Accès aux examens spécifiques d’imagerie médicale: le diagnostic se rapproche des populations

A Bobo-Dioulasso et à Banfora, le renforcement des plateaux techniques et la baisse des tarifs du scanner et de l’Imagerie par résonance magnétique (IRM) facilitent l’accès aux examens spécialisés. Pour les patients, ces avancées réduisent les déplacements, allègent les dépenses et contribuent à leur bien-être.

Samedi 19 septembre 2026.Il est 11 heures au Centre hospitalier régional (CHR) de Banfora. Sous un ciel menaçant, Adama Héma arrive de

Tiéfora avec un patient qui doit passer un scanner. Pour cet examen, plus besoin de parcourir la route jusqu’à Bobo-Dioulasso, comme avant la mise en service de l’appareil à Banfora, le 27 mai 2024. Désormais, le diagnostic peut être réalisé sur place, au plus près des populations des Tannounyan et des localités environnantes. Pour Adama

Héma, le changement est appréciable. Le patient et son accompagnant, se satisfait-il, évitent un déplacement supplémentaire, avec les contraintes de transport et les dépenses qu’il implique. Comme eux, d’autres malades bénéficient d’un accès facilité à l’imagerie médicale grâce au renforcement du plateau technique du CHR de

Banfora. Cette évolution s’inscrit dans la dynamique de la politique gouvernementale à renforcer l’équipement des structures sanitaires publiques et à rapprocher les soins des populations. C’est d’ailleurs dans cette optique que le chef de l’Etat, le capitaine Ibrahim Traoré, dans le souci de garantir des soins de qualité aux Burkinabè, a mis en place l’Initiative présidentielle pour la santé (IPS), adoptée en conseil des ministres du 17 juillet 2024. Au Centre hospitalier universitaire Souro-Sanou (CHUSS) de Bobo-Dioulasso, la baisse des tarifs du scanner et de l’IRM contribue également à faciliter l’accès au diagnostic.

Les témoignages recueillis auprès des patients et des professionnels de santé font état d’une fréquentation accrue et d’une amélioration des conditions de prise en charge.

A Banfora, le scanner change la donne

    Le directeur général du CHR de
    Banfora, Aboubacar Ouattara :
    « désormais, les patients du CHR
    de Banfora ne sont plus systéma-
    tiquement transférés vers le
    CHUSS de Bobo-Dioulasso pour
    un scanner ».

Avant la mise en service du scanner, les patients du CHR de Banfora qui avaient besoin de cet examen étaient orientés vers le CHUSS de Bobo-Dioulasso. Pour eux et leurs accompagnants, cette évacuation représentait une difficulté supplémentaire : organiser le transport, mobiliser les ressources financières nécessaires et attendre l’examen indispensable à la poursuite des soins. 

Depuis le 27 mai 2024, le CHR de Banfora dispose de son propre scanner, selon son directeur général, Aboubacar Ouattara. Le premier patient a été reçu dès le lendemain, 28 mai, pour un scanner cérébral, indique le responsable du service de radiologie, Dr Éric Batiébo. Cet équipement complète les moyens d’imagerie déjà disponibles, notamment la radiographie et l’échographie. Il permet aux médecins d’explorer certaines pathologies avec une précision diagnostique que ces examens ne peuvent pas toujours offrir.

Pour Dr Adeline Adjagbe Ouédraogo, médecin radiologue au CHR de Banfora, l’imagerie médicale joue un rôle essentiel dans l’établissement du diagnostic. « Elle facilite l’orientation thérapeutique et, dans certaines situations, participe directement à la prise en charge. Plus l’équipement est de pointe, plus il y a une précision dans les diagnostics », explique-t-elle.

Aux urgences, cette capacité diagnostique peut peser directement sur les décisions médicales. Le médecin urgentiste, Dr Yacouba Dramé, cite notamment les Accidents vasculaires cérébraux (AVC). Face à un patient présentant des signes évocateurs, le scanner cérébral aide, indique-t-il, à déterminer la nature de l’accident, en particulier à distinguer les formes ischémiques des formes hémorragiques. « Cette distinction est essentielle pour orienter rapidement la prise en charge.

