Il y a des promesses qui se mesurent aux applaudis-sements du moment et d’autres qui se jugent à l’aune de leur concrétisation. Celle de mettre fin à l’importation des tenues militaires appartient désormais à la seconde catégorie.
A Bobo-Dioulasso, dans la région du Guiriko, une usine moderne de fabrication de tenues militaires dénommée Textile des Forces du Burkina Faso ou « TEXFORCES – BF » est aujourd’hui achevée. Son ouverture marque une étape importante dans la marche vers une plus grande autonomie industrielle du Burkina Faso.
Le complexe est implanté à Logofoursso, à la sortie de Bobo-Dioulasso sur l’axe Bobo-Orodara, au cœur d’une importante zone cotonnière.
Au-delà des murs, des machines et des équipements de dernière génération, cette usine porte une vision.
Celle d’un Burkina Faso qui entend progressivement produire ce dont il a besoin, plutôt que de dépendre systématiquement de l’extérieur. Dans un contexte marqué par la recherche de souveraineté nationale, le choix de produire localement les uniformes destinés aux Forces de défense et de sécurité n’est donc pas anodin.
Il revêt une dimension économique, stratégique et même symbolique. Pendant longtemps, le Burkina a eu recours à l’importation pour satisfaire une partie de ses besoins en équipements et en habillement militaires. Cette dépendance, souvent considérée comme une fatalité, peut désormais être progressivement réduite. La nouvelle unité industrielle de Bobo-Dioulasso vient apporter une réponse concrète à cette problématique. Elle devrait permettre de maîtriser davantage la chaîne de production, depuis le tissu, jusqu’à la confection des tenues.
Mais, l’intérêt de cette infrastructure ne se limite pas aux seuls besoins des forces armées et des autres services de sécurité. L’usine est également appelée à produire des tissus destinés aux populations civiles. Toute chose qui donne à cette initiative une dimension supplémentaire. Il ne s’agit plus seulement de fabriquer des uniformes pour les hommes en tenue, mais de contribuer à l’émergence d’une véritable industrie textile nationale.
Cette orientation mérite d’être saluée, car, l’industrialisation demeure l’un des grands défis du développement du Burkina Faso. Un pays qui transforme ses matières premières, fabrique localement ses biens et crée des emplois est un pays qui renforce progressivement son indépendance économique. Chaque machine installée, chaque atelier fonctionnel et chaque compétence acquise participe ainsi à la construction d’une économie moins vulnérable aux soubresauts extérieurs.
Autre élément particulièrement significatif : la réalisation de l’usine sur fonds propres, sans recours au crédit. Dans une économie confrontée à de multiples contraintes financières, cet aspect traduit une volonté de privilégier l’investissement national et de limiter la dépendance aux financements extérieurs. Il faudra cependant veiller à la pérennité de l’outil, à sa bonne gestion, à son approvisionnement régulier en matières premières et surtout à la formation continue des ressources humaines. Car, construire une usine est une chose ; la faire fonctionner durablement en est une autre.
Le véritable défi commencera avec la production. Il faudra atteindre des standards de qualité élevés, respecter les délais, maîtriser les coûts et rendre les produits compétitifs. L’ouverture officielle de cette usine devra être perçue comme le début d’une nouvelle étape. Celle où le Burkina Faso transforme progressivement ses ambitions de souveraineté en réalisations industrielles concrètes.
A Bobo-Dioulasso, capitale éco-nomique du pays, cette unité trouve naturellement sa place. Elle pourrait contribuer à redonner à la ville son rôle de pôle industriel et manu-facturier, tout en créant des opportunités pour la jeunesse et les acteurs locaux. La promesse est désormais devenue une réalité. Reste à faire de cette usine un outil performant, durable et pleinement intégré à l’économie nationale.
Kamélé FAYAMA



