La réunion du groupe 5 A de l’Afrique du comité du patrimoine s’ouvre ce lundi 10 juin 2019. Sidwaya s’est entretenu avec le secrétaire général du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme sur les objectifs de cette rencontre et les chances du Burkina Faso d’inscrire un nouveau site sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Sidwaya (S.) : Les chercheurs Felwine et Sarr ont dénombré, en novembre 2018, plus de 1 000 œuvres d’arts burkinabè dans des musées français. comment explique-t-on cette situation ?

Lassina Simporé (L.S.) : Le rapport auquel vous faites allusion a recensé des biens burkinabè en France. Mais, il y en a aussi en Allemagne, aux Etats-Unis, etc. S’il y a une possibilité de retour, pourquoi pas? Mais, je me pose quelques questions : A-t-on les compétences, en termes de ressources humaines, pour gérer les biens si on nous les retourne ? A-t-on les infrastructures adéquates, en termes de conditionnement pour les recevoir? Quand on voit l’état de nos grands musées et leurs taux de fréquentation, je suis dubitatif.

S. : Mais, selon le président Macron, la France va étudier la possibilité du retour de ces biens. Le Burkina Faso est-il prêt ?

L.S. : Le Burkina Faso a mis en place une commission gérée par la direction générale du patrimoine culturel qui regroupe des chercheurs d’université et des administratifs du monde de la culture. Leur mission est d’étudier les voies et moyens nécessaires au retour des biens culturels. Je suis d’accord pour le retour de ces objets. Car, ce sont des œuvres du Burkina Faso et où qu’ils soient, ils doivent revenir en terre burkinabè.

S. : Le Burkina Faso abrite à partir d’aujourd’hui 10 juin 2019, la rencontre du groupe 5 Afrique du comité du patrimoine mondial. Quels sont les enjeux de cette rencontre ?

L.S. : Les 5 A désignent les cinq pays d’Afrique subsaharienne membres du comité du patrimoine mondial (Angola, Ouganda, Tanzanie, Zimbabwe, Burkina Faso). C’est une tradition qui veut qu’avant la session du comité du patrimoine mondial qui se tient tous les ans, chaque groupe par continent se retrouve pour étudier et s’accorder sur les dossiers en compétition. Généralement, quand il s’agit de voter, les cinq pays votent unanimement en faveur d’un des leurs en compétition. C’est au tour du Burkina Faso d’organiser cette année la rencontre des 5A. En plus d’étudier les dossiers en compétition, la rencontre de Ouagadougou va donc consister à désigner les membres du futur groupe des 5 A de l’Afrique.

S. : La réunion des 5 A étudiera, à cette occasion, le dossier du Burkina Faso, candidat à l’inscription de la série de sites de métallurgie ancienne d’extraction du fer (Ronguin, Kaya dans le Sanmatenga, Kindbo dans le Zandoma, Douroula dans le Mouhoun et Békuy dans les Hauts Bassins). Quelles sont les chances du pays ?

L. S. : Nous avons la chance d’avoir des structures de fourneaux toujours en place. Un autre atout est que nos sites sont anciens. Le plus vieux fourneau date aujourd’hui de 2819 ans. Et le but de l’UNESCO est de classer des choses exceptionnelles. L’autre point fort est que nous avons travaillé avec des meilleurs experts mondiaux en termes de métallurgie ancienne du fer. En outre, le Burkina Faso a fourni de nombreuses études sur la métallurgie du fer (une thèse d’Etat, une dizaine de thèses de troisième cycle ou de thèse unique, une centaine de mémoires de maitrise ou de master). Nous avons aussi fait des études sectorielles pour renforcer le dossier. Il y a, par exemple, une étude sur les charbon de bois et les types de roches que les gens utilisaient pour travailler ainsi que sur l’aspect immatériel, notamment le rôle social du forgeron. Ce sont autant d’atouts qui me font dire que nous avons 99% de chances de réussir à faire inscrire ces biens sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

S. : Quels sont les avantages pour un pays d’avoir un site inscrit sur cette liste ?

L.S. : Les gens mettent toujours en avant l’aspect financier. Mais, si elle venait à être acceptée, l’inscription va accroitre le prestige du Burkina dans le concert des Nations. C’est un motif de fierté. En dehors de cela, une inscription est un label que nous pouvons exploiter pour attirer des ressources pour le pays. Pour le cas des ruines de Loropéni, par exemple, nous avons pu convaincre des universités étrangères de faire leurs recherches à Loropéni. Nous avons utilisé le label Loropéni aussi pour convaincre l’autorité de la nécessité de bitumer la voie Gaoua-Banfora. Il y a des critères pour le bitumage des routes, mais grâce à Loropéni, des étapes ont été sautées et le bitumage est programmé. Nous avons pu plaider également pour un CSPS, une ambulance…Et une ville jumelle de Loropéni finance la réhabilitation de l’auberge de Loropéni. L’inscription est une ouverture, une opportunité pour avoir des bénéfices, et non une manne d’argent qu’on débloque pour le pays.

S. : L’inscription nécessitant l’entretien et la conservation du site, comment le Burkina, dont la part de budget pour la culture est infime, pourrait-il sauvegarder ses sites ?

L.S. : Les choses sont en train de changer avec le budget-programme. Les sites du patrimoine mondial sont gérés avec des plans de gestion. Nous inscrirons des activités à mener sur nos sites sur un, deux, ou trois ans. Aussi, pour le cas des fourneaux, nous nous sommes organisés pour qu’un chercheur d’université soit parrain d’un site. Et comme chaque chercheur a des relations et un programme de recherche, ils pourront attirer des projets et des partenaires. Par ailleurs, dans le cadre de la communalisation intégrale, nous avons impliqué les communes et régions dans la gestion des sites de sorte qu’elles en tiennent compte en faisant leur budget et en tissant des relations avec leurs partenaires.
L’UNESCO a également un programme d’assistance de sorte qu’être inscrit signifie l’appartenance à une grande famille et à une solidarité internationale.

Entretien réalisé par
Fabé Mamadou OUATTARA

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