La nécessité d’une administration électorale

Le processus en cours pour l’élection du président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), a remis au goût du jour le passionné et très politisé débat qui revient sous nos cieux chaque cinq ans, quand vient le moment de la désignation des commissaires et du président de la commission. En soi, ces tractations sont le signe de la vitalité de notre démocratie, mais en principe, n’avaient pas leur raison d’être. En effet, pour qui connaît la composition de la CENI et le mode de désignation de ses membres, le débat devait être simplement démocratique et uniquement focalisé sur la conquête des voix des 15 commissaires pour la présidence de l’institution électorale. De plus, dans le strict respect du Code électoral et en considérant les accords non écrits qui entrent en ligne de compte, il faut reconnaître que le débat a toujours été malsain.

Dans le fond, ces récurrents tiraillements interpellent la classe politique et de façon générale, les acteurs de la vie publique nationale sur une évidence qu’ils feignent d’ignorer. Et pour cause, au lieu de poser clairement le problème, les Burkinabè le contournent pour indexer l’appartenance politique ou non du représentant de la société civile (religieux, coutumier ou association des défenses des droits humains) qui doit présider la CENI. Si tant est que le fossé de la méfiance est si abyssal entre les trois composantes majeures de l’institution (opposition, majorité et OSC), pourquoi ne pas mettre sur la table, la question qui fâche : la refonte de l’institution ? Parce que, bien plus qu’une réforme, notre organe électoral a besoin d’une refondation, pour aller sur des bases plus professionnelles et donc inattaquables. Ailleurs dans le monde, les démocraties ont dépassé l’organisation de leurs scrutins qui débouche immanquablement sur des crises pré et/ou post-électorales.

Cela, simplement parce qu’elles ont confié l’organisation des élections à des professionnels. En un mot, le Burkina Faso pourrait explorer cette voie, en supprimant simplement la CENI et en créant une administration électorale dont les agents auraient été formés pour faire le travail, de l’enrôlement sur les listes électorales au vote et à la proclamation des résultats provisoires. En plus des professionnels, des juges et autres universitaires pourraient être membres. Si le pays prend l’option d’intégrer des représentants de partis politiques, ces derniers pourraient ne pas avoir droit de vote sur les propositions. C’est de cela que notre jeune démocratie a besoin pour se consolider en dépassant les sempiternelles querelles qui risquent, si rien n’est fait, de la tirer vers le bas. N’eussent été les concessions qui ont prévalu de part et d’autre au soir des élections couplées présidentielle et législatives du 22 novembre 2020, le Burkina Faso aurait pu basculer dans une crise post-électorale aux conséquences incommensurables qui se seraient ajoutées aux crises sécuritaires, sanitaires et humanitaires que le pays traverse.

Cela, au regard des énormes ratés, constatés le jour du scrutin dans plusieurs dizaines de bureaux de vote. Avec les élections municipales à venir, le risque de contestations et même de violences est encore plus grand. Face aux difficultés qui l’assaillent de toutes parts, le Burkina n’a pas besoin d’une crise pour se remettre en cause. Aujourd’hui cité parmi les pays exemplaires en matière de maturité démocratique, le pays des Hommes intègres gagnerait à aller jusqu’au bout de ses efforts, pour s’offrir une institution électorale durable, exempte des critiques. Ce ne sont pas des experts nationaux en la matière qui font défaut.

Jean-Marie TOE

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