Et l’acquisition du scanner, a vraiment contribué à nous aider à prendre en charge rapidement nos patients », témoigne-t-il. La présence de l’appareil à Banfora réduit également le temps perdu dans les transferts vers Bobo-Dioulasso. Selon Dr Dramé, le scanner fonctionne au CHR 24 heures sur 24. Les équipes peuvent ainsi obtenir plus rapidement les éléments nécessaires à leurs décisions médicales, sans attendre le transfert du patient vers un autre établissement. Le directeur général du CHR confirme que les évacuations motivées par le besoin d’un scanner ont fortement diminué. Les transferts qui subsistent concernent désormais les cas les plus complexes, précise-t-il. Pour Adama Héma, le bénéfice est concret.

« Avant, il n’y avait pas de scanner à Banfora. Il fallait aller jusqu’à Bobo-Dioulasso pour en faire. Le voyage vers Bobo-Dioulasso était très pénible », raconte-t-il. Boureima Traoré, accompagnant de la patiente Alimatou Traoré, abonde dans le même sens. « Du moment où il n’y avait pas de possibilité ici, à Banfora, lorsqu’un médecin nous prescrivait un scanner, il fallait nous organiser pour rejoindre Bobo-Dioulasso.

Aujourd’hui, avec le scanner au CHR de Banfora, nous pouvons faire l’examen sur place. C’est un grand soulagement pour les malades et leurs familles. Nous dépensons moins pour le transport et nous évitons des déplacements parfois pénibles », fait-il savoir. Il estime que cette avancée profite aux populations de la région des Tannounyan. C’est pourquoi, il souhaite que les appareils restent disponibles et fonctionnels afin que les malades puissent continuer à en bénéficier.

Un allègement du coût

Selon le directeur général du CHUSS, Dramane Zina, les équipements acquis dans le cadre de l’IPS concernent notamment l’imagerie médicale, la neurochi- rurgie, la gastro-entérologie, l’orthopédie-traumatologie et l’urologie.

La proximité d’un équipement ne garantit pas, à elle seule, l’accès aux soins. Pour les familles, la capacité à payer les examens prescrits reste déterminante. Dans le cadre de la nouvelle politique tarifaire, le prix du scanner est passé de 50 000 à 25 000 F CFA et celui de l’IRM, de 100 000 à 40 000 F CFA. Adama Héma se réjouit de pouvoir faire réaliser l’examen à 25 000 F CFA au CHR de Banfora. Il juge ce coût abordable et souligne le double avantage de la mesure : éviter le déplacement vers Bobo-Dioulasso et réduire les dépenses liées à la maladie. « Eviter un déplacement en plus de la réduction des tarifs peut représenter une économie supplémentaire », se réjouit-il.

La baisse des tarifs du scanner et de l’IRM constitue un autre changement important au CHUSS de Bobo-Dioulasso. Le directeur général de l’établissement, Dramane Zina, estime que la réduction des tarifs a rendu les examens spécialisés plus accessibles. Il fait état d’une nette évolution de la fréquentation entre 2024 et 2025, période marquée par la baisse des prix. Selon lui, le nombre d’examens a pratiquement doublé. Cette progression permet à davantage de patients de bénéficier d’explorations médicales qui pouvaient auparavant peser lourdement sur le budget des ménages. Au CHR de Banfora, le nombre de scanners mensuels est passé de 150 à une fourchette de 300 à 450, selon le médecin radiologue, Dr Adeline Adjagbe Ouédraogo.

Christophe Sanou, technicien supérieur en imagerie médicale au CHUSS, apporte une précision sur le coût réel de certains examens. Avant la réduction tarifaire, explique-t-il, l’achat du produit de contraste pouvait s’ajouter au prix du scanner et porter la dépense totale à environ 75 000 à 80 000 F CFA. « Désormais, le patient paie 25 000 F CFA pour le scanner dans les conditions décrites par le service, le produit de contraste étant fourni gratuitement dans ce cadre », indique-t-il.

La baisse des tarifs a aussi modifié les habitudes de fréquentation. En poste au CHUSS depuis 1998, Christophe Sanou observe que des patients qui se rendaient auparavant dans des cliniques privées viennent désormais effectuer leurs examens à l’hôpital public. Il salue une mesure qui allège les dépenses des ménages et rend les services spécialisés plus accessibles. Venue au CHUSS avec son enfant malade pour un scanner, Aminata Ouattara indique avoir payé 25 000 F CFA à la caisse et bénéficié de certains produits gratuitement. Elle se réjouit également du délai de trois jours annoncé pour récupérer les résultats.

