Centre de formation aux métiers de Réo : Une « réponse appropriée » à l’employabilité des jeunes

Financé à plus de 112 millions F CFA par la société minière d’exploitation du zinc de Perkoa, Nantou Mining (filiale du groupe canadien Trevali Mining Corporation), le Centre de formation aux métiers (CEFORME) de Réo, dans la région du Centre-Ouest, apporte sa contribution à la formation professionnelle et l’employabilité des jeunes de la région voire de tout le pays. On y forme des jeunes de 18 à 25 ans aux métiers de la coupe-couture, de la maçonnerie, de soudure métallique, de l’électricité-bâtiment. De l’avis des différentes parties prenantes, l’impact positif du CEFORME sur le développement local n’est plus à démontrer. Récits et témoignages.

Fabrication de charrettes, brouettes, portails, fenêtres, armoires, chaises, fauteuils, etc. Bref, métier de la soudure métallique n’a plus de secret pour Bapio Bagoro dit Méthode. Ce jeune de 27 ans à est à la tête d’une entreprise de soudure dénommée « Yiyayô » (Dieu me connait en Gourounsi) qui compte deux ateliers, à Boyolo et à Perkoa, dans la commune de Réo, région du Centre-Ouest. Il emploie 11 jeunes dont 8 apprentis.

En plus de contribuer à l’emploi et à la formation des jeunes ruraux, M. Bagoro dit gagner sa vie grâce à cette activité. « J’ai construit, je nourris, soigne et habille mes deux femmes et mon enfant grâce à la soudure. Je rends grâce à Dieu », répond-il à la question de savoir si son atelier nourrit son homme. Son chiffre d’affaires annuel moyen est de 10 millions F CFA. Pourtant, rien ne présageait un tel destin d’entrepreneur, qui force aujourd’hui l’admiration de plus d’un, pour cet ancien berger, qui n’a jamais eu la chance d’aller à l’école et qui a même fait un séjour dans les sites d’orpaillage.

Ce changement positif du cours de sa vie, le patron de l’entreprise « Yiwayô », le doit au Centre de formation aux métiers (CEFORME) de Réo, financé par la société minière d’exploitation du zinc de Perkoa, Nantou Mining (filiale du groupe canadien Trevali Mining Corporation), à plus de 112 millions F CFA. « J’exprime ma gratitude aux initiateurs de ce centre. Grâce au CEFRORME, je suis devenu ce que je suis aujourd’hui ! Sinon, comment un berger, qui passait son temps en brousse, qui ne savait ni lire, ni écrire, peut devenir soudeur qui arrive à confectionner des charrettes, bouettes, portails, tables, buffets métalliques, portes, fenêtres, etc. », reconnait le jeune chef d’entreprise, issue de la première promotion du centre.

Tout comme lui, Melaine Bazié est une ancienne pensionnaire du CEFORME de Réo, cuvée 2016. Formée en coupe-couture, cette jeune fille de 22 ans est aujourd’hui employée dans un atelier de couture de Kanyala Léocadie, à Réo. Elle fait la fierté de sa patronne. « Melaine est la meilleure. Je l’apprécie beaucoup », se réjouit Mme Kanyala. Le rêve de demoiselle Bazié est d’avoir des moyens pour ouvrir son propre atelier. Pur produit de ce centre, Corneille Bassolé est lui aussi un heureux ancien pensionnaire. Il est aujourd’hui employé par Nantou Mining où il travaille dans la section électricité.

700 jeunes formés

Crée en octobre 2012, le centre de formation professionnelle de Réo forme, en trois ans, les jeunes déscolarisés, scolarisés ou non de 18 à 25 ans aux métiers de la soudure métallique, l’électricité-bâtiment, la maçonnerie et la coupe-couture.  La mécanique auto deux roues qui faisait partie des offres de formation est aujourd’hui abandonnée, faute de candidatures suffisantes.

Pour le Haut-commissaire de la province du Sanguié, Paul De Romuald Ouédraogo, ce centre, né d’une expression de besoin des populations, est une réponse appropriée à la formation professionnelle et à l’employabilité des jeunes.

Selon le Haut-commissaire du Sanguié, Paul De Romuald Ouédraogo, ce centre est une réponse appropriée à la formation professionnelle et à l’employabilité des jeunes.

« Dans la province du Sanguié, le taux de chômage est relativement élevé et l’installation de la mine est un espoir pour beaucoup de jeunes de trouver un emploi salarié. Cependant, la mine ne peut recruter tous les demandeurs d’emplois. C’est alors, que nous avons jugé utile de créer un centre de formation qui contribuera à l’amélioration de l’employabilité des jeunes qui pourront soit s’auto-employer ou occuper des emplois salariés », explique le directeur général de Nantou Mining, Monsieur Hein Frey.

