Le Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) a décrété, depuis le 7 juin 2019, une opération «caisses vides». Constat à l’hôpital Yalgado Ouédraogo.

Quelques jours après l’annonce d’un ensemble d’actions dont l’opération «caisses vides» par le Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA), Sidwaya a constaté l’effectivité de cette mesure, les 10 et 11 juin 2019, au Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo (CHU-YO). Il est environ 6h, le lundi 10 juin dernier, lorsque Ousmane Rouamba arrive avec son frère malade, Boureima Rouamba. Il se dirige à la caisse pour hono-rer les frais de consultation. «Au guichet, on m’a dit d’aller voir le médecin avant de revenir. Une fois dans son bureau, celui-ci m’a dit que ce n’est pas la peine d’aller payer», relate-t-il. L’accompagnant Ousmane fait donc successivement le tour des services d’ondologie, d’urgences viscérales et d’urologie, sans débourser un rond, de même que pour les examens au laboratoire. Cette situation est due à l’opération «caisses vides» décrétée par le SYNTSHA. Une information portée à la connaissance du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Cohésion sociale, le 2 juin 2019 par les responsables syndicaux.

Cette opération va du 7 juin au 1er septembre 2019, renouvelable par tacite reconduction. Durant cette période, les rapports statistiques ne seront pas fournis, il n’y aura pas de tournées ou missions, mais une offre gratuite de prestations aux patients. Aux urgences médicales, une dame avec sa belle-fille souffrante, a bénéficié des examens de glycémie et d’autres analyses gratuitement. «Je suis là, parce que c’est gratuit. J’ai pu faire ma glycémie et je voulais aussi faire l’électrophorèse, mais le nombre de personnes est atteint. Je reviendrai mardi prochain. C’est une bonne initiative de la part du syndicat», s’exclame L.S, élève infirmière diplômée d’Etat en 2e année à l’Ecole nationale de santé publique (ENSP) de Ouagadougou. Pour Samuel Kaboré, technologiste biomédical, depuis le vendredi 7 juin, l’affluence a augmenté. «Le premier jour, nous étions à 105 patients, 113, le 10 juin et aujourd’hui 11 juin aux environs de 8 heures, nous sommes déjà à 72, alors qu’habituellement nous ne dépassons pas les 80 patients», a-t-il révélé.

Les caisses ne sont pas totalement vides

«L’opération caisses vides et les autres actions ciblées par le syndicat sont effectives à l’hôpital Yalgado comme dans beaucoup d’autres centres de santé », confirme le directeur général du CHU-YO, Constant Dahourou.
Il ajoute que les guichets sont ouverts et qu’il y a du recouvrement. Il a poursuivi qu’un point est régulièrement fait sur l’état des recouvrements, notamment sur le gap et la perte engendrée par ce mouvement syndical. «Je ne peux pas vous donner directement les chiffres, car ceux-ci relèvent de la comptabilité et de la trésorerie», a laissé entendre M. Dahourou. En outre, il a précisé que ce ne sont pas tous les actes qui sont gratuits. C’est le cas de l’achat des médicaments dans les pharmacies. «Dans certains services, il y a un minimum de recouvrement qui se fait. Mais, le mouvement est assez suivi à Yalgado». Idrissa Compaoré, un patient, a rendez-vous, le mardi 11 juin, pour un contrôle en neurologie.

Il paie 2000 F CFA pour la consultation. Venu de Kongoussi, un autre accompagnant de malade vient de payer également 2000 F CFA au guichet pour le transfert de son malade à l’hôpital protestant Shiphra pour des examens. M. Akoandanbou, lui, a payé 7000 F CFA pour la radiologie de son frère accidenté et reçu aux urgences traumatologiques. «Je suis au courant de la gratuité des actes, mais je sais aussi que quand on vient à l’hôpital c’est pour dépenser», argumente-t-il. Retrouvé plus tard à l’imagerie médicale, il rappelle qu’on lui a dit qu’il n’a pas besoin de payer pour la prestation. Pour le secrétaire général de la sous-section SYNTSHA de Yalgado, Mahamadi Konfé, dans tout mouvement, il y a toujours des individus qui ne suivent pas les consignes et c’est le cas aussi à Yalgado. A propos de l’impact du mouvement sur le fonctionnement de l’hôpital, le DG signifie que cela va entraîner, dans l’immédiat, une sorte de perturbation de l’activité hospitalière.

Il révèle que c’est sur la base des recettes propres de l’hôpital qu’ils payent les salaires des contractuels et qu’à ce titre, l’établissement se sera suffisamment appauvri si le mouvement continue et pourrait mettre à mal le climat social. «Les ristournes que nous payons au personnel vont diminuer et les primes de rendements seront compromises», prévient Constant Dahourou. Dès lors, il indique que des équipes de recouvrement sensibilisent également les populations à la nécessité d’honorer leurs actes pour atténuer ce désagrément. Il justifie cela par le fait que l’hôpital demeure une administration qu’ils ont l’obligation, tant bien que mal, de faire fonctionner. M. Dahourou invite gouvernement et syndicat à asseoir un dialogue direct et permanent. Il croit qu’il faut que chacun mette un peu d’eau dans son vin pour que le pays puisse souffler et offrir des soins de qualité aux populations. «C’est un coup dur pour l’Etat. I

l a intérêt à satisfaire les revendications des syndicats pour ne pas perdre plus au cas où le mouvement perdure», conseille l’accompagnant Ousmane Rouamba. Le syndicaliste Konfé rassure que sa structure n’est pas un syndicat va-t-en guerre. Il déplore le «silence» du gouvernement dans la satisfaction du protocole d’accord signé depuis le 13 mars 2017.

Mariam OUEDRAOGO
mesmira14@gmail.com

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