« Avant, il fallait attendre un mois pour les résultats. Maintenant tout est devenu facile », témoigne-t-elle, souriante. Son récit met en lumière une autre dimension de l’accès aux soins : le délai nécessaire pour obtenir les résultats et permettre aux médecins d’orienter la suite de la prise en charge.

« Le coût des examens spécialisés peut décourager certains malades, surtout lorsqu’ils doivent déjà supporter les dépenses liées aux médicaments et aux consultations. Avec le scanner à 25 000 F CFA, la charge est moins lourde. Pour une famille qui doit mobiliser rapidement de l’argent pour les soins, cette différence compte beaucoup », estime Fadila Tapsoba. Pour Harouna Bamogo également, la réduction des tarifs représente un soulagement pour les familles. « La réduction du tarif du scanner et de l’IRM est une aide pour les parents.

Une activité d’imagerie en hausse

Au CHR de Banfora, l’acquisition du scanner a changé le quotidien des patients
et du personnel soignant dans la région des Tannounyan et les localités environnantes.

Pour les familles, pouvoir faire examiner son malade sans supporter des dépenses trop élevées est déjà un soulagement. Cette réduction permet ainsi de diminuer une partie des dépenses et de mieux organiser la prise en charge des malades », apprécie-t-il.

Au CHUSS, les changements ne se limitent pas à la baisse des tarifs. Selon le directeur général, Dramane Zina, les équipements acquis dans le cadre de l’IPS concernent plusieurs services, notamment l’imagerie médicale, la neurochirurgie, la gastro-entérologie, l’orthopédie-traumatologie et l’urologie. Ces acquisitions ont contribué à élargir l’offre de soins et à renforcer les capacités d’intervention des professionnels. Dans le service d’imagerie médicale, le radiologue et chef de service, Dr Honoré Konaté, décrit une activité soutenue.

L’établissement dispose notamment de deux tables de radiographie, d’un mammographe, de deux échographes, d’un scanner et d’un appareil d’IRM. Depuis la baisse des tarifs, la fréquentation a nettement augmenté, rapporte le médecin. Il fait état d’une moyenne de 20 à 30 scanners par jour, et 180 à 200 dans la semaine pour un volume mensuel de plus de 700 examens. Pour l’IRM, il indique environ huit examens par jour, et 25 par semaine, soit plus de 80 IRM par mois. Ces données témoignent de la forte sollicitation du service et de l’importance de l’imagerie dans le parcours de soins. Les examens réalisés contribuent à explorer de nombreuses pathologies, parmi lesquelles, les AVC, les traumatismes crâniens, les affections de la colonne vertébrale et certaines tumeurs cérébrales, prostatiques ou gynécologiques.

« L’IRM, en particulier, permet de mieux caractériser certaines lésions ou pathologies que le scanner ne décrit pas toujours avec le même niveau de détails », explique Dr Konaté. Pour les médecins prescripteurs, ces examens constituent une aide à la décision. « Un examen plus précis peut aider à confirmer ou à écarter une hypothèse diagnostique et à mieux orienter le traitement », fait savoir le radiologue. L’amélioration du plateau technique et la réduction des tarifs apparaissent ainsi complémentaires. Les équipements renforcent les capacités diagnostiques des structures sanitaires, tandis que l’accessibilité financière favorise le recours des populations à ces services. Mais lorsque la fréquentation augmente, les moyens disponibles doivent suivre pour éviter que l’amélioration de l’accès ne se traduise par de nouvelles difficultés d’attente.

Des acquis à consolider

Dr Yacouba Dramé, médecin
urgentiste : « l’acquisition du
scanner a vraiment contribué à
nous aider à prendre en charge
rapidement nos patients ».

La hausse de la demande met les établissements à l’épreuve. Au CHUSS, Dr Konaté reconnaît que l’affluence a compliqué la programmation des examens. Pour les scanners programmés, le délai d’attente, qui pouvait atteindre environ un mois au début de cette période de forte demande, est passé à trois ou quatre jours. « Les urgences, qui représentent la majorité des examens réalisés, sont prises en charge sans programmation préalable », précise-t-il.

