COVID-19 dans les pays à haut revenu, est la preuve que le regroupement des ressources peut aider à raccourcir le temps nécessaire pour transmettre les vaccins dans les pays à faible revenu. À la suite du lancement par Gavi, l’Alliance du Vaccin, de la garantie de marché pilote pour le vaccin contre le pneumocoque en 2009, par exemple, cela pouvait prendre jusqu’à 15 ans pour que les vaccins vitaux puissent atteindre les pays à faible revenu. Grâce aux engagements des donateurs, ce mécanisme de financement innovant a fortement accru la vitesse à laquelle les vaccins atteignaient les pays à faible revenu et a aidé 60 pays à faible revenu à lancer des vaccins contre la pneumonie à des prix plus abordables.

Des collaborations telles que le COVAX et sa garantie de marché pilote s’appuient sur ces succès et aident similairement à combler le fossé de l’accès à la vaccination contre la COVID-19. Toutefois, pour continuer à combler ce fossé mortel, des ressources supplémentaires provenant des gouvernements, des donateurs et du secteur privé seront nécessaires. L’engagement des nations du G7 mi-février visant à doubler le financement du COVAX est un excellent début, mais il en faudra davantage pour immuniser tout le monde.

Dans cette perspective, nous devons reconnaître que les vaccins qui arrivent aux aéroports internationaux, bien qu’il s’agisse d’une prouesse logistique importante et louable, est seulement la première étape. Le travail ne sera accompli que lorsque ces vaccins parviendront dans les bras de la population. Même certaines des nations les plus riches, ayant accès à sensiblement plus de doses et ayant des systèmes de santé onéreux, ont connu des difficultés avec leurs campagnes de vaccination, et la tâche pourrait être exponentiellement plus difficile dans des pays ayant beaucoup moins de doses et de ressources sanitaires publiques. C’est la raison pour laquelle les gouvernements et les organismes de santé publique dans toute l’Afrique font des heures supplémentaires pour s’assurer que leurs systèmes et leurs employés de santé soient prêts à administrer ces vaccins.

De nombreux pays africains ont une expertise de la conduite de campagnes rapides et efficaces de vaccination de masse, immunisant souvent des millions de personnes en une seule semaine. En 2016, par exemple, 41 000 membres des services de santé et volontaires ont été recrutés et formés pour administrer des vaccins contre la fièvre jaune à 14 millions de personnes en Angola et en République Démocratique du Congo (RDC) en seulement 10 jours. L’année suivante, en dépit d’un conflit politique, le Nigeria a été capable d’immuniser 4,7 millions d’enfants contre la rougeole en seulement deux semaines. Et même au milieu de la pandémie, l’Éthiopie a été capable de vacciner 13 millions d’enfants contre la rougeole et près de 2 millions de personnes contre le choléra, évitant ainsi les conséquences catastrophiques de campagnes de vaccination manquées.

Ces pays, et de nombreux autres en Afrique savent déjà, pour l’avoir vécu, ce qu’une campagne réussie de vaccination de masse requiert, et ont investi dans beaucoup de composants essentiels, notamment la planification détaillée, la communication en temps réel, la constitution d’une capacité en personnel de santé, et, de manière critique, l’établissement de la confiance de la population dans les vaccins. Certaines nations, telles que la RDC, ont même de l’expérience avec les températures ultra-froides nécessaires pour certains vaccins contre la COVID-19, en raison de leurs efforts pour inoculer plus de 300 000 personnes contre le virus Ebola.

Ces expériences offrent des leçons essentielles pour la livraison des vaccins dont le reste du monde peut bénéficier, et elles seront assurément utiles alors que les nations africaines oeuvrent à immuniser leurs citoyens contre la COVID-19. Il faudra un effort, des ressources et un dévouement énormes de tous, tant en Afrique que dans le reste du monde, pour intensifier la livraison des vaccins aux niveaux nécessaires. Apporter des vaccins à Accra, Abidjan, et dans des villes à travers la planète est une première étape vitale pour vaincre cette pandémie. Désormais, le vrai test pour savoir si nous pouvons obtenir une équité vaccinale commence.

 

Par le Dr. Solomon Zewdu

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