Mais après son implantation, les retombées du CEFORME de Réo vont au-delà de la province, de la région du Centre-Ouest. Car les apprenants viennent de partout. Le CEFORME compte d’actuels et anciens apprenants venus de Koudougou, Bobo-Dioulasso, Ouagadougou, Orodara, Dedougou, etc.  « Aujourd’hui, le centre n’est pas bénéfique pour la localité de Réo seulement mais à tout le Burkina Faso. Le centre a formé des couturières, des mécaniciens, des soudeurs, des maçons, des électriciens qui sont se sont installés à leurs propres comptes ou employés par des entreprises. En matière de formation professionnelle, le centre joue un grand rôle dans la région », se réjouit l’ancien 2e adjoint au maire de Réo, Epilbié Longa Bationo.

Selon, ses premiers responsables, depuis sa création, le centre a formé environ 700 jeunes, dont 30 % de filles. Avec un effectif de 64 pensionnaires à son ouverture, on y totalise, dans les différentes filières de formation, 127 élèves dont 22 filles, au titre de l’année scolaire 2021-2022.

Préparation à la vie familiale et sociale

Agé de 24 ans, Wendinmi Christ Martial Kaboré est en 2e année électricité-bâtiment au CEFORME. Après l’obtention de son BEPC au lycée municipal de Koudougou, il rêvait de poursuivre ses études secondaires dans un établissement d’enseignement technique. Son objectif est de faire une formation qui débouche sur un métier. Mais après avoir cherché vainement la place dans la cité du cavalier rouge, il se résout à rejoindre le centre de formation aux métiers de Réo. Aujourd’hui, le jeune Kaboré ne regrette pas son choix.

« Ce qui m’a motivé à venir ici, c’est l’amour, l’envie d’apprendre un métier. Au début, je voulais faire du génie civil, mais depuis que j’ai commencé la formation en électricité-bâtiment, je me sens très bien, surtout au regard de la qualité des enseignements dispensés par les formateurs. A la sortie, je compte me perfectionner davantage en entreprise avant de chercher à m’installer à mon propre compte, ouvrir mon entreprise et employer d’autres personnes, pour ainsi mettre en valeur les connaissances acquises au centre », projette-t-il.

En 3e année en coupe-couture, Stéphanie Gloria Bationo, rêve aussi de voler de ses propres ailes à l’issue de sa formation. L’envie d’apprendre un métier et de se prendre en charge a amené cette jeune fille de 20 ans à abandonner volontairement l’école classique, alors qu’elle était en classe de 4e, pour venir s’inscrire au CEFORME de Réo.

Reconnu par le ministère en charge de la formation professionnelle, ce centre fait dans la formation alternée, allant enseignement théorique et pratique à travers des travaux dirigés en atelier en son sein et des stages en entreprise. Mais le CEFRORME n’est pas seulement un établissement où l’ou moule des compétences techniques. Il prépare aussi les jeunes apprenants à mieux affronter leur future vie active, familiale et sociale.

« En plus des matières techniques, nous avons des modules qui prennent en compte le volet comportemental des apprenants. Il s’agit de l’éducation civique et morale, l’éduction à la vie familiale, la gestion d’entreprises ; nous faisons aussi l’alphabétisation pour les apprenants qui viennent sans niveau », confie le directeur technique du centre, Balibié Théodore Bado. Le comportement que j’avais en venant ici, n’est plus le même ; j’ai positivement changé, témoigne Martial Kaboré.

« Une formation de qualité »

Des sortants du centre, suivant des critères de performance, de dynamisme ou de condition sociale, bénéficient de Nantou Mining en grande partie et d’autres partenaires des kits d’installation. La formation est sanctionnée par une attestation de fin cycle mais aussi par le certificat de qualification professionnel (CQP) et le brevet de qualification professionnelle (BQP) qu’organise le ministère en charge de la formation professionnelle.

Le directeur général du CEFORME, Baya Bado

Pour son directeur général, Baya Bado, la qualité de la formation du centre ne souffre d’aucun doute. « Depuis que nous prenons part aux examens du CQP et du BQB, le centre n’a jamais fait un taux de succès de moins de 70%. L’année dernière, nous étions à un taux de réussite de 92% au CQP contre un taux national de … % », se satisfait-il.

Et ce n’est pas la tutelle technique qui dira le contraire. « Les modules et les enseignants répondent au référentiel de formation professionnelle défini par notre ministère ; les bons taux de succès aux examens organisés par notre département montrent que la formation est de qualité », soutient le directeur provincial de la jeunesse et de la formation professionnelle du Sanguié, Evariste Congo.