La situation reste plus tendue pour l’IRM. Selon le chef de service, le CHUSS dispose du seul appareil de ce type dans le Grand Ouest. La demande est importante et la programmation demeure difficile. Cette concentration de l’offre fait de l’équipement une ressource stratégique pour les patients qui, auparavant, devaient se rendre à Ouagadougou, au prix de dépenses supplémentaires de transport et d’hébergement.

Pour Dr Konaté, l’acquisition d’un deuxième scanner permettrait de mieux absorber la demande et de réduire le risque d’interruption du service en cas d’indisponibilité de l’appareil. Le radiologue insiste également sur la nécessité de renforcer la maintenance préventive et curative, de prévenir les ruptures de produits de contraste et de poursuivre la formation continue des professionnels. Dans un domaine où les techniques et les recommandations évoluent rapidement, ces exigences conditionnent la qualité et la continuité des prestations. A Banfora, les préoccupations sont comparables, même si les contraintes diffèrent.

Le directeur général du CHR, Aboubacar Ouattara, évoque la nécessité d’assurer un approvisionnement régulier en produits de contraste, d’entretenir les équipements et de renforcer les ressources humaines. Selon lui, le service de radiologie compte deux médecins radiologues et neuf techniciens, dont deux ingénieurs. Des effectifs supplémentaires contribueraient, estime-t-il, à accélérer les prises en charge. Sur le plan technique, le technicien supérieur biomédical, Amadé Ouédraogo explique que la maintenance du scanner repose sur des opérations préventives régulières et sur l’intervention du fournisseur lorsque la panne nécessite une expertise particulière ou le remplacement d’une pièce. Amadé Ouédraogo rappelle que le respect des prescriptions du fabricant, notamment en matière d’utilisation et de temps de repos, contribue à préserver les équipements.

Kamélé FAYAMA


L’hémodialyse au CHR de Banfora : une bouffée d’oxygène

A Banfora, la prise en charge des patients souffrant d’insuffisance rénale connaît une avancée avec la mise en service du centre d’hémodialyse du Centre hospitalier régional (CHR). Cette infrastructure permet désormais aux malades de bénéficier de séances de dialyse sur place, sans devoir systématiquement se rendre à Bobo-Dioulasso pour accéder à ces soins spécialisés. Cette réalisation s’inscrit dans la dynamique de renforcement des infrastructures sanitaires et d’amélioration des plateaux techniques portée par l’Initiative présidentielle pour la santé (IPS). Elle contribue à rapprocher les services spécialisés des populations et à réduire les contraintes de déplacement pour les patients et leurs accompagnants. Le directeur général du CHR de Banfora, Aboubacar Ouattara, salue cette avancée, qu’il considère comme l’une des réalisations importantes parmi les investissements engagés dans l’hôpital. « Avant, les gens se déplaçaient jusqu’à Bobo-Dioulasso. Mais maintenant, il est opérationnel », souligne-t-il, en exprimant sa reconnaissance au gouvernement. Au-delà de l’hémodialyse, le responsable hospitalier relève les progrès enregistrés dans d’autres domaines, notamment l’imagerie médicale et la production d’oxygène. Il se réjouit des acquis de l’IPS et espère voir les hôpitaux burkinabè poursuivre leur modernisation. « Si ça continue ainsi, d’ici un à deux ans, nos hôpitaux vont rivaliser avec ceux des pays développés », estime-t-il.

K.F


Centres médicaux communaux : un maillage sanitaire renforcé

L’IPS prévoit la construction de plus de 55 Centres médicaux communaux (CMC) afin de rapprocher les soins spécialisés des populations. Dans la région des Cascades, ceux de Sidéradougou et de Bérégadougou sont annoncés comme prêts, avec une mise en service envisagée en décembre 2026, selon le directeur régional de la santé des

Tannounyan, Dr Wendkouni Abdoul Aziz Ouédraogo. Des CMC, poursuit-il, sont également prévus à Niangoloko, Sindou et Mangodara. « Ces infrastructures devraient comprendre notamment des unités d’urgence, d’imagerie médicale, un laboratoire, des salles d’hospitalisation et un bloc opératoire, ainsi qu’une maternité de

haut niveau », détaille le directeur régional. Ce dispositif, aux dires de Dr Wendkouni Abdoul Aziz Ouédraogo, contribuera à renforcer le plateau technique régional et à améliorer l’accès aux soins. L’installation progressive des équipements médico-techniques et la mobilisation des ressources humaines seront déterminantes pour rendre ces centres pleinement opérationnels.

K.F

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