Preuve de la qualité de ses enseignements et de son engagement dans la formation professionnelle des jeunes, le centre a été décoré Chevalier de l’ordre de mérite avec agrafe jeunesse en 2018 par ledit département ministériel ; il a aussi été distingué meilleur centre de formation professionnelle du Centre-Ouest en 2019 par la Chambre consulaire régionale de commerce et d’industrie de ladite région.

Avec de tels acquis, les parties prenantes ne cachent pas leur satisfaction, 10 ans après la création de ce centre de formation professionnelle pour jeunes. «

La mine de Perkoa est une meilleure entreprise de lutte contre le VIH Sida au Burkina Faso, s’investit dans la formation professionnelle a travers le CEFORME qui est une initiative saluée par la population w les services techniques et les autorités administratives

L’initiative de la création du CEFORME a été saluée par la population, les services techniques ainsi que les autorités administratives. Au regard du grand engouement chaque année pour les inscriptions pour des places limités, on peut déduire, sans se tromper, que cela illustre à souhait la nécessité et l’importance d’un tel centre pour la jeunesse, pour les populations », se réjouit le premier patron de la mine de Perkoa, M. Hein Frey

Le Directeur Général de Nantou Mining, Hein Frey

Un impact sur le développement local

De l’avis du directeur général du CEFORME, Baya Bado, si ce centre n’existait pas il fallait le créer.  Le centre répond à un réel besoin, aujourd’hui, on ne peut pas quantifier son impact sur le développement local, renchérit l’ancien maire de Kyon, Bahiomé Bationon, par ailleurs enseignant en français fondamental et en alphabétisation au centre. « Il y a beaucoup de jeunes filles mères qui n’arrivaient pas à s’en sortir. Mais grâce au centre, elles ont pu se former et arrivent à se faire employer.  Elles arrivent même à ouvrir leurs propres ateliers et à créer des emplois pour d’autres jeunes », poursuit-il.

Malgré les acquis, tout n’est cependant pas rose dans ce centre en passe de devenir une référence régionale. L’insuffisance et le besoin de renouvellement de certains équipements devenus vétustes, le besoin de matériel bureautique et informatique constituent, entre autres, des préoccupations qui attendent solutions, relèvent les premiers responsables du centre.

« Avant, il y avait suffisamment du matériel pour les apprenants, mais nous n’avons pas eu cette chance ; nous devons payer nos propres matériels, qui coûtent chers ! Certains abandonnent la formation, faute de moyens pour payer ce matériel. Lors des travaux pratiques, souvent, il faut attendre que l’autre groupe finisse pour récupérer son matériel. Si on pouvait nous donner un coup de main à ce niveau, cela nous serait bénéfique », plaide l’étudiant en 2e année électricité-bâtiment, Martial Kaboré.

Mais la principale inquiétude de tous les acteurs reste l’avenir du centre dans l’après-mine. En effet, selon son directeur général, le fonctionnement du centre, à savoir la prise en charge des enseignants, du personnel administratif, la restauration des apprenants, l’acquisition des équipements, des outils didactiques, etc. est assuré pratiquement à 100% par Nantou Mining.

En moyenne, la société minière injecte entre 20 et 30 millions F CFA pour faire fonctionner le centre.  Grâce à cet accompagnement financier, les frais de formations, qui devraient se chiffrer à 380 000 F CFA par an et par apprenant, étaient de 12 500 F CFCA, puis de 20 000 FCFA, avant de passer à 40 000 F CFA pour cette année scolaire 2021-2022. « Si la mine se ferme aujourd’hui, je crains que le centre ne se ferme le lendemain », s’inquiète M. Bado.

Autorités locales, premiers responsables de l’école, acteurs du développement sont tous conscient de la nécessité d’assurer la pérennité du centre, au-delà de la durée de vie de la mine. Selon le haut-commissaire du Sanguié, les réflexions sont en cours pour y apporter une réponse durable et toutes les options sont sur la table : hausse des frais de formation, la rétrocession du centre à la commune de Réo, au conseil régional ou au ministère en charge de la formation professionnelle, l’accompagnement des fils et filles de la région, etc.

Il faut travailler à préparer les mentalités des populations pour qu’elles sachent que la mine n’est pas éternelle, afin qu’elles puissent s’impliquer davantage dans la pérennisation du centre, suggère le directeur provincial du ministère en charge de la formation professionnelle.

En tout état de cause, ce serait une catastrophe si le centre venait à se fermer à la suite de la fermeture de la mine, prévient l’ancien pensionnaire du centre, Bapio Bagoro dit Méthode.

L’ancien pensionnaire du centre de Réo, Bapio Bagoro dit Méthode